December 30, 2025

Pourquoi l’installation de thermostats programmables a été reportée à 2030 par le gouvernement

l’essentiel
Le report à 2030 de l’obligation d’installer des thermostats programmables suscite des débats. Le gouvernement invoque la souplesse pour ménages et collectivités, tandis que des experts dénoncent un recul environnemental. Quel impact sur la transition énergétique ?

Le gouvernement a justifié début décembre le report à 2030 de l’obligation d’installer des thermostats programmables (ou connectés) sur les radiateurs, pièce par pièce, dans les bâtiments publics comme privés. L’exécutif dit vouloir “laisser plus de souplesse aux ménages et aux professionnels” pour appliquer une mesure décidée il y a trois ans, au plus fort de la crise énergétique. Bercy assure que ce décalage de calendrier a été tranché en novembre et qu’il ne s’agissait pas d’une réponse improvisée à la polémique montée par la droite et l’extrême droite, qui réclament l’abrogation pure et simple du dispositif.

Le ministre de l’Économie Roland Lescure a défendu publiquement cette ligne, affirmant que le gouvernement “n’a pas attendu” les protestations de l’opposition pour agir. Selon lui, le texte constitue une transposition stricte d’une directive européenne et l’objectif reste inchangé : mieux piloter la consommation de chauffage, donc limiter les dépenses et alléger les factures. Le report viserait principalement à adapter la mise en œuvre à la réalité du terrain, notamment pour les collectivités.

Un report pour cause de municipales

Le 20 novembre, à la clôture du Congrès de l’Association des maires de France, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait déjà annoncé vouloir repousser l’échéance à 2030 au lieu de 2027, en référence au calendrier municipal (mandat 2026-2032). Il avait expliqué ne pas vouloir contraindre des équipes nouvellement élues à engager immédiatement des travaux de mise en conformité dans les bâtiments communaux.

Cette prise de parole intervenait après le lancement, le 13 novembre, d’une consultation publique proposant de reporter à 2030 deux décrets : celui relatif aux thermostats programmables et connectés, et celui sur l’automatisation du chauffage et de la climatisation dans des bâtiments accueillant du public.

27 millions de foyers à équiper

Sur le fond, l’équipement en thermostats programmables figurait dans le plan de sobriété énergétique de 2022. Malgré la suppression en 2024 de la prime “coup de pouce”, temporaire, les ménages peuvent encore bénéficier d’une aide à l’installation équivalant à 10 à 20 euros par radiateur. Le ministère de l’Économie rappelle qu’environ 27 millions de foyers restent à équiper. D’après l’Ademe, le pilotage pièce par pièce peut générer jusqu’à 15 % d’économies de chauffage. Reste le coût : de 60 à 250 euros pour un thermostat programmable, auxquels s’ajoutent 150 à 300 euros de pose, selon la même source.

La controverse s’est emballée après une chronique de François Lenglet diffusée le 2 décembre sur RTL, puis les interventions de Marine Le Pen et de Bruno Retailleau. La dirigeante du RN avait demandé l’annulation du décret imposant l’installation dès 2027, tandis que le patron de LR avait raillé une dérive normative. Lorsque le ministre de l’Économie a indiqué le lendemain que l’obligation était “en cours de report à 2030”, le RN y a vu une victoire, qui n’en était pas une.

À l’inverse, des acteurs de la performance énergétique, de la filière électrique et du bâtiment dénoncent un “recul environnemental majeur”. Dans un communiqué, ils regrettent une annonce faite “en catimini” et soulignent que la généralisation de ces équipements permettrait d’économiser jusqu’à 3 millions de tonnes de CO₂ par an, un gisement jugé rapidement mobilisable et essentiel pour la stratégie française de décarbonation.

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