Le diamant noir brillera-t-il sur les étals des trufficulteurs cette année dans le Lot, en dépit de la canicule qui a frappé le département cet été, avant les orages de ces derniers jours ? Deux trufficulteurs livrent leur avis ici, entre pessimisme et grande confiance en la truffe qui a souvent créé la surprise.
La truffe est et demeure incontestablement le champion des champignons les plus capricieux du monde, parce qu’il est “très compliqué de prévoir sa qualité et sa quantité avant sa sortie de terre” admettent les trufficulteurs eux-mêmes.
Alors que présage la saison trufficole qui approche et que pensent les spécialistes ainsi que les trufficulteurs de cette alternance de périodes de canicules et par conséquent de grande sécheresse. Ceci en considérant les épisodes orageux de pluies abondantes ces derniers jours.
“Nous n’avons jamais connu de telles températures sur une période aussi longue”
Le Lot a la chance de compter sur ses terres le président de la Fédération française des trufficulteurs, Alain Ambialet, également exploitant de deux sites de production de truffes à Lalbenque et Fontanes.

On ne pouvait rêver de meilleur premier interlocuteur pour nous apprendre que “cette année, les pics de température constatés au mois de juin ne sont pas favorables à nos productions de truffes dans le département. Nous n’avons jamais connu de telles températures sur une période aussi longue en juin. Or, ce mois est une période cruciale pour la culture de la truffe. Certes, des trufficulteurs arrosent, mais ce n’est pas parce qu’on a recours à l’arrosage que l’on fera baisser la température du sol” dit-il.
“Le mois de juin est un indicateur clé”
La truffe commence à pointer le bout de son nez sur la période de mars à mai. “Elle se développe petit à petit dans le sol. Dès que la truffe commence véritablement à grossir, on l’aperçoit déjà vers la mi-juillet et en août. Ceci en ayant une certaine habitude de ce type d’observation. Il faut avoir l’œil et être averti. On les voit car en grossissant, elles font légèrement craqueler la terre. Actuellement, pour ma part je n’ai pas ce signe. Je le répète, le mois de juin est un indicateur clé pour la truffe et aussi ce moment où hélas on n’observe pas grand-chose aussi. C’est pour cela que je suis inquiet” confirme Alain Ambialet.

Concernant les périodes caniculaires du mois de juillet, il ajoute que “cela n’est pas pire que juin, mais ça n’a bien sûr pas arrangé les choses.” Et sur le chapitre des, orages en cours, il est également très clair : “C’est un peu tard pour la truffe.”
Les premières révélations en novembre en attendant le marché de Lalbenque
Si tout va un peu mieux, Alain Ambialet prévoit de présenter ses premières truffes sur le marché de Cahors à la mi-novembre. À cet instant, nous aurons une première indication. L’autre baromètre qualitatif et quantitatif propre au diamant noir sera ensuite le célèbre marché de Lalbenque.

Didier Brigoulet : “Au fil des ans, la truffe m’a appris l’humilité”
En attendant, dans ce climat incertain, qu’est-ce qui peut sauver le soldat truffe ? Didier Brigoulet, originaire de la Creuse, une terre sans truffe et trufficulteur à Flottes (un hameau de Pradines), est tombé dans la passion de la truffe vers l’âge de 50 ans. Il en a 67.
“On peut en effet parler de passion. C’est très paradoxal, mais personnellement, malgré la période de sécheresse, je suis relativement confiant. Je vais vous dire pourquoi : Il a fait très chaud trop tôt, alors j’ai arrosé deux fois durant la deuxième quinzaine de juin, parce que cela me semblait nécessaire. Au total, durant cette saison, j’ai arrosé neuf fois. Je sais que ce n’est pas toujours la solution miracle. Puis, j’ai utilisé un autre procédé. Celui du paillage.”
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De quoi s’agit-il ? Réponse de Didier Brigoulet : “Le paillage est un procédé protecteur qui préserve la truffe du réchauffement du sol. La terre, pour le bien-être de la truffe, ne doit pas dépasser 30 degrés. Cet été, en juin, elle était à 35 degrés sans paillage. Je commence à voir des petites marques qui me laissent imaginer une truffe de taille correcte. Cependant, je reste prudent dans mes prévisions. Au fil des ans, la truffe m’a appris l’humilité. Je me suis parfois trompé, mais j’ai aussi eu raison.”
Belle conclusion pour Didier Brigoulet qui cultive la truffe et un certain optimisme pour sa production.