Le président américain Donald Trump, le 3 janvier, depuis sa résidence de Mar-a-Lago. JOE RAEDLE / GETTY IMAGES VIA AFP
C’est une offensive de grande ampleur, selon les mots de Donald Trump, que les Etats-Unis ont mené dans la nuit de vendredi à samedi. A l’issue d’une série d’attaques aériennes sur le Venezuela, le président américain a affirmé que ses forces avaient capturé et exfiltré son homologue vénézuélien, Nicolas Maduro. Quel était l’objectif de l’intervention ? Quel en est le bilan ? Où est Maduro ? Et quel avenir se dessine au Venezuela ? Un peu moins de 24 heures après l’attaque, « Le Nouvel Obs » fait le point.
Que visaient les frappes ?
De puissantes explosions ont été entendues peu avant 02h00 du matin à Caracas et dans les environs de la capitale. Des images sur les réseaux sociaux ont montré des missiles fendant le ciel puis s’abattant sur leur cible. Des hélicoptères ont également été vus dans le ciel de Caracas. Samedi en fin de matinée, le sénateur américain Marco Rubio a affirmé que les États-Unis avaient achevé leur action militaire.
Des explosions suivies de panaches de fumée et d’incendies ont visé le Fuerte Tiuna, le complexe militaire le plus important du Venezuela, qui abrite le ministère de la Défense et l’Académie militaire. De très vaste étendue, il abrite non seulement des structures militaires, mais aussi des espaces urbains de logement de troupes où vivent des milliers de familles. D’autres explosions ont retenti près du complexe aéronautique de La Carlota, aéroport militaire et de vols privés, dans l’est de Caracas.
Des explosions ont également été rapportées dans l’ouest du pays, à la Guaira (aéroport international et port de Caracas), à Maracay, capitale de l’État d’Aragua (100 km au sud-ouest de Caracas), et à Higuerote (100 km à l’est de Caracas) dans l’État de Miranda, sur la côte Caraïbe.
Où est Nicolas Maduro ?
Donald Trump l’a annoncé samedi matin sur son réseau Truth Social : « Nicolas Maduro et son épouse ont été capturé et exfiltrés. » Il a affirmé avoir regardé en direct l’opération. « Je l’ai regardée littéralement comme j’aurais regardé une émission télévisée. Nous l’avons regardée dans une salle et nous en avons suivi tous les aspects », a-t-il déclaré à Fox News.
Aucun Américain n’a selon lui été tué lors de la capture de Nicolas Maduro. « Il était dans un endroit très bien gardé, comme une forteresse », a-t-il précisé, joint par téléphone. « Le fait que personne n’ait été tué est incroyable », a-t-il estimé, ajoutant que « deux hommes ont été touchés, mais ils sont revenus et sont en bonne forme ».
Le couple Maduro, a ajouté Trump, se trouve désormais à bord d’un navire qui se dirige vers New York où il est inculpé devant un tribunal fédéral pour des chefs de « narcoterrorisme » et de « complot pour importation de cocaïne ».
Nicolas Maduro, menotté et les yeux bandés, à bord du navire américain USS Iwo Jima. La photo a été postée ce samedi 3 janvier par Donald Trump sur son réseau social. HANDOUT / AFP
Plus de 150 avions ont été utilisés dans cette opération qui, a précisé le chef d’état-major américain Dan Caine, était préparée « depuis des mois » : « Cette opération, baptisée Absolute Resolve (détermination absolue, NDLR) discrète, précise et menée pendant les heures d’obscurité maximale du 2 janvier, est le point culminant de mois de préparation et d’entraînement », a déclaré le général Caine.
Quel avenir pour le Venezuela ?
Là encore, les Américains semblent avoir une idée bien précise de l’avenir du pays. Le président Donald Trump a déclaré samedi que les États-Unis « dirigeraient » le Venezuela jusqu’à ce qu’une transition politique « sûre » puisse avoir lieu.
« Nous allons diriger le pays jusqu’à ce que nous puissions procéder à une transition sûre, appropriée et judicieuse », a dit le président américain lors d’une conférence de presse en Floride, en invoquant la « doctrine Monroe » et en ajoutant que les Etats-Unis étaient prêts à lancer « une seconde attaque plus importante si besoin ».
Il a également déclaré qu’il autoriserait les compagnies pétrolières américaines à se rendre au Venezuela pour exploiter les réserves massives de brut du pays, après l’opération des forces américaines contre le président Nicolas Maduro.
« Nos très grandes compagnies pétrolières américaines, les plus importantes au monde, vont se rendre sur place, dépenser des milliards de dollars, réparer les infrastructures gravement endommagées, les infrastructures pétrolières, et commencer à générer des revenus pour le pays », a dit le président américain lors de sa conférence de presse en Floride.
Quelles réactions internationales ?
La Russie, allié principal du Venezuela, a condamné « un acte d’agression armée », rejetant « les prétextes utilisés pour justifier de telles actions » et regrettant que « l’hostilité idéologique ait triomphé du pragmatisme d’usage ».
Autre soutien du Venezuela, l’Iran a pointé une « violation flagrante de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale du pays », fustigeant « l’agression illégale des États-Unis », ennemi de la République islamique.
La Colombie a annoncé le déploiement de troupes à sa frontière avec le Venezuela. Le président colombien Gustavo Petro, proche de Nicolas Maduro, a dénoncé une attaque américaine aux « missiles » contre Caracas, qualifié les actions de Washington d’« atteinte à la souveraineté » de l’Amérique latine et déclaré qu’elles entraîneraient une crise humanitaire.
La France a elle aussi condamné la capture de Nicolas Maduro par la voix de son ministre des Affaires Etrangères, Jean-Noël Barrot, estimant qu’« aucune solution politique durable ne saurait être imposée de l’extérieur ». Emmanuel Macron, lui, a appelé samedi, sur X, à une « transition pacifique » et « démocratique » au Venezuela, en évoquant la fin de la « dictature Maduro », dont « le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé et ne peut que s’en réjouir ». Il a plaidé pour que la transition, « respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien », soit assurée « au plus vite » par Edmundo González Urrutia, candidat de l’opposition à la présidentielle 2024.
En Europe, la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, Kaja Kallas, a appelé à la « retenue » et au respect des « principes du droit international et de la Charte des Nations unies ».
L’Espagne s’est proposée pour jouer les intermédiaires, se disant « disposée à offrir ses bons offices pour parvenir à une solution pacifique et négociée à la crise actuelle ». Le Venezuela a demandé samedi une réunion d’urgence du Conseil de sécurité.

