D’une idée de potager, le jardin d’Emmaüs Pamiers est devenu une exploitation agricole bio considérable. Derrière les tonnes de légumes vendues à prix cassés à l’année, des compagnons en insertion travaillent d’arrache-pied pour entretenir l’hectare de terre et enchaîner les nouveaux projets.

En un regard, on ne peut apercevoir toute l’étendue du jardin d’Emmaüs Pamiers-Saint-Jean-Du-Falga. Sur cette terre vaste, étirée sur près d’un hectare, les projets se multiplient au fil des années, tout comme le nombre de serres et de plantations. Plus de 20 tonnes de légumes récoltées sur l’année 2025, voilà l’aboutissement du travail de cinq compagnons de l’association locale, originaires de pays d’Afrique. Avec ce jardin, “mettre l’économie au service de l’humain” est devenu une réalité pour Fabien Paul, responsable de la compagnie Appaméenne.
Au départ, le projet n’avait pas autant d’ambition. Sa naissance date de 2010, lorsqu’une jeune en service civique s’est investie dans cette idée agricole. “On lui a promis qu’on n’abandonnerait pas ce projet pour lequel elle a beaucoup donné”, raconte Fabien Paul. Aujourd’hui, l’exploitation a trouvé son rythme de croisière, en dégotant des financements à droite à gauche, et ne cesse de se développer encore et encore.
Des travailleurs en insertion passionnés
Dans l’équipe, Babacar joue le rôle de l’expérimenté. Après avoir franchi les échelons à Emmaüs, cet horticulteur sénégalais s’est formé à son arrivée dans l’association à la permaculture, notamment au lycée agricole de Pamiers. Il a atteint le poste de responsable du jardin, en CDI à temps plein. “Pour travailler ici, il faut être passionné”, indique Babacar. Autour de lui, il a “la chance d’avoir une équipe [qu’il] aime”, avec laquelle il “s’entend bien”. “Moi j’aime travailler ici”, confie sourire aux lèvres Karim, l’un des quatre compagnons associés au responsable de l’hectare.
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Il y a aussi Moussa et Malik. Les deux compagnons attendent d’être régularisés grâce à ce travail. “Ils ont tous les deux des promesses d’embauche”, souligne Fabien Paul. Avec ce projet, Emmaüs Pamiers se positionne dans l’insertion sociale, un domaine déjà bien présent dans les associations de tout le pays. “Il y a des compagnies qui vont travailler avec des personnes qui sortent de prison”, illustre Fabien Paul.
“Je fais attention à respecter la nature”
Dans le fonctionnement de l’équipe, tout est conçu pour répondre au second enjeu du jardin : fournir des légumes de qualité issus d’une agriculture durable. “Je fais attention à respecter la nature, pour moi, la permaculture, c’est un processus respectueux de l’environnement”, explique Babacar. L’entretien de la terre est une priorité. Une fois les récoltes terminées, des “engrais verts” sont utilisés. La reconnaissance des produits bio est un acquis à conserver. Un inspecteur passe tous les ans pour contrôler tous les processus de production et les produits utilisés.

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Les légumes d’Emmaüs sont répartis vers trois destinations : le self des compagnons de l’association, des associations, comme les Restos du cœur qui achètent encore 4,5 tonnes de légumes cette année, et le “Bric à Brac” d’Emmaüs Pamiers.
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Dans les deux derniers cas, les légumes sont vendus à prix cassés, vers des lieux promouvant le mieux manger pour tous. “Dans les années à venir, ça va devenir de plus en plus important”, anticipe Fabien Paul. Dans le partenariat avec les Restos du Cœur, le prix au kilo de tous les légumes est fixé à 2,20 euros, “un prix en dessous du marché”.
Un poulailler mobile tout neuf, un verger en devenir
Emmaüs Pamiers continue de développer son espace agricole. Dernière innovation en date, un “poulailler mobile”. Il s’agit d’un élevage de poule, visant une production d’œufs, dans un poulailler sur roues. “Le principe est de pouvoir le déplacer et de faire sortir les poules sur différentes terres pour qu’elles les travaillent”, dévoile Fabien Paul. Sur cette partie, Lebe s’en occupe. Il est le cinquième compagnon de l’équipe.

Il peut compter jusqu’à 80 œufs par jour. Et pour la suite, l’association se dirige maintenant vers les fruits, avec un projet de verger, là aussi à destination d’associations comme le Secours Populaire et Cœur sur la main.
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