November 26, 2025

Alain Grizaud, président Fédération nationale des TP : « L’incertitude paralyse les Travaux publics »

l’essentiel
Il arrivera ce jeudi 27 novembre à Eurythmie en invité d’honneur de la 8e soirée des Leaders de l’économie du Grand Montauban. Alain Grizaud, 63 ans, patron de la PME familiale Cousin Pradere à Castelsarrasin et président de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP), revendique la parole libre et l’accent du terrain.

Alain Grizaud parle canalisations, Ligne grande vitesse (LGV), finances publiques et cohésion territoriale avec la même brutalité douce des entrepreneurs qui n’ont pas oublié d’où ils viennent. Entretien.

Vous insistez souvent sur le rôle structurant des travaux publics. Pour une agglomération comme Montauban, que faudrait-il prioriser dans les dix ans ?

Les signaux sont clairs : le Tarn-et-Garonne entre dans une décennie charnière. LGV, gare de Bressols, hôpital, Boulevard urbain ouest… Ce sont des investissements d’avenir. Je me bats pour la LGV parce que rapprocher Paris et Toulouse en moins de quatre heures, ce n’est pas un caprice, c’est un enjeu national. Sans infrastructures solides, un territoire s’étiole. Les projets arrivent, il faut maintenant qu’ils se concrétisent.

Votre parcours est celui d’un dirigeant de PME familiale. Qu’est-ce que cela change à la tête d’une fédération nationale ?

Je trouve que rien ne remplace l’expérience du terrain, d’avoir déjà mis les mains dans le cambouis. Je n’ai jamais oublié qu’une PME n’a pas le droit à l’erreur. On voit immédiatement les effets d’une décision. Cette proximité avec les équipes, les chantiers, les clients, je la garde. À la FNTP, je rappelle une chose : la France ne se résume pas au périphérique parisien. Notre secteur pèse 138 milliards d’euros, dont 53 en France. Et sur cette part nationale, 43 % relèvent de la commande publique, d’abord portée par les collectivités locales. Les routes, les ponts, l’eau… ce sont eux qui tiennent le pays.

Vous parlez souvent de la nécessité de “reconnecter Paris aux territoires”. Qu’est-ce qui grippe encore ?

Le manque de visibilité. On enchaîne les gouvernements, le budget 2026 n’est toujours pas voté… Résultat : les Français épargnent, mais les collectivités aussi. On gèle, on attend, on repousse les investissements. 2025 va se terminer sur une baisse de 0,1 % de l’activité. Et dans le meilleur scénario, ce sera – 3 % en 2026. Pour une région comme l’Occitanie, où les TP représentent 4,5 milliards de chiffre d’affaires et 33 000 emplois, c’est vertigineux. Il faut rompre ce cercle d’incertitude.

La transition écologique impose de nouveaux standards. Comment le secteur suit-il ?

C’est une mutation profonde, mais elle ne se décrète pas contre nous : elle se construit avec nous. Le secteur s’est engagé massivement, et je veux poursuivre cet élan. Moins d’émissions, plus de recyclage, des matériaux innovants, de nouvelles pratiques. Nous pouvons être un acteur majeur de la transition, à condition que l’État cesse de considérer l’entretien des infrastructures comme une variable d’ajustement. Selon le World Economic Forum, on est passés de la 1re à la 18e place mondiale pour la qualité des routes entre 2007 et 2019 : c’est le prix du sous-investissement.

Les grands groupes vont-ils balayer les PME locales sur les chantiers structurants du territoire ?

Non. Ils seront là, évidemment, mais nos PME ne seront pas reléguées. Je me bats pour que les grands chantiers ruissellent vraiment sur tout le tissu local. Les entreprises du Tarn-et-Garonne savent faire, elles l’ont prouvé. Sur dix ans, il y aura du travail pour tout le monde.

L’arrivée du numérique et de l’IA bouleverse-t-elle les métiers des travaux publics ?

Oui, et tant mieux. Topographie assistée, maintenance prédictive, engins automatisés… Le chantier de demain sera plus sûr, plus précis, plus sobre. Mais cela suppose de la formation, beaucoup de formations. Les métiers évoluent vite : il faut suivre.

Justement, comment rendre ce secteur attractif alors qu’il manque de main-d’œuvre ?

En montrant ce qu’il est vraiment : un secteur utile, concret, qui offre de l’emploi durable. Beaucoup de jeunes veulent du sens : ici, il y en a. On construit des ponts, des réseaux, des hôpitaux. On améliore la vie quotidienne. Il faut aussi démythifier les conditions de travail : les métiers se modernisent, les équipements évoluent, et les rémunérations sont attractives.

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