Entre prudence calculée de Donald Trump et fermeté de Keith Kellogg, son émissaire en Ukraine, les positions américaines sur le conflit ukrainien révèlent des contradictions politiques inquiétantes.
Keith Kellogg et Donald Trump sont-ils sur la même longueur d’onde ? L’émissaire spécial en Ukraine du président américain n’a pas pris de pincettes au moment d’évoquer les récentes attaques russes, à Kiev, qui ont coûté la vie à au moins 17 personnes, dont plusieurs enfants. Des frappes “terribles”, qui “menacent la paix que le président des États-Unis cherche à obtenir”, a-t-il commenté sur X. Dans son viseur : Vladimir Poutine et son refus du dialogue.
De son côté, Donald Trump s’est dit “pas content”, mais “pas surpris” non plus. Une communication minimaliste, voire complaisante à l’égard de Moscou ? Le président américain l’a répété à l’envi, il souhaite l’arrêt total du conflit et pas seulement un cessez-le-feu. Dès lors, comment interpréter ces déclarations à l’encontre du chef du Kremlin alors que des civils innocents ont été tués délibérément ? “Elles illustrent la contradiction permanente des propos de Trump et de ce qu’il insuffle à ses équipes”, résume Dominique Simonnet, politologue spécialiste des États-Unis.
Donald Trump pris au piège
Le double discours de Donald Trump n’est plus une surprise pour personne, mais ses contradictions se multiplient. “D’un côté, il veut apparaître comme l’homme providentiel capable de ramener la paix, quitte à rêver d’un prix Nobel. De l’autre, il se retrouve piégé par la réalité : Poutine ne lâche rien, son projet d’asservir l’Ukraine reste intact, et Trump ne peut rien obtenir de lui”, poursuit Dominique Simonnet. Le président américain s’était engagé auprès de ses électeurs à mettre fin à cette guerre, jugée lointaine et coûteuse, mais il n’a pas tenu promesse.
Pire, il mesure la complexité du conflit sans affronter directement Poutine. “Il a toujours refusé de le qualifier de dictateur ou de conquérant, alors que tout le monde voit bien que c’est le cas.” Et cette posture sur laquelle campe le président américain – où ce dernier pointe du doigt les responsables : Zelensky, Biden, les Européens, entre autres – fragilise la crédibilité américaine.
“Poutine est un conquérant”
Keith Kellogg semble avoir du mal à suivre cette position mouvante. Présent en Ukraine pour la célébration du jour de son indépendance il y a quelques jours, l’émissaire a assuré que les responsables “espèrent parvenir à une situation où, à court terme, nous disposerons, faute de meilleur terme, de garanties de sécurité qui apaiseront les craintes de l’Ukraine d’une nouvelle invasion russe”. Trois jours après, Vladimir Poutine a donc bombardé Kiev et tué des civils.
De quoi mettre en colère Donald Trump et le pousser à hausser le ton ? Pas selon Dominique Simonnet, pour qui le président américain restera fidèle à sa ligne depuis son retour au pouvoir, à savoir ne pas froisser Vladimir Poutine. “Reconnaître que le président russe est un dictateur et condamner les frappes de Moscou reviendrait à reconnaître son échec. C’est contraire à son tempérament. Il préfère dire : ‘je ne suis pas content’, plutôt que de nommer clairement les choses. Or, tout le monde voit bien que Poutine est un conquérant.” Tout le monde, sauf Donald Trump.