December 31, 2025

"Si tu réfléchis, tu es mort !" Quelles sont les origines de l’amour de Will Collier pour les mêlées

l’essentiel
Après sa tribune publiée dans le Times appelant à sauver la mêlée, le pilier du Castres Olympique est revenu aux origines de son attachement pour cette phase de combat qu’il voit comme un “art”.

C’est un cri du cœur sur lequel il a décidé de poser les mots. Beaucoup de mots. À tel point qu’il a dû condenser ses premiers écrits. “J’avais fait très très long. Peut-être est-ce ma commotion subie à La Rochelle qui a provoqué cet élan d’intelligence”, se marre Will Collier. Le 11 décembre, le pilier du Castres Olympique a publié une tribune dans le Times, célèbre quotidien britannique, dans laquelle il clame son amour pour la mêlée, mais sensibilise aussi au danger qu’elle encourt face aux changements de règles et aux velléités toujours plus prononcées de simplifier cette phase de jeu.

Will Collier partage son amour pour les mêlées.
Will Collier partage son amour pour les mêlées.
DDM – MARIE-PIERRE VOLLE

L’Anglais regrette par exemple qu’on ne mette pas assez en avant le travail des entraîneurs de la mêlée, des “gourous” comme il les surnomme, que l’on n’éclaire pas assez ce “combat pour le moindre centimètre” que peu comprennent réellement. Ou encore que l’on ne puisse plus, sur un marque, opter pour la mêlée, à l’image des Sud-Africains en quarts de finale de la Coupe du monde 2023 face aux Français.

Une vocation familiale

“La mêlée définit le rugby”, est “l’âme” de ce sport, scande le droitier, profondément amoureux de cet affrontement regroupant 16 joueurs. Cet amour, l’international anglais (2 sélections) a accepté d’en retracer la genèse. Au final, comment n’aurait-il pas pu tomber sous le charme de la “scrum” comme ils disent chez lui, quand on est le petit-fils du pilier, lui aussi droitier, Larry Webb, sélectionné à quatre reprises avec le XV de la Rose – et pour la petite histoire, qui a croisé la route du Mazamétain Lucien Mias lors du Tournoi des Six Nations 1959 –, et fils de talonneur. “Je n’ai pourtant jamais connu mon grand-père maternel, il est décédé avant que je naisse, indique Collier. J’ai vu les photos, les maillots et tout, mais je ne l’ai donc jamais rencontré.”

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C’est auprès de son autre grand-père, paternel, que les choses ont commencé à s’imbriquer dans l’esprit du jeune Will. Ancien marin sur les porte-avions de la Royal Navy, David Collier suivait le rugby, et vouait une grande admiration aux mêlées. “Il les respectait beaucoup, même s’il n’a pas joué au rugby, étaye son petit-fils. Car l’effort de la mêlée est un peu similaire à ce qu’il connaissait sur les bateaux. C’est une équipe qui travaille ensemble, est très serrée dans les coursives. Et quand je parle avec lui de son métier de Marines, je retrouve vraiment des similitudes avec ce que je ressens dans une mêlée.”

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Ce qu’il explique d’ailleurs dans sa tribune, lorsqu’il décrit le rôle de son deuxième ligne : “À la moindre erreur de sa part, je me fais perforer.” Or dans une mêlée, il faut tout faire à “l’instinct, avec cette mémoire des gestes et cette réactivité que l’on acquiert en répétant inlassablement les choses aux entraînements”, assure le Londonien. Parce que “si tu réfléchis, tu es mort”. Cette phrase, puisée des lèvres de l’acteur Tom Cruise, alias Maverick dans Top Gun, c’est le pilier gallois Adam Jones, aux côtés duquel il a évolué aux Harlequins entre 2015 et 2018, qui lui a rentré dans la tête.

Will Collier (à gauche) avec l’un de ses mentors, Chris Ritchie, sous le maillot de Rosslyn.
Will Collier (à gauche) avec l’un de ses mentors, Chris Ritchie, sous le maillot de Rosslyn.
DR

“C’est un mentor, j’ai tellement grandi avec lui, notamment d’un point de vue mental, de comment gagner une mêlée. En fait, j’ai trois mentors. Adam donc, puis Phil Keith-Roach, l’entraîneur de la mêlée des Anglais lors du titre mondial de 2003. Ce mec a quand même fait une thèse uniquement sur la mêlée, c’est fou ! Il était porté sur la technique, d’une précision incroyable. Il me disait : ”Si tu bouges ton pied comme ça ou comme ça, tu pourras pousser plutôt de cette façon-là, être plus à l’aise.””

Retour aux sources pour grandir

Son troisième mentor, lui, n’a pas sillonné les pelouses les plus mythiques de l’Ovalie, bien que passé par les London Welsh. Mais c’est auprès de ce talonneur qu’il a appris la filouterie, la noblesse de la mêlée, pourrait-on dire. “Il s’appelle Chris Ritchie. Lui m’a enseigné le respect de la mêlée, à la comprendre, à être roublard”, sourit Collier. À cette époque, le pilier du CO avait 18 ans, évoluait avec les Espoirs des Harlequins, et avait été envoyé deux saisons durant au Rosslyn Park FC, club semi-professionnel d’un quartier de Londres jouxtant celui d’où est originaire Will Collier.

Petit, lorsqu’il était ramasseur de balles à Rosslyn, Will Collier (avec la frange) admirait déjà Chris Ritchie (en maillot rayé au centre).
Petit, lorsqu’il était ramasseur de balles à Rosslyn, Will Collier (avec la frange) admirait déjà Chris Ritchie (en maillot rayé au centre).
DR

“Tu débarques et tu te dis que ça va aller parce que tu es jeune, tu viens des Harlequins, et que tu affrontes des mecs de 39 ans. Or, quand tu étais dans un ruck, un ballon porté ou une mêlée… c’était un autre monde ! Et là, je peux te dire que tu apprends vraiment vite”, rit le champion du monde junior en 2011. Tout un symbole finalement pour le droitier de se retrouver là, dans ce club proche de son quartier, bras dessus, bras dessous avec le talon qu’il badait dans son enfance. “J’étais ramasseur de balles lors des matchs de Rosslyn, rembobine-t-il. J’avais peut-être 8 ou 9 ans, et Chris jouait déjà. C’était super. J’allais dans les vestiaires, et depuis le bord de touche, j’observais les mêlées.” Avant, des années plus tard, de les ressentir. Et de s’en éprendre.

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