November 29, 2025

ENTRETIEN. Démission du bras droit de Zelensky : "La corruption touche le cercle direct du pouvoir à Kiev"

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Le chef de cabinet du président ukrainien, Andriy Iermak, a démissionné subitement le vendredi 28 novembre, soupçonné de corruption. L’expert militaire et rédacteur en chef de Défense Nationale, Jérôme Pellistrandi, analyse les répercussions de cet événement.

La Dépêche du Midi : Comment réagissez-vous suite à la démission d’Andriy Yermak ?

Jérôme Pellistrandi : C’est à la fois une surprise et, d’une certaine manière, une forme d’échec pour Volodymyr Zelensky. Le président ukrainien se retrouve dans une situation encore plus compliquée. Il est soumis à des pressions multiples : celle des États-Unis, qui exigent de la transparence, celle de la Russie, qui souhaite la poursuite de la guerre, mais également celle des Européens. La lutte contre la corruption est un impératif absolu pour maintenir et confirmer le soutien apporté à l’Ukraine. Il y a enfin la pression de son opinion publique. Volodymyr Zelensky perd son “bras droit” avec qui il travaillait presque 24 heures sur 24 depuis le début de la guerre.

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Vous confirmez qu’Andriy Yermak était très influent auprès du président ukrainien ?

Il faisait partie de son entourage direct, étant à la fois son homme de confiance et son négociateur principal. Après bientôt quatre ans de guerre, la pression est terrible. Même au sein de ce premier cercle, les responsables sont là pour assumer la défense de l’Ukraine dans un contexte incroyablement difficile. Cette pression est propice aux dérapages, notamment autour de la lutte contre la corruption.

Est-ce inquiétant que la corruption atteigne le deuxième homme le plus influent du pays ?

C’est à la fois inquiétant, car cela prouve que c’est une réalité, mais en même temps, cela démontre que la lutte fonctionne. On peut voir le verre à moitié vide en déplorant que le système soit corrompu, ou le voir à moitié plein et se dire que les pressions européennes et citoyennes font que la lutte contre la corruption marche, y compris en touchant le cercle direct du pouvoir à Kiev.

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Volodymyr Zelensky semble se retrouver particulièrement esseulé…

Son positionnement est extrêmement compliqué, d’autant que la Russie considère qu’il n’est plus légitime. Vladimir Poutine l’a réitéré récemment, affirmant qu’il n’a rien à signer avec lui. Ce qu’il souhaite, c’est une nouvelle administration ukrainienne favorable à Moscou. De l’autre côté, l’administration Trump ne l’a jamais apprécié et a toujours cherché à faire pression sur lui. Le président est en situation de faiblesse relative.

Deux ministres avaient récemment quitté le gouvernement, c’est au tour du chef de cabinet. Ces démissions peuvent-elles décridibiliser Zelensky ?

Oui et non. Le peuple ukrainien soutient l’effort de guerre, comme le montrent les études. Un fléchissement du moral est légitime après bientôt quatre ans de guerre, notamment au regard des pertes humaines. Mais les Ukrainiens savent qu’ils n’ont pas le choix, c’est une guerre existentielle. Après un cessez-le-feu, il est probable qu’il y aura des règlements de comptes politiques, des changements de majorité. Ce qui est sûr, c’est que la pression psychologique de la guerre est terrible. C’est ce qui a peut-être amené le premier cercle à fermer les yeux sur les affaires de corruption ou, pire, à en profiter.

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Andriy Yermak dirigeait la délégation ukrainienne dans les négociations. Quelles conséquences sa démission aura-t-elle ?

Cela signifie que Volodymyr Zelensky devra très vite nommer un nouveau négociateur. Il y a des personnes sérieuses, militaires ou diplomates, dans son administration. La question est celle de la relation de confiance et d’intimité entre le président et ce nouveau négociateur. Un point important : le nouveau négociateur doit très bien maîtriser l’anglais. Andriy Yermak avait quelques faiblesses sur ce point, ce qui était un désavantage dans les discussions avec les Américains, notamment face à une administration qui pourrait vouloir à tout prix un accord.

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