La volonté du gouvernement de revoir le remboursement des cures thermales pour les patients en ALD déclenche une vive polémique. Jugées trop coûteuses et peu efficaces, ces cures sont défendues par les professionnels, qui dénoncent un choix idéologique. Avec près de 500 000 patients, le thermalisme pèse lourd en matière de santé publique et d’emploi local.
C’est une petite phrase au détour d’une longue interview qui suscite une levée de boucliers. Interrogée par Le Monde le 26 juillet dernier sur les pistes du gouvernement pour économiser 5,5 milliards d’euros sur les dépenses de santé, la ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles, Catherine Vautrin, explique : « Nous allons enfin interroger le maintien du remboursement à 100 % des cures thermales et des médicaments dont le service médical rendu est faible pour les patients en ALD », c’est-à-dire les Affections longue durée, qui concernent une maladie dont la gravité et/ou le caractère chronique nécessite un traitement prolongé.
Ce n’est pas la première fois qu’un gouvernement tente de réduire le remboursement des cures thermales, censées être trop coûteuses et à l’efficacité médicale controversée. À chaque fois s’ouvre un vaste débat car la question est particulièrement sensible en France, qui occupe aujourd’hui la troisième place des pays européens en termes d’offre et de fréquentation des cures thermales et représente 20 % du capital thermal sur le continent européen.
Un coût de 350 M€ pour l’Assurance maladie
À l’appui du raisonnement du gouvernement, le coût des cures pour l’Assurance maladie est jugé trop élevé : 350 millions d’euros en 2023, avec une augmentation de 16 % sur un an. Second point : l’efficacité. Plusieurs experts, dont la Cour des comptes, estiment que « le service médical démontré » des cures thermales reste « faible ». L’efficacité n’est pas prouvée pour de nombreuses indications, au contraire d’autres traitements mieux documentés.

Enfin, la France est « l’un des derniers pays de l’OCDE à prendre en charge des soins de cure thermale sans que leur service médical n’ait été démontré », soulignait la Cour des comptes.
Des arguments démentis en bloc par le Conseil National des Établissements Thermaux (CNETh), qui alerte sur les « fausses économies » escomptées et dénonce des orientations idéologiques, déconnectées des réalités médicales, scientifiques et économiques.
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Sur l’efficacité, le Conseil maintient ses positions : « les cures thermales ne sont ni un privilège, ni un luxe. Ce sont des soins prescrits par un médecin, encadrés par des professionnels de santé et qui répondent chaque année aux besoins de près de 500 000 patients, majoritairement atteints de pathologies chroniques, généralement douloureuses et invalidantes ».
« La médecine thermale a fait la preuve de son efficacité »
Et de marteler que « la médecine thermale a fait la preuve de son efficacité. Depuis plus de vingt ans, plus de 60 études cliniques ont été menées selon les standards les plus exigeants de la recherche médicale. Résultat : un Service Médical Rendu démontré pour les maladies traitées en cure thermale. »

Sur les économies attendues par le gouvernement, le Conseil se montre dubitatif. « Les cures thermales ne représentent que 0,1 % du budget de la santé, soit à peine 1,40 € pour 1 000 € dépensés. Ce remboursement est, de surcroît, partiel avec une charge importante laissée aux patients, entre 800 € et 1 000 €, montrant ainsi la nécessité pour ces patients de recourir au traitement thermal. Mais surtout, les cures permettent de réelles économies de santé publique qui pourraient être amplifiées », souligne-t-il, dénonçant « un choix court-termiste, au détriment de la santé publique ».
4 milliards d’euros de retombées économiques
Et puis il y a l’aspect économique du thermalisme qu’on ne saurait passer sous silence. « Il faut savoir que 80 % des stations thermales sont situées dans des communes de moins de 5 000 habitants. Les retombées sont essentielles pour ces territoires, au niveau national, ce sont 25 000 emplois directs, une richesse estimée à plus de 4 milliards d’euros », expliquait récemment le député des Hautes-Pyrénées Denis Fégné, président du groupe parlementaire d’études sur le thermalisme.
Le poids économique du thermalisme est réel. Les impacts directs (activité purement thermale) représentent environ 2,7 milliards d’euros et les dépenses totales des curistes (hébergement, restauration, loisirs, etc.) sont estimées à environ 1,2 milliard d’euros.
La filière au sens large génère jusqu’à 100 000 emplois directs, indirects et induits (dont environ 9 442 emplois directs, et plus de 40 000 emplois indirects liés à l’écosystème local). Le thermalisme joue ainsi un rôle majeur dans les zones rurales et de montagne, particulièrement en Occitanie, première région de France dans le domaine.