La ministre colombienne de l’Environnement, Irene Vélez Torres (troisième en bas à partir de la gauche), entourée de représentants de plusieurs pays lors de la COP30, à Belém, au Brésil, le 21 novembre 2025. FERNANDO LLANO/AP/SIPA
Une conférence sur le climat pour rien ? C’est la crainte de plusieurs pays alors que la COP30, qui se déroule à Belém, dans l’Amazonie brésilienne, est entrée, vendredi 21 novembre, dans son dernier jour. Retardées par un incendie, les chaotiques négociations climatiques entre près de 200 pays n’ont pas permis de parvenir à un consensus.
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En cause : des camps qui restent très opposés sur les énergies fossiles. Un terme qui n’est même pas cité dans le projet de texte final proposé par la présidence brésilienne. Plusieurs pays, à commencer par la France, ont publiquement signifié leur colère face à ce manque d’ambition. Et menacent de bloquer le projet.
• Aucune mention du mot « fossiles » dans le projet d’accord
La présidence brésilienne de la 30ᵉ conférence des Nations unies sur le changement climatique, qui se tient à Belém depuis le 10 novembre, a, en ce dernier jour, mis un projet de texte sur la table avec une grande omission : il ne contient pas le mot « fossiles ».
« C’est loin de l’ambition dont nous avons besoin sur l’atténuation. Nous sommes déçus du texte qui est actuellement sur la table », a déclaré le commissaire européen au Climat, Wopke Hoekstra, dans un communiqué. « Ce texte est décevant : il ne fait aucune mention des énergies fossiles, qui sont responsables de plus de 80 % du réchauffement climatique. C’est une omission incompréhensible à l’heure de l’urgence climatique », a fustigé la ministre française de la Transition écologique, Monique Barbut, dans un message à l’AFP.
Le projet a immédiatement été rejeté par plusieurs organisations non gouvernementales (ONG). « C’est comme une page blanche, il y a si peu pour combler le manque d’ambition pour en rester à 1,5 °C de réchauffement, ou pousser les pays à accélérer l’action », a réagi Tracy Carty de Greenpeace. Il est « extrêmement décevant », selon WWF.
• Pas de « feuille de route »
Les énergies fossiles n’étant pas mentionnées, c’est également le cas de la création de la « feuille de route » pour en sortir, réclamée par au moins 80 pays européens, latino-américains ou insulaires. La Chine, l’Inde, l’Arabie saoudite, le Nigeria et la Russie se sont fermement opposés à cette éventualité, selon un négociateur. « Ceux qui bloquent le plus ? On les connaît tous. Ce sont les pays pétroliers, bien évidemment. La Russie, l’Inde, l’Arabie saoudite. Mais rejoints par beaucoup de pays émergents », a déclaré à l’AFP Monique Barbut.
« Le texte ne peut pas rester tel qu’il est », a, pour sa part, affirmé le ministre allemand de l’Environnement, Carsten Schneider, dans une déclaration transmise à l’AFP, prévenant que « les négociations seront difficiles ». Dans la nuit, une trentaine de pays, dont la France, l’Allemagne et la Colombie, avait jugé cela inacceptable et menacé de bloquer le projet, dans une lettre adressée au président de la conférence, André Correa do Lago. « Nous ne pouvons pas soutenir un texte qui n’inclue pas de feuille de route pour une transition juste, ordonnée et équitable vers la sortie des combustibles fossiles », ont-ils écrit.
• Vers une COP sans accord ?
Face à ces positions en apparence irréconciliables, la COP30 pourrait-elle se terminer sans accord ? Le président de la conférence, André Correa do Lago, recevra les chefs de délégations à 15 heures et vise toujours une adoption d’un accord dans la soirée. A noter qu’aucune COP n’a terminé à l’heure depuis 2003.
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La COP30 « ne peut se terminer sans une feuille de route claire, juste et équitable pour abandonner les combustibles fossiles », a réaffirmé vendredi la ministre colombienne de l’Environnement, Irene Vélez Torres, au nom de la coalition d’une trentaine de pays qui avait envoyé une lettre à André Correa do Lago. « Nous ne cherchons pas un document vide, une annonce vide », a-t-elle prévenu.
Pour autant, l’accord ne se fera pas coûte que coûte. « Ce qui est actuellement sur la table est inacceptable. Et vu que nous sommes tellement loin de là où nous devrions être, c’est malheureux à dire, mais nous sommes vraiment face à un scénario sans accord », a prévenu le commissaire européen au Climat, Wopke Hoekstra.

