C’est une France “au bord du surendettement” que décrit François Bayrou lors de sa conférence de presse, lundi 25 août. Il a annoncé que la charge de la dette publique, pierre angulaire de sa politique, allait devenir le plus gros budget de l’État à la fin de l’année, devant l’éducation. Un scénario que contestent certains économistes.
La sonnette d’alarme sur l’endettement du pays est tirée à de nombreuses reprises ces derniers jours par le Premier ministre. “La charge de la dette va devenir cette année le budget le plus important de la Nation”, a affirmé François Bayrou lundi 25 août, dépassant le budget alloué à l’éducation et à la défense.
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Sur le papier, les 66 milliards d’euros d’intérêts que l’État doit à ses créanciers en 2025 sont supérieurs aux 64 milliards d’euros de dépenses pour l’Éducation, le premier poste de dépenses budgétaires jusqu’à présent. Mais selon certains économistes, la charge de la dette, soit le paiement des intérêts des emprunts de l’État, est un indicateur biaisé. En effet, ce chiffre est exprimé dans sa valeur nominale et ne prend pas en compte l’effet de l’inflation, qui allège le coût de la dette (valeur réelle).
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L’inflation allège le coût de la dette
L’économiste à l’OFCE François Geerolf explique : “Quand il y a de l’inflation, la monnaie est dévalorisée et sa valeur baisse, donc vous remboursez moins que ce que disent les chiffres”.
Pour bien comprendre le raisonnement, prenons l’exemple de quelqu’un qui prête 100 euros avec un taux d’intérêt à 2 % à un ami pour acheter un pull. Ce dernier devra lui rendre 102 euros. Mais si l’inflation est de 2 % l’année suivante, le prix du pull augmente de 2 %, soit 102 euros. Ainsi, l’ami lui rendra 102 euros, qui est aussi la nouvelle valeur du pull avec l’inflation. Le prêteur n’a donc pas gagné les 2 euros d’intérêts car ils ont été absorbés par le taux d’inflation. C’est ce qu’on appelle la taxe inflationniste.
Dans ce cas-ci, la charge nominale de la dette est de 2 euros mais la charge réelle (en soustrayant l’inflation) est de 0. L’emprunteur n’a donc pas perdu d’argent.
Pour François Geerolf, le constat est clair : “Les comptes nationaux expriment la charge de la dette dans sa valeur nominale et le chiffre est juste. Ce qui n’est pas juste, c’est de l’interpréter comme le coût de la dette car son coût est la charge de la dette moins l’effet d’inflation.”
L’État gagne de l’argent en empruntant
L’inflation permet de dégonfler la valeur de la dette, voire l’absorber si le taux d’inflation est supérieur au taux d’intérêt auquel l’État a emprunté. En 2024, le taux d’intérêt nominal moyen était de 1,7 % et le taux d’inflation de 2 %. En soustrayant les deux, on a un taux d’intérêt réel moyen négatif (-0,3 %). L’État n’a pas perdu de l’argent en empruntant, au contraire elle en a gagné. Selon l’économiste de l’OFCE : “À ce stade de l’année, la charge de la dette nominale est de 55 milliards. Avec l’inflation, la charge réelle est de – 14 milliards. On ne perd donc pas 55 milliards, on en gagne 14”.
“La situation de la dette publique n’est pas alarmante” estime l’économiste, pour qui la situation française est encore loin de la crise de la dette en Grèce. “Le paiement des intérêts de la dette ne sera pas le premier budget de l’État” estime-t-il.
Pour autant, la dette continue de croître année après année, comme le risque et l’incertitude des investisseurs à prêter de l’argent à l’État. La conséquence directe : des taux d’intérêt plus élevés qui augmentent le poids de la dette. “En 2027, peut-être même dès 2026, la charge réelle de la dette sera positive”, admet François Geerolf. Réduire la dette est normal mais “taper fort comme le prévoit la stratégie de Bayrou n’est pas nécessaire ni efficace”, soutient-il.