Des immeubles résidentiels à Toulouse. JEAN-MARC BARRERE / HANS LUCAS VIA AFP
Contrer la montée de l’extrême droite en s’intéressant (enfin) à la crise du logement. Plusieurs recherches du Réseau de recherche en politiques progressistes (Progressive Politics Research Network, PPRNet) révélées dans un article du journal britannique « The Guardian » ce jeudi 27 novembre font ce constat. Si les partis politiques du centre et de la gauche progressiste s’attaquent à la flambée des prix de l’immobilier et aux loyers trop chers, alors ils pourraient obtenir un large soutien électoral.
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« Avec des solutions crédibles, les partis progressistes peuvent reconquérir ce terrain et rallier les électeurs à leur cause, mais cela nécessitera une réelle volonté politique », explique auprès du « Guardian » l’un des membres de l’étude, Aidan Regan, professeur de politique économique à l’université de Dublin.
Depuis plusieurs dizaines d’années, de nombreux pays européens sont embourbés dans une violente crise du logement. En moins de dix ans, de 2015 à 2023, le coût du logement dans les pays de l’Union européenne a augmenté en moyenne de 47 %, selon les chiffres d’Eurostats. En France, l’augmentation s’établit à 31 % en moyenne. Et les salaires n’ont pas suivi l’inflation du prix des loyers. Si bien que près d’un Européen sur dix consacre plus de 40 % de ses revenus pour se loger. La part des jeunes précaires est importante : en 2023, plus de 10 % des Européens de 15 ou 29 ans vivaient dans un foyer où la part des revenus alloués au logement dépassait les 40 %.
« L’insécurité économique nourrit le vote d’extrême droite »
Si la gauche ne réinvestit pas ces sujets, les partis d’extrême droite pourront en tirer profit, expliquent les chercheurs. « Le vote d’extrême droite est multifactoriel. Il touche à la fois les questions d’immigration, d’identité, la question des valeurs, des changements de société. Mais depuis la crise de 2008, les enjeux financiers ont pris une importance dans ce vote. Aujourd’hui, l’insécurité économique nourrit le vote d’extrême droite », détaille auprès du « Nouvel Obs » Gilles Ivaldi, chercheur en sciences politiques au Cevipof.
Cette insécurité économique provoque « des attitudes à la fois xénophobe et anti-élites », poursuit Gilles Ivaldi. Et cela se ressent dans les programmes politiques des partis d’extrême droite européens. Les chercheurs du PPRNet ont analysé les programmes de cinq partis politiques de droite radicale – en Hongrie, en Autriche, au Danemark, en Allemagne et en Pologne – et ils ont constaté un glissement de définition du logement. Il n’est plus un droit social mais, disent-ils, « une question d’identité nationale, de valeurs familiales, de stabilité et de propriété privée ».
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Le mois dernier, la question de la préférence nationale dans l’attribution de logements sociaux a remué la campagne pour les élections législatives aux Pays-Bas. Le royaume souffre d’une pénurie de logement considérable – près de 400 000 selon les chiffres avancés par « le Monde » – couplé à une augmentation exponentielle du prix des loyers. Le parti d’extrême droite de Geert Wilders (Parti pour la Liberté) a surfé pendant la fin de sa campagne sur une information xénophobe : de nombreux Néerlandais croyait que l’obligation faite aux municipalités de trouver un logement à des réfugiés surchargeait les logements sociaux à leur détriment. Or, selon une étude de l’Agence centrale de l’asile citée par « le Monde », seulement 7 % seulement des logements municipaux disponibles sont occupés par des réfugiés.
Acheter un logement, « un marqueur fort de l’ascension sociale »
Autre point clé de la crise du logement sur le vote de l’extrême droite : l’accès à la propriété. « Toute une génération n’a pas cette chance, elle paie des loyers exorbitants et n’a aucun espoir d’acheter prochainement », indique Aidan Regan dans les colonnes du « Guardian ». Pour Gilles Ivaldi, acheter un logement est « un marqueur très fort de l’ascension sociale pour les classes moyennes ».
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Et la gauche semble avoir laissé de côté ce sujet. En France, « l’objectif à gauche est de réduire les inégalités sociales en plaçant en priorité le logement social pour que les plus précaires puissent se loger à moindre coût », indique Gilles Ivaldi en ajoutant que les politiques à gauche ne se concentrent pas sur la flambée des prix de l’immobilier à l’achat.
Les chercheurs PPRNet donnent plusieurs pistes pour « réintégrer l’accession à la propriété dans une stratégie progressiste » à commencer par la réduction de la redéfinition du logement comme un bien public ou encore le développement de l’offre publique et coopérative. Avec un enjeu principal : réussir à fédérer les électeurs et rétablir un lien de confiance qui semble de plus en plus s’étioler.
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