Des passants et des policiers devant le bar le Constellation, où s’est produit un incendie mortel le soir du réveillon du Nouvel An dans la station de Crans-Montana, en Suisse. MAXIME SCHMID/AFP
L’incendie qui a fait 40 morts et près de 120 blessés dans la nuit du Nouvel An dans un bar de la station de Crans-Montana, dans les Alpes suisses, soulève nombre d’interrogations, à l’heure où l’enquête et l’identification des victimes démarrent à peine. On fait le point.
• 40 morts dont 14 Français
L’incendie meurtrier a fait, à ce stade, 119 blessés, parmi lesquels 113 ont pu être identifiés, dont 14 Français, 11 Italiens et quatre Serbes, a indiqué vendredi la police locale. « Une cinquantaine de blessés ont été transférés ou vont l’être tout prochainement dans des pays européens, dans des centres spécialisés pour les grands brûlés », a par ailleurs indiqué Mathias Reynard, le président du gouvernement du Valais, lors d’une conférence de presse à Sion.
Les autorités ont dénombré pour l’instant 40 décès. Jeudi, Frédéric Gisler, le chef de la police cantonale, avait indiqué être « en contact étroit avec les familles, que nous informons en temps réel ainsi qu’avec les différentes ambassades concernées ».
Sur les réseaux sociaux, les publications de familles recherchant leurs proches disparus se sont multipliées depuis jeudi.
Le FC Metz a indiqué qu’un joueur stagiaire du club, Tahirys Dos Santos, figure parmi les blessés et a été transféré en Allemagne pour être soigné.
La clientèle du bar étant habituellement jeune, certains s’interrogent par ailleurs sur la présence éventuelle de mineurs au moment du drame. « Vous pouvez imaginer qu’une nuit de la Saint-Sylvestre, en station, la population est sans doute assez jeune. De là à parler de mineurs je ne m’avancerai pas, mais effectivement il s’agit d’une population festive, donc jeune », a indiqué le conseiller d’Etat (ministre régional) du Valais en charge de la sécurité, Stéphane Ganzer.
• Un accident lié à des bougies incandescentes ?
Le chef de la police cantonale Frédéric Gisler, a indiqué qu’« il était environ 1h30 lorsque la fumée a été aperçue émanant d’un bar situé au centre » de cette station huppée du Valais, dans le sud-ouest de la Suisse. Quelques secondes plus tard, un témoin a contacté la centrale d’engagement de la police cantonale pour signaler cet incendie. « Immédiatement, l’alarme rouge qui est destinée à mobiliser les pompiers a été déclenchée », a-t-il précisé, indiquant que ces derniers avaient « rapidement circonscrit le sinistre » dans ce bar nommé la Constellation lorsque les blessés commençaient à être pris en charge.
« Tout laisse à penser que le feu est parti des bougies incandescentes ou des feux de bengales qui ont été mise sur les bouteilles de champagne et le tout a été approché de trop près du plafond. De là, il s’est produit un embrasement rapide, très rapide et général », a déclaré Béatrice Pilloud vendredi après-midi lors d’une conférence de presse à Sion.
Les témoignages, diffusés par différents médias suisses, français et italiens, rapportent en effet que des bougies-étincelles fixées sur des bouteilles brandies par une personne juchée sur les épaules d’une autre avaient provoqué l’incendie au contact du plafond. Ces mêmes témoins ont précisé qu’il s’agissait d’un « show » habituel dans l’établissement, réservé aux clients qui effectuaient des commandes spéciales pour leur table. « Il me semble qu’il y avait des dames, des serveuses, avec des bouteilles de champagne avec des petites fusées. Elles ont été trop, trop près du plafond, et ben ça a pris feu d’un coup », a notamment raconté Axel, présent au moment du drame, au média italien Local Team.
« C’était vraiment la panique, tout le monde hurlait », ont décrit Emma et Albane, touristes françaises présentes sur les lieux au moment de l’incendie, auprès de BFM TV. Elles évoquent également l’utilisation de bougies-étincelles, dont une « a été approchée trop près du plafond, qui a pris feu. En quelques dizaines de secondes, tout le plafond était en feu. Tout était en bois. »
• L’établissement était-il aux normes ?
Le Constellation peut accueillir 300 personnes à l’intérieur et 40 en terrasse, selon son site internet. Situé au rez-de-chaussée d’un immeuble, il dispose d’un sous-sol où sont organisés des soirées et événements. Selon plusieurs témoins, le sous-sol de l’établissement où l’incendie s’est déclenché n’est relié au rez-de-chaussée que par un escalier, que certains ont décrit comme « étroit ». Mais les autorités cantonales ne l’ont pas confirmé. « En ce qui concerne l’étroitesse de l’escalier, j’ai vu l’escalier. J’ai été constater également sur place, qu’est-ce qu’un escalier étroit, en fait, finalement ? », a réagi jeudi la procureure générale du canton, Béatrice Pilloud.
« L’enquête sera aussi là pour déterminer si toutes les normes de sécurité ont été respectées ou si tel n’est pas le cas », a-t-elle poursuivi, précisant qu’il était « trop tôt » pour commenter la conformité des sorties de secours et plus généralement des locaux, et si les démarches nécessaires avaient été effectuées avant d’organiser cette soirée.
Des sources concordantes ont indiqué jeudi à l’AFP que les propriétaires du bar sont de nationalité française : il s’agit d’un couple originaire de Corse qui serait sain et sauf selon un proche. Ils ont été auditionnés ce vendredi, a fait savoir la procureure.
• Des blessés transférés en France
Trois blessés ont été transférés vers des hôpitaux français, à Lyon et Paris. « Deux sont des patients français et un est de nationalité suisse », a précisé le porte-parole du Quai d’Orsay sur Franceinfo, vendredi matin. Au total, « le ministère de la Santé a mobilisé 19 lits, 15 lits adultes et quatre lits enfants pédiatriques, pour pouvoir accueillir, si les autorités suisses le souhaitent et en ont besoin, des blessés », a-t-il ajouté. Des transferts de blessés vers des hôpitaux français sont en cours, a précisé le Quai d’Orsay.

