November 25, 2025

REPORTAGE. "Je voulais faire comme tout le monde…" : dans le Lot, des lycéens accros à la puff

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Le vapotage chez les adolescents prend de l’ampleur malgré l’interdiction des puffs. Ces cigarettes électroniques jetables, désormais illégales, sont remplacées par des alternatives rechargeables. La preuve aux abords d’un lycée du Lot. Reportage.

Aux abords des lycées, c’est l’objet roi. En ce temps glacial de novembre, des nuages de fumée s’élèvent autour des lycéens. Presque tous portent à leur bouche des “puffs” : des cigarettes jetables aux goûts parfois exotiques. Cahors, la préfecture du Lot, n’échappe pas à la règle. À la sortie des cours du lycée Clément Marot, tout le monde en parle, qu’ils soient fumeurs ou non. “C’est à la mode ! Moi, je ne fume pas mais tous les autres ont déjà essayé voire même fument régulièrement”, confie une élève. Le vapotage est désormais banalisé chez les adolescents.

Quelques pas plus loin, deux copines sortent de classe, une puff à la main. Âgée de 15 ans, l’une d’elles a commencé à fumer deux ans plus tôt : “Je voulais faire comme tout le monde. Je fume tous les jours, dès que j’ai une pause”. Quand on lui demande si elle se sent accro, Chloé secoue timidement la tête. “Non, je ne pense pas…”. Elle apprécie le goût, mais surtout le geste de fumer. En repartant, elle prête l’objet à son amie, qui s’empresse de prendre une taffe. Comme beaucoup d’autres, Killian, 15 ans, a lui commencé en soirée. “J’emprunte celles des autres de temps en temps”. Coût de la puff : environ 15 euros.

Un fléau qui envahit les abords de lycées, mais qui rentre aussi à l’intérieur des établissements. “Certains fument dans les couloirs, ou même aux toilettes. Un jour, j’ai poussé la porte et j’ai vu des filles fumer, je suis vite partie !”, s’amuse une lycéenne. Elle reprend : “Et au self aussi. J’ai déjà vu des gens louper le repas pour avoir le temps de fumer. À chaque pause, ils doivent sortir pour fumer”. Dans son groupe, une seule a essayé. “La première fois, c’était en 5ᵉ. Des fois, je tirais sur celle des copains. Là, j’en ai eu deux pendant un mois mais ça m’a dégoûtée, le goût est trop fort”, pose Aliénor.

“Je sais que les puffs ne sont pas bonnes”

Pourtant, aujourd’hui, les puffs ont été bannies. En effet, une loi transpartisane a été adoptée pour interdire ces dispositifs. Le texte a été élaboré en collaboration avec des associations de lutte contre le tabagisme et des organisations environnementales. Son article unique modifie le code de la santé publique et interdit : la mise en vente, la vente, la distribution, l’offre gratuite, des cigarettes électroniques jetables, dites “puffs”. Comme le confie ce propriétaire d’un bar-tabac cadurcien : “On n’a plus le droit d’en vendre. Et de toute façon, je n’en vendais pas aux mineurs.” Les puffs ont été remplacées par des cigarettes rechargeables. Presque des cigarettes électroniques (CE) mais pas tout à fait, car la batterie est différente. Le gérant en vend, en moyenne, une dizaine par jour.

Cette interdiction ne freine pas pour autant les jeunes, qui se jettent sur ces nouveautés voire passe un cran au-dessus. Léo a commencé par les puffs quand il avait 15 ans. Trois ans plus tard, il s’est équipé d’une CE. Plus rentable quand on fume beaucoup. “Au départ, c’était pendant les fêtes et pour faire un peu comme tout le monde. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’en avoir besoin pour me déstresser, même si c’est un mot un peu fort. Dans la journée, je prends régulièrement cinq ou dix minutes pour fumer”, dit-il, cigarette à la main. Est-il accro ? Le lycéen réfléchit. “Et si je te la prenais ?” La réponse fuse : “Ça irait pendant une semaine mais pas plus”.

Les puffs, elles, étaient largement critiquées pour leur pouvoir d’attraction sur les jeunes. Le danger : la création d’une addiction de plus en plus tôt pour les cigarettes avec nicotine. Et pour celles qui n’en contiennent pas, la fumée inhalée reste mauvaise pour la santé. Et si les lycéens en ont conscience, pas de quoi les stopper. Comme le prouve Chloé : “Je ne fume pas de cigarette car c’est vraiment mauvais pour la santé. Je sais que les puffs ne sont pas bonnes non plus, mais ça ne me pousse pas à arrêter pour autant”.

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