En invoquant la “miséricorde” pour justifier son rétropédalage concernant la nomination de l’abbé Spina condamné pour viol sur mineur, au poste prestigieux de chancelier, l’archevêque de Toulouse provoque l’indignation de fidèles, jusqu’aux confins de l’Amérique latine.
En lisant le communiqué de Mgr Guy de Kerimel, Manon, membre du Collectif catholique PAIX (1), a eu la nausée. Sa foi n’a pas vacillé, mais, le 16 août, les justifications avancées pour la non-nomination de l’abbé Spina au poste de chancelier de l’évêché de Toulouse — condamné pour viol sur mineur en 2006 — l’ont profondément choquée.
Ce qui heurte le plus cette ancienne paroissienne toulousaine, ce sont les mots utilisés par le prélat pour justifier son rétropédalage. “Honnêtement, même au départ, on aurait pu penser à une maladresse qu’il aurait rapidement corrigée. Mais les communiqués ultérieurs, que je trouve vraiment odieux, ont aggravé les choses. Tenter de rallier les fidèles à sa propre vision de la miséricorde, alors qu’il y a des personnes traumatisées, c’est compliqué.”
Elle ne prête pas à Mgr de Kerimel une intention malveillante, mais une erreur de jugement profonde : “Je pense sincèrement qu’il a agi en croyant faire preuve de miséricorde, peut-être parce qu’il a de l’affection pour ce prêtre. Et qu’il a peut-être même imaginé amorcer une forme de justice restaurative, je ne sais pas. Mais il a été très maladroit dans sa manière de faire. Ce qui est surtout révoltant, c’est qu’il ne semble pas penser aux victimes.” Puis, elle lâche alors cette phrase cinglante : “C’est une forme de naïveté presque indécente, qu’il tente de justifier au nom de la foi.”
Sur le fond, elle trace une ligne nette. Oui à une vie spirituelle pour les prêtres condamnés. Non aux charges prestigieuses ou au contact direct des fidèles. Le rôle du chancelier, dans un diocèse, consiste notamment à conserver les archives et rédiger les actes officiels, fonction qui implique une visibilité et une autorité particulière. Des alternatives existaient, insiste-t-elle : “Une mission discrète, comme un poste administratif aux archives, aurait été plus adaptée. Il n’avait pas besoin de récupérer un titre qui devrait revenir à quelqu’un qui n’a pas agressé des enfants.”
Tollé jusqu’au Chili
Le tollé a rapidement dépassé les frontières de Toulouse. La lenteur du retrait, près de deux mois et demi, malgré la pression des fidèles et de la Conférence des évêques de France, alimente encore la colère. Selon Le Parisien, le Vatican est même intervenu pour faire annuler la nomination. Juan Carlos Cruz, victime des abus de l’ancien prêtre Fernando Karadima, au centre d’un retentissant scandale de pédophilie au sein de l’Église catholique chilienne, a réagi “avec douleur et incrédulité” face à l’annonce initiale de promotion de Spina. “Une charge de chancelier implique autorité et confiance publique ; elle n’est pas compatible avec une condamnation pour délits sexuels. L’annulation n’efface pas l’onde de choc”, poursuit-il. Ce catholique pratiquant estime que le communiqué de l’archevêque, appelant à éviter de tomber dans “la vengeance destructrice”, est aussi douloureux que révoltant. Cette rhétorique, juge-t-il, déplace le problème : “elle transforme des demandes légitimes de justice en manifestations d’animosité. Or, insiste-t-il, il ne s’agit pas de vengeance, mais de vérité, de responsabilité et de réparation.”
Des fidèles en soutien du prélat
En face, le diocèse défend la position de l’archevêque et la réception de sa décision. “Monseigneur Kerimel reçoit des centaines de lettres et mails de soutien sur son choix. Le sujet sera encore traité en diocèse. Notre souhait est d’apaiser les tensions et colères. Le premier rassemblement diocésain s’est tenu ce récemment à Lourdes, dans le cadre du pèlerinage annuel. Il s’est extrêmement bien passé, dans une ambiance chaleureuse et profonde.”
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Le collectif PAIX a lancé une pétition (20 000 signataires) réclamant le départ de Mgr Guy de Kerimel de l’évêché de Toulouse, déjà fragilisé par les révélations autour de l’affaire du père Louis Ribes — ce prêtre et artiste accusé d’abus sexuels sur mineurs entre les années 1960 et 1980. Alors évêque de Grenoble, Mgr de Kerimel avait été critiqué pour une gestion perçue comme une forme de passivité face à des accusations graves, notamment l’absence d’enquête interne sérieuse malgré les alertes et des déclarations jugées maladroites vis-à-vis des victimes.
(1) Collectif catholique militant pour une Église exemplaire, transparente et à l’écoute des victimes d’abus.