À Auch, au cœur d’un immeuble qui serait miné par l’humidité, l’insécurité et des logements dangereux, des locataires précaires accusent un propriétaire négligent et livrent un quotidien fait de peur, de misère et d’abandon. Reportage.
De l’extérieur, la bâtisse semble normale. Une façade propre, des volets peints et des va-et-vient. À l’entrée, un porche donne sur une petite cour. Au fond, quelques pots de fleurs, dont l’un, surprenant, n’est autre qu’un WC. L’immeuble est séparé en deux.

Dans une partie, plusieurs appartements, pour la plupart des studios. Les locataires y vivent majoritairement dans une grande précarité : certains sont sous tutelle, d’autres en situation de handicap. Humidité, cafards, insécurité, loyers élevés : de nombreux résidents nous ouvrent les portes de leur logement, qu’ils décrivent comme “insalubre”. Tous, sans exception, partagent ce sentiment.

Dans la petite cour, l’un d’eux invite à lever les yeux. Il évoque cette cheminée qui penche dangereusement et la toiture dans un mauvais état : “Tu as vu, là, la cheminée… Il y a des morceaux qui tombent.”
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D’autres pointent du doigt des trous dans le lambris. “Il y a le bâtiment aussi qui est ce qu’il est.” Les habitants évoquent des accusations graves : branchements électriques sauvages, logements dangereux, réparations “à la va-vite”. “L’appartement va tomber. Il y a des câbles partout, de l’humidité, pas de détecteur de fumée.” Les plafonds sont recouverts de plaques de polystyrène. Dans les parties communes, les scellés de plusieurs compteurs EDF sont manquants.

Le propriétaire est décrit de façon très critique : beaucoup le qualifient de “marchand de sommeil”. Les locataires soulignent sa responsabilité et le décrivent comme négligent. “Il ne pense qu’à l’argent. Il loue à des gens vulnérables, il s’en fout de tout.”
Précarité extrême et logements dégradés
“Ça fait un an que je suis ici. J’ai eu un appartement parce que j’en avais besoin mais c’est compliqué. Il y a beaucoup de dégâts et le propriétaire fait des choses qu’il ne devrait pas faire”, explique Sonny. Il montre le plafond du porche, à l’entrée de l’immeuble, où des trous ont été rebouchés avec de la mousse et du polystyrène. “Ça peut prendre feu, ça peut même s’effondrer.”
“On me demande de faire des travaux, ce n’est pas à moi de le faire”, soutient un autre résident dont l’appartement est rongé par l’humidité. Sur les murs, des traces de moisissures, un parquet délabré : ce locataire se sent abandonné et ne peut pas déménager. “J’ai été pris à la gorge, je viens d’arriver, je ne suis pas riche non plus, j’ai des petits revenus, j’essaie de me refaire et je sais que je vais y arriver mais pas avec un propriétaire qui essaie de vous arnaquer.”

Comme lui, beaucoup vivent dans la précarité. Dans un petit logement d’à peine 15 m² vit un homme d’une soixantaine d’années, seul, handicapé et extrêmement vulnérable. “Il est à l’abandon. Les infirmiers ont peur d’entrer. La femme de ménage aussi. Personne ne peut le soigner.” Le logement, décrit aussi comme insalubre et dangereux, n’aurait pas été rénové malgré des alertes répétées. Dans un coin de l’appartement, des sacs remplis de vêtements. Le locataire assure qu’ils ne sont pas à lui.

Les sanitaires ne sont pas adaptés aux normes PMR. “La douche est cassée, les murs tombent, il s’est brûlé la main plusieurs fois. C’est inhumain”, souffle son voisin. Les locataires affirment que des personnes extérieures profiteraient de sa faiblesse pour occuper son logement, consommer de l’alcool ou des stupéfiants.
Violences quotidiennes et sentiment d’abandon
Au-delà de l’inconfort de vie, les habitants racontent un quotidien rythmé par les violences : bagarres, intrusions, vols. “On ne dort plus, c’est l’anarchie totale.” Certains affirment avoir dû intervenir physiquement pour désarmer ou maîtriser des individus dangereux. “J’ai déjà couru derrière un mec avec deux couteaux de boucher, je lui ai enlevé les couteaux.”
Une habitante résume : “On devrait vivre dans la tranquillité. On vit dans la peur.” Ici, la détresse est générale. Les personnes âgées vivent recluses, des familles disent être terrifiées. Un jeune père explique : “Moi j’ai trois enfants. Je ne peux pas me battre tous les jours. On est abandonnés.”
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Les résidents affirment avoir alerté la mairie, les services sociaux et le propriétaire à de multiples reprises. Certains envisagent des actions plus radicales : “On ne va plus payer le loyer. C’est la seule solution pour qu’ils réagissent.” Selon la municipalité, la situation est bien connue et suivie par les services de la ville, notamment le pôle hygiène et insalubrité, en lien avec les services de l’État.
La mairie évoque “une situation caractérisée de marchand de sommeil qui profite de la misère humaine pour loger des gens dans des conditions absolument scandaleuses.” Une enquête est en cours. Contacté par La Dépêche du Midi, le propriétaire n’a pas souhaité réagir pour l’instant.

