Photo montage d’illustration. Le President des Etats-Unis Donald Trump (gauche) et Nicolas Maduro, le président du Venezuela, le August 18 2025. KAMIL KRZACZYNSKI, FEDERICO PARRA / AFP
Regain de tensions entre les Etats-Unis et le Venezuela. Le déploiement de forces militaires américaines dans les Caraïbes, en particulier de trois navires de guerre au large des côtes vénézuéliennes, attise rhétorique guerrière et rumeurs d’intervention terrestre, alors que les deux pays entretiennent des relations conflictuelles depuis des années.
Officiellement, ce déploiement militaire entend freiner le trafic et l’arrivée de drogue sur le territoire américain.
Trois destroyers vont notamment se positionner au large du Venezuela, dans les eaux internationales. Selon des médias américains, le président Donald Trump prévoit également d’envoyer 4 000 Marines.
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La porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt a indiqué que Donald Trump était « prêt à utiliser chaque élément de la puissance américaine pour empêcher les drogues d’inonder notre pays et traduire en justice les responsables », en réponse à une question sur un possible envoi de troupes au sol au Venezuela, lors d’une conférence de presse.
« Le gouvernement Maduro n’est pas le gouvernement légitime du Venezuela, c’est un cartel narco-terroriste », a-t-elle ajouté, soulignant que le président vénézuélien était « inculpé aux États-Unis ».
De leur côté, les hauts responsables vénézuéliens assurent unanimement que le pays se défendra contre « l’agresseur ». Maduro a parlé de lutte de « David contre Goliath » et activé « un plan spécial avec plus de 4,5 millions de miliciens ».
« Ce qu’ils menacent d’essayer de faire contre le Venezuela, un changement de régime, une attaque terroriste militaire, est immoral, criminel et illégal », a lancé vendredi Nicolás Maduro à l’Assemblée nationale.
« C’est un géant mais il y a aussi des géants qui sont avec nous »
Très médiatisé par le pouvoir, le déploiement américain est dans toutes les conversations au Venezuela, sans que cela ne provoque des achats panique sur les marchés pour stocker.
« Théoriquement, si (les Américains) arrivent ce matin à la Guaira (plage de Caracas). Ils prendront des photos avec les Vénézuéliens, boiront une bière », rigole Wendy Ramirez, 35 ans.
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Les partisans de Maduro, eux, se disent confiants : les Etats-Unis « veulent toujours écraser les autres. Ça suffit. La Force armée nationale bolivarienne est prête. C’est un géant mais il y a aussi des géants qui sont avec nous. Les Russes, les Chinois », affirme Gloria Hernandez, retraitée de 70 ans.
Une intervention est-elle réellement possible et sage ? Le déploiement américain survient quelques jours après l’annonce de la Procureure générale Pam Bondi du doublement à 50 millions de dollars de la récompense pour des informations conduisant à la capture de Maduro.
« Les analogies sont inévitables. On se souvient des images de Noriega (ex-chef d’Etat panaméen) défiant les États-Unis, puis de lui en tenue orange de prisonnier américain (après l’intervention à Panama en 1989). Irak 2003, Syrie maintenant… », rappelle Edward Rodriguez, analyste politique, ayant travaillé pour l’opposition.
Il doute cependant de l’efficacité des images de mobilisation de la milice. « Lors de la présidentielle 2024 Maduro n’a même pas eu 4,5 millions de voix. Comment aurait-il 4,5 millions de miliciens ? »
L’opposition, qui crie à la fraude, revendique la victoire à la présidentielle. Washington, comme une grande partie de la communauté internationale, n’a pas reconnu la réélection de Maduro.
Mariano de Alba, spécialiste de géopolitique, basé à Londres, estime « peu probable » une intervention américaine. « Ce n’est pas la première fois que les États-Unis déploient leur force militaire dans les Caraïbes », dit-il.
Une intervention américaine « compliquerait » sa tentative de « mettre fin à la guerre en Ukraine », car elle renforcerait la position de Poutine, allié de Caracas, dans les négociations, estime-t-il.
« Bénéfice politique de la situation »
Selon Mariano de Alba, Maduro tire un « bénéfice politique de la situation ». Le président justifie régulièrement la crise économique dans son pays par la guerre économique que lui livre « l’empire », et là il montre que « son gouvernement est effectivement assiégé ».
Le géopoliticien craint que la situation puisse servir à donner un nouveau coup de vis sécuritaire, évoquant de possibles « purges » et des arrestations « d’opposants ».
Côté Washington, Mariano de Alba souligne que « si le gouvernement de Trump avait vraiment voulu provoquer un changement de régime », il aurait préféré une action « surprise », rappelant qu’il a « accordé une nouvelle autorisation (d’exploiter du pétrole malgré l’embargo) à Chevron ».
Pour les deux experts l’administration américaine cherche à créer un « momentum » pour relancer l’opposition, en plein marasme un an après la présidentielle.
Le « plus important est que le sujet Venezuela est de nouveau sur le bureau ovale de la Maison blanche », selon Edward Rodriguez.