Installée à L’Isle-Jourdain, Anne Laborde a créé une ferme bio avec un système d’irrigation durable, grâce à une retenue collinaire alimentée par la pluie. Un projet subventionné par la Région.
Il y a trois ans, Anne Laborde a décidé de changer de vie. Fonctionnaire de formation et prise de passion, elle s’est lancée dans le maraîchage bio, un projet qu’elle mûrissait depuis longtemps. Son installation à L’Isle-Jourdain a commencé simplement.
Il résulte d’une rencontre avec un agriculteur voisin qui lui a proposé de louer des terres en fermage. “C’était une chance, parce que je voulais absolument cultiver à proximité de ma maison. Le maraîchage demande une présence constante, on doit pouvoir intervenir rapidement, surtout en cas d’orage.”
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Et, avant de pouvoir voler de ses propres ailes, elle s’est formée. D’abord, une année comme saisonnière, puis en obtenant son BPREA (Brevet professionnel responsable d’entreprise agricole).

Ensuite, après deux ans d’apprentissage, elle a sauté le pas et s’est plongée dans les démarches administratives, le montage de l’entreprise, l’installation de ses premières serres ainsi que d’une pépinière, les premiers semis d’ail et de fraisiers : le Potager de la Bordeneuve Ouest était né. Aujourd’hui, Anne Laborde vend en direct à la ferme chaque lundi et jeudi après-midi ses fruits et légumes cultivés le matin même et tous certifiés bio.
Mais au cœur de ce parcours, une question s’est posée à l’heure des restrictions, celle de l’eau. “Tous ceux que j’ai rencontrés m’ont alertée : sans eau, pas de légumes.”
Une solution locale et durable
L’eau potable n’était pas une option pour Anne. Économie, écologie, pas adaptée pour les cultures : il fallait trouver une alternative. Les puits et ruisseaux, eux, sont interdits d’usage en été. Seule solution : construire une retenue d’eau.
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Aidée dans ses démarches par la Chambre d’agriculture du Gers, Anne Laborde a fait réaliser une retenue collinaire de 2 000 m³, remplie par le ruissellement des pluies. Coût du projet : environ 24 000 euros, dont 20 000 éligibles à des aides régionales. En tant que productrice bio, elle a également pu bénéficier d’une bonification de 10 % en plus, soit 10 000 euros de subvention. “C’est énorme pour moi, ça soulage vraiment quand on démarre.”
Mais, au-delà de la sécurité financière avec un amortissement en moins de trois ans par rapport à une facture d’eau potable, la retenue s’intègre dans son environnement.
À l’ouvrage, Damien Dal Pra de la société HEO Conseil détaille les caractéristiques de ce projet : “Quand on parle d’une retenue collinaire, globalement, il faut imaginer vulgairement une mare. S’il n’y avait pas cette retenue aujourd’hui, l’eau partirait dans le ruisseau en contrebas. En cas de forte pluie, c’est de l’eau qui serait perdue puisqu’elle irait dans une rivière un peu plus grande et très rapidement dans la mer et les océans.”

Contrairement aux “bassines” controversées, la retenue fonctionne avec l’eau de pluie locale et n’est pas pompée depuis les nappes. Elle reste ainsi accessible à la biodiversité. “C’est une solution simple, sans traitement, qui fait sens pour une exploitation bio. L’eau a parcouru cent mètres, pas trois cents kilomètres de canalisations comme l’eau potable”, précise Damien.
Pas de digue, une pente douce aménagée pour la faune, et déjà des visiteurs : hérons, canards, chevreuils, sangliers. “En été, le ruisseau voisin est à sec. Aujourd’hui, les animaux trouvent ici un point d’eau”, souligne Anne Laborde.
Pour la jeune maraîchère, le pari est clair : sécuriser son système d’irrigation, garantir la rentabilité de sa ferme et préserver l’environnement. “Au début, c’est normal d’investir beaucoup. Mais à terme, il faut que l’on puisse s’y retrouver, sinon les petites fermes bio ne tiendront pas.”