Sous le pont de la rocade, s’accumule une pollution visuelle et environnementale qui choque les passants et pose la question du traitement de ces déchets, conséquence des manifestations agricoles.
“Combien de temps tout ça va rester là ?” Jean-Jacques, un Auscitain retraité, debout sur la chaussée de la promenade Claude-Desbons, contemple les énormes amoncellements de déchets qui s’élèvent sous le pont de la rocade, entre le Couloumé et l’hippodrome. Il est partagé entre le dégoût et l’accablement. “Non seulement ça pue, mais c’est hideux et il faudra encore payer pour enlever ces ordures.”
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Un sentiment partagé par tous les passants rencontrés sur la promenade, à la veille du jour de l’An. “C’est désolant de voir ça” regrette Jérémy, qui s’arrête un instant dans sa course devant le spectacle. “C’est dégueulasse. Je comprends qu’ils soient mécontents, mais dégrader, comme ça, c’est vraiment nul, proteste Maryse, une cycliste. Ils vont se faire plus de tort que de bien avec ce genre d’action.” Ces tonnes de déchets n’ont pourtant pas été jetées là par les agriculteurs en colère.
“Ça débarrasse”
Depuis le début des manifestations agricoles autour et dans la préfecture, des dizaines de bennes de déchets ont été déversées ici et là. Les agriculteurs ont profité de ces transports pour régler la question du tri dans les exploitations.

Selon la réglementation française, tout producteur ou détenteur de déchets, agriculteurs compris, est responsable de leur gestion jusqu’à l’élimination ou à la valorisation finale. “Les déchets, ça nous demande du temps, de la place sur l’exploitation, parfois de l’argent, et en plus on peut avoir des sanctions si c’est mal fait, selon Arnaud*, agriculteur à Mirande. Mais ça, personne n’en parle. Là, ça met le doigt sur le problème.” Et puis, il le reconnaît, “ça débarrasse”… Pêle-mêle, les “encombrants” agricoles entassent donc sur les ronds-points ou en ville bâches de plastique, vieux pneus, bidons… On y voit même – comme devant le commissariat – des plaques de couverture amiantée, qui doit normalement faire l’objet d’un traitement très spécifique.
“Méthodes insalubres”
Ce mode d’action est contesté par les contestataires eux-mêmes. Sylvie Colas, pour la Confédération Paysanne qui participe au mouvement, a qualifié les dépôts de déchets de “honte”.
À Force Ouvrière, Valérie Guittard, la secrétaire générale de l’Union départementale, rappelle que son syndicat “soutient les agriculteurs et leurs revendications mais pas les méthodes insalubres utilisées : faire des parades de tracteurs récurrentes, occuper des ronds points et inviter la population à échanger et prendre conscience des problèmes qu’ils vivent, déposer des murs de bottes de paille ou de vieux pneus est une chose. Déverser des tonnes de déchets en est une autre.”
Trop-plein
Le ramassage des dépôts à Auch, lors des derniers épisodes de déversement, a été opéré par Covalrec, signale la mairie. L’entreprise les évacue vers sa plate-forme de retraitement. Lorsqu’il y a assez de place sur le site de la zone de Lamothe… En cas de trop-plein, Colvarec empile sous le pont. Lorsque la ville évacue des déchets par ses propres moyens, “ils sont mis dans des bennes et stockés aux services techniques municipaux le temps de leur évacuation”, précise la mairie. Ou le pont, selon des témoins de déchargement de camions des services municipaux.
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Quant aux déchets restant en ville “pour ceux qui relèvent du domaine public”, ils seront traités “lorsque nous en aurons les moyens techniques et lorsque nous y verrons plus clair sur la prise en charge financière de ces dépôts”. La mairie évaluait à “plus de 100 000 €” les frais de remise en état et de déblaiement.

