Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, lors d’une visite officielle à Madrid, en Espagne, le 18 novembre 2025. ALBERTO GARDIN / SOPA/SIPA
Le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio a atterri ce dimanche 23 novembre à Genève où des responsables ukrainiens, américains et européens se retrouvent pour discuter du plan de Donald Trump pour l’Ukraine, qui fait craindre à Kiev une capitulation forcée mais ne constitue pas, selon Washington, une offre finale. « Aujourd’hui, nous espérons régler les derniers détails de l’accord de paix », a déclaré à l’AFP un responsable américain.
L’émissaire spécial de Donald Trump, Steve Witkoff, est attendu à Genève. La délégation ukrainienne sera menée par le bras droit du président ukrainien Volodymyr Zelensky, le chef de la présidence Andriï Iermak. Des responsables français, allemand, britanniques, italiens et canadiens sont également attendus. Mais le format et le lieu des discussions restent incertains.
• Zelensky veut suggérer des solutions alternatives
Vendredi, le président ukrainien avait repoussé le plan américain pour mettre fin à près de quatre ans d’invasion russe et assuré qu’il tenterait de suggérer des solutions alternatives à Washington. Le texte est vu avec inquiétude à Kiev car il reprend plusieurs exigences majeures formulées par la Russie. « L’Ukraine pourrait être confrontée à un choix très difficile : la perte de dignité ou le risque de perdre un partenaire clé », les Etats-Unis, a déclaré Volodymyr Zelensky dans une adresse vidéo à la nation, estimant que le pays traverse « l’un des moments les plus difficiles de (son) histoire ». Le président ukrainien a toutefois jugé ce dimanche sur X « positif que la diplomatie ait été ravivée et que le dialogue puisse être constructif », ajoutant : « nous avons tous besoin d’un résultat positif ».
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« L’Ukraine aborde ce processus avec une compréhension claire de ses intérêts. Il s’agit d’une nouvelle étape du dialogue qui se poursuit depuis quelques jours et qui vise principalement à harmoniser notre vision des prochaines étapes », a déclaré samedi Roustem Oumerov, à la tête du Conseil de sécurité ukrainien et membre de la délégation chargée par Volodymyr Zelensky de participer « au processus de négociation avec les États-Unis et d’autres partenaires internationaux de l’Ukraine, ainsi qu’avec des représentants de la Russie ».
La délégation ukrainienne présente en Suisse a rencontré ce dimanche des représentants de la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni. « J’ai tenu la première réunion avec les conseillers à la sécurité nationale des dirigeants du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne (…) La prochaine réunion aura lieu avec la délégation américaine », a indiqué sur Telegram Andriï Iermak, le chef de la présidence ukrainienne qui mène la délégation. « La coordination entre les Etats-Unis, les Européens et les Ukrainiens est en cours à Genève », a indiqué à l’AFP la délégation française. « Notre objectif partagé est d’obtenir une paix robuste. Il faut donc des garanties de sécurité solides », a ajouté cette même source.
• Les Européens veulent retravailler le plan américain
Réunis au sommet du G20 à Johannesburg, 11 pays principalement européens ont estimé samedi dans une déclaration que le plan américain « requerra du travail supplémentaire », craignant qu’il ne laisse l’Ukraine « vulnérable à de futures attaques ». Le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre est même allé plus loin en estimant ce dimanche que le plan américain pour l’Ukraine comporte « des défauts majeurs », jugeant « inacceptable » de « changer les frontières par la force ». « Pas de paix en Ukraine sans l’Ukraine », a-t-il martelé.
Le président français Emmanuel Macron a annoncé une réunion mardi en visioconférence des pays soutenant l’Ukraine. Selon lui, sans « éléments de dissuasion, les Russes reviendront ». « Il n’y a pas de scénario dans lequel la dignité, la liberté de l’Ukraine sont négociables », a déclaré dimanche sur France Info la ministre française déléguée aux armées, Alice Rufo, attendue dans la journée à Genève. « Il ne peut pas vraiment y avoir de paix durable sans les Européens », a-t-elle ajouté.
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Le Premier ministre britannique Keir Starmer a, lui, indiqué que des hauts responsables allaient se réunir à Genève « pour faire avancer les choses », soulignant l’importance de « garanties de sécurité » solides pour l’Ukraine. « Les yeux sont désormais tournés vers Genève et sur la question de savoir si nous pouvons progresser demain matin », a-t-il déclaré samedi, en marge du G20. « Je ne suis pas encore convaincu que les solutions souhaitées par le président Trump seront trouvées dans les prochains jours », a déclaré ce dimanche le chancelier allemand Friedrich Merz depuis l’Afrique du Sud, ajoutant qu’il était « sceptique quant à la possibilité d’un tel résultat compte tenu des divergences actuelles ».
Le rôle « central » de l’Union européenne (UE) doit être « pleinement reconnu » dans tout plan de paix sur l’Ukraine, a pour sa part affirmé ce dimanche la présidente de la Commission Ursula von der Leyen. « Tout plan de paix crédible et durable doit avant tout mettre fin aux massacres et à la guerre, sans pour autant planter les graines d’un futur conflit », a-t-elle martelé dans un communiqué, évoquant également plusieurs élements, essentiels selon elle, à ce plan de paix. « L’Ukraine doit avoir la liberté et le droit souverain de choisir son propre destin. Elle a choisi un destin européen », a-t-elle estimé.
• Trump met la pression sur l’Ukraine… avant de temporiser
Donald Trump a commencé samedi par presser le président ukrainien d’accepter le texte. Le président américain a estimé que le 27 novembre, jour de la fête de Thanksgiving, était une date butoir « adéquate » pour recevoir une réponse sur sa proposition de 28 points. « Il faudra bien que cela lui plaise, et si cela ne lui plaît pas, alors, vous savez, ils n’auront qu’à continuer à se battre », a-t-il dit, interrogé sur le rejet de son projet par Volodymyr Zelensky.
Définitif, Donald Trump a ensuite… temporisé. Le président américain a répondu « non » à la question de savoir si son plan pour mettre fin au conflit en Ukraine était sa « dernière offre ». « Nous essayons d’y mettre fin. D’une manière ou d’une autre, nous devons y mettre fin », a-t-il déclaré à la presse, sans toutefois donner davantage de détails. De quoi donner de l’espoir aux Ukrainiens ?
• Des sénateurs américains s’opposent au plan Trump
Des sénateurs américains, trois démocrates, un indépendant et un républicain, ont fait part de leurs « préoccupations importantes concernant les détails du plan » du président Donald Trump pour mettre fin à la guerre en Ukraine, dans un communiqué samedi. « Nous n’obtiendrons pas cette paix durable en offrant concession après concession à Poutine et en dégradant fatalement la capacité de l’Ukraine à se défendre », ont écrit ces membres du comité du Sénat sur les relations internationales. « Nous devons consulter étroitement nos partenaires ukrainiens et nos partenaires de l’Otan sur la voie à suivre. Nous devrions exercer une pression réelle sur la Russie pour qu’elle vienne à la table des négociations », poursuivent-ils.
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Le républicain Roger Wicker, qui préside la puissante commission sénatoriale des forces armées, a aussi réagi dans un communiqué distinct vendredi. « Ce soi-disant “plan de paix” présente de réels problèmes, et je suis très sceptique quant à sa capacité à instaurer la paix. L’Ukraine ne devrait pas être forcée de céder ses terres à l’un des criminels de guerre les plus flagrants du monde, Vladimir Poutine », a dénoncé le sénateur, ajoutant : « La taille et la disposition des forces armées de l’Ukraine est un choix souverain pour son gouvernement et son peuple ». Le républicain Tim Scott, à la tête du comité des affaires bancaires du Sénat, a par ailleurs déclaré samedi soutenir l’établissement de sanctions contre la Russie, une demande de longue date de certains élus.
Deux sénateurs, un républicain et un démocrate, ont aussi affirmé que le secrétaire d’État Marco Rubio leur avait dit que le document ne correspondait pas à la position officielle des États-Unis, mais simplement un point de départ pour des discussions comprenant une « liste de souhaits russe ». « C’est complètement faux », a rétorqué sur X le porte-parole du département d’Etat Tommy Pigott. Ce texte « présente un cadre solide de négociations. Il se fonde sur des éléments fournis par la partie russe mais également sur des apports de l’Ukraine », a complété Marco Rubio sur X.
• Satisfait du plan américain, Poutine menace l’Ukraine
A Moscou, Vladimir Poutine a lui jugé que le plan américain pouvait « servir de base à un règlement pacifique définitif » du conflit lancé en 2022. Il s’est dit prêt à une « discussion approfondie de tous les détails » du texte élaboré par Washington. En cas de refus ukrainien, « les événements qui se sont produits à Koupiansk se reproduiront inévitablement sur d’autres secteurs clés du front », a-t-il menacé, en référence à une ville de l’est de l’Ukraine dont la capture a été revendiquée par son armée jeudi.
L’armée russe a revendiqué ce dimanche la prise de trois nouvelles localités dans l’est de l’Ukraine. L’armée ukrainienne est en difficulté sur le front, se battant actuellement pour ne pas perdre le contrôle de plusieurs forteresses sur le front est et ayant commencé à reculer dans certains secteurs du nord et du sud du pays, où les lignes n’avaient pas bougé depuis plusieurs mois.

