Prison avec sursis, amende et peine d’inéligibilité. Les réquisitions n’ont pas réservé de surprise devant la cour d’appel de Paris. Laurence Arribagé, Marc Menvielle et Frédéric Sartorelli seront fixés le 5 février.
“Un front commun et un engagement. Trois prévenus et Mme Arribagé qui constitue le trait d’union entre ces hommes et Mme Vignon.” Ce vendredi matin devant la 13e chambre de la cour d’appel de Paris, l’avocate générale Fabienne Dumont pose ses accusations. À ses yeux, pas de doute. Ni sur l’implication des trois prévenus, ni sur leur volonté commune de déstabiliser la candidate Corinne Vignon au profit de Laurence Arribagé lors des élections législatives de 2017. Cela semble loin, huit ans ont passé, mais pour la justice c’était hier. Et la distance, si elle aide prévenus et victime à mieux supporter, à moins s’agresser, à moins pleurer, elle n’efface rien. Et pour la justice, pas question de passer l’éponge.
Surtout à l’encontre de ceux qui étaient encore “une représentante de la Nation”, Laurence Arribagé, “un haut fonctionnaire”, Marc Menvielle, “un responsable d’entreprise, ancien employeur de Mme Vignon”, Frédéric Sartorelli. Un trio qui use d’informations “dans la précipitation et l’urgence, en perdant toute objectivité”, pour l’agent des impôts ; “qui veut faire le buzz, accélérer les choses, inverser la tendance des votes” pour Laurence Arribagé ; “dénoncer des faits qu’il connaît quitte à en rajouter”, concernant le responsable de société.
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Des actes délictuels graves “qui altèrent la confiance du citoyen”, estime l’avocate générale avant de requérir 3 ans de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende à l’encontre de Marc Menvielle et Laurence Arribagé, 2 ans avec sursis et 10 000 euros d’amende pour Frédéric Sartorelli. Une interdiction du droit de vote accompagne ces demandes et 5 ans d’inéligibilité à l’encontre de Laurence Arribagé.
Pas d’argent, seulement des mots
“Pas d’exécution provisoire ?”, demande la présidente. “Non”. Mais une nouvelle condamnation pourrait écarter l’ancienne adjointe au maire de la bataille pour le Capitole. Alors Mes Jacques Monferran et Eric Mouton, les avocats de l’ancienne élue, ferraillent. Le premier avec une légèreté faussement naïve. “Il faut replacer cela dans le contexte toulousain. Ce qui gêne Mme Vignon, c’est qu’on se moque, qu’on la traite de voyante”. Alors bien sûr, “c’est moche, c’est vilain mais une campagne politique, c’est brutal. Mais cela reste des mots. On ne parle pas ici de millions détournés”, insiste Me Monferran.
Me Eric Mouton s’accroche plus au dossier, et au droit. Pour s’interroger “sur ce recel, cette utilisation, où l’on nous présente à la fois comme l’origine, la manipulatrice et la bénéficiaire. Il faudrait le déterminer” commence le défenseur. Avant de s’étonner : “Mais nous, on ne sait rien de l’article 40, de ce que ça implique. Et aujourd’hui, on veut encore nous en faire payer le prix !”
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Mes Laurent Boguet et Thierry Carrère, en défense de Marc Menvielle, ramènent aussi la cour dans la réalité de 2017, de la mise en cause de François Fillon, de Marine Le Pen, déjà, et de ce combat pour les législatives. “Marc Menvielle fait son travail. Il signale une possible fraude. Il n’ouvre pas l’enquête, il ne communique pas. C’est le parquet. Où était l’urgence ?”, interroge Me Boguet. Et dans une curieuse époque “où tout le monde dénonce tout le monde, on nous reproche de faire notre travail”, s’indigne Me Carrère.
Quant à Me Louis Thévenot, il défend Frédéric Sartorelli, celui “qui voulait avertir, qui s’inquiétait de la candidature de son ancienne amie. Mais il ne calomnie pas. Il dit juste ce qu’il sait. Et il ne ment pas. Mme Vignon l’a reconnu, encore ici devant vous.”
La cour rendra sa décision le 5 février.
“Des regrets que sur eux-mêmes”
Les débats, plus sereins, moins tendus qu’en décembre 2023, lors de la première audience, ont été l’occasion de mots d’excuses entre les deux anciennes adversaires, Laurence Arribagé et Corinne Vignon. Un début de paix qui n’empêche par Me Laurent de Caunes de tenir les comptes et de présenter les factures.
“Finalement ces trois larrons ne se reprochent pas grand-chose. Ils n’ont de regrets que sur eux-mêmes”, dénonce l’avocat de la partie civile. “Les débats ont bien montré l’intensité de leur volonté réunie d’empêcher par des vils moyens l’élection de Corinne Vignon”. Une députée, encore marquée par l’affaire, présente pendant l’intégralité des débats et qui a augmenté ses demandes de dommages et intérêts. “Parce que tout cela laisse des traces qui ne s’effacent pas”, note Me de Caunes.

