Depuis le printemps, les pigeons ramiers ont causé de nombreux dégâts dans les champs de tournesol tarnais. Entre semis arrachés et plantes couchées, les agriculteurs sont démunis.
Posés sur un câble électrique, à quelques mètres au-dessus d’un champ de Gaillac, une dizaine de pigeons attendent le moment propice. Quand, soudain, ils plongent en direction des tournesols en contrebas et ne remontent qu’une fois rassasiés.
Cette année encore, le pigeon ramier et la tourterelle ont fait des dégâts dans les cultures tarnaises. Marie-Line Bruel, agricultrice près de Gaillac, estime la perte d’un tiers de sa récolte cette année, “entre ce qu’ils ont mangé sur les capitules et ce qui a été perdu au semis”. Pour l’un de ses voisins, les pertes montent à deux tiers de la récolte après des semis plus précoces.

Sur ses 9 hectares de tournesols parfaitement alignés, l’agricultrice montre des rangs entamés, ponctués de trous et de tiges brisées. “Elles savent choisir les bonnes amandes, c’est un oiseau très intelligent. Quand elles viennent les manger, elles se posent sur l’arrière du capitule et le cassent”. Les tournesols adjacents, eux, ont plus de place et sortent du gabarit souhaité par l’agricultrice.
“On a un mois et demi à tenir”
Une situation face à laquelle Marie-Line Bruel se retrouve démunie. Sur ses terres, elle avait installé des effaroucheurs pour faire fuir les volatiles. “Mais ils s’y habituent”. Pour ce type de dégâts causés par les oiseaux, aucune indemnisation n’est prévue par les assurances. “C’est de la perte sèche”, pointe-t-elle.
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Pourtant, un arrêté préfectoral du 8 avril avait classé l’espèce parmi celles susceptibles d’occasionner des dégâts. En 2024, la FDSEA du Tarn avait estimé une perte de 52 000 euros liée au pigeon ramier sur le département. Quelque 535 hectares de culture dont 399 hectares de tournesol avaient été touchés. Le classement courait jusqu’au 30 juin dernier et avait été prolongé jusqu’à la mi-2026.
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Une aubaine pour les agriculteurs qui pouvaient, sous conditions, et après autorisation de la Préfecture, chasser l’oiseau. Entre avril et juin, 90 demandes avaient été accordées par les services de l’État. Mais un arrêté ministériel interdit ces demandes entre le 31 juillet et l’ouverture de la chasse, fixée cette année au 14 septembre. “On a un mois et demi à tenir et c’est le mois de la maturité”, peste Marie-Line Bruel.
De nombreux oiseaux convoitent les récoltes
Alors, en attendant que les chasseurs puissent réinvestir le champ, des battues exceptionnelles peuvent être autorisées en cas de dégâts avérés, liés au pigeon. Trois ont été accordées depuis le début du mois, dont une à Marie-Line Bruel. “Ils sont venus mardi et la semaine dernière et ont prélevé à chaque fois 30 oiseaux”. La limite fixée par les autorités.
Mais, à côté des pigeons, d’autres volatiles viennent se nourrir dans son champ. Des tourterelles mais aussi des choucas des tours, un oiseau protégé, de la famille des corbeaux. “Ils se sont mis à coloniser les platanes à proximité, notamment sur la route entre Lisle-sur-Tarn et Gaillac”. La campagne de récolte dira, d’ici quelques semaines, l’ampleur réelle des dégâts pour l’année 2025.