Photo prise en juillet 2020. Alors que la procureur de la circonscription du sud de New York annonce les charges requises contre Ghislaine Maxwell, dans l’affaire Jeffrey Epstein, à l’occasion d’une conférence de presse. JOHANNES EISELE / AFP
Alors que de nombreux etatsuniens réclament depuis des mois la publication du dossier de l’affaire Epstein (soit les « Epstein files », en VO), le ministère américain de la Justice a rendu public, ce vendredi, le contenu d’un récent entretien de Todd Blanche, numéro deux du ministère de la Justice et ancien avocat personnel de Donald Trump, avec Ghislaine Maxwell, la complice du délinquant sexuel Jeffrey Epstein. Dedans, elle affirme n’avoir « jamais » observé d’attitude inappropriée de Donald Trump avec son entourage.
Après avoir pendant des mois promis à ses partisans des révélations fracassantes dans cette affaire, Donald Trump subit un retour de bâton depuis que son gouvernement a annoncé début juillet n’avoir découvert aucun élément nouveau qui justifierait la diffusion de documents supplémentaires. Dans ce contexte, la publication de cet entretien peut apparaître comme un moyen d’éteindre la polémique autour de l’affaire Epstein, qui enflamme les Etats-Unis jusque dans sa base électorale, voire de blanchir la réputation du président américain.
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Selon la retranscription publiée vendredi, Ghislaine Maxwell affirme que Donald Trump avait toujours été « très cordial et très gentil » avec elle. « Et je veux juste dire que j’admire son exploit extraordinaire d’être devenu président maintenant. Et je l’aime bien, je l’ai toujours bien aimé », a-t-elle déclaré. Mais, surtout, lorsque Todd Blanche lui demande si elle a déjà entendu « M. Epstein ou quiconque d’autre dire que le président Trump avait eu des agissements inappropriés avec des masseuses ou quiconque d’autre » de son entourage, Ghislaine Maxwell répond : « Absolument jamais, dans n’importe quel contexte. »
Ghislaine Maxwell affirme également que Jeffrey Epstein ne conservait pas de « liste de clients », et ne pas avoir connaissance d’un quelconque chantage à l’égard de personnalités importantes. « A l’exception du nom des victimes, chaque mot est inclus. Rien n’a été enlevé. Rien n’a été caché », a assuré sur X Todd Blanche, le haut responsable du ministère de la Justice qui a mené l’entretien avec elle.
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Une semaine après avoir donné cet entretien, début août, l’ancienne mondaine de 63 ans avait été transférée dans une prison du Texas au régime de sécurité moins strict. La prison de Bryan est classée « prison de sécurité minimale », alors que celle où elle était détenue à Tallahassee était une « prison de basse sécurité ». Un responsable du Parti démocrate, Tim Hogan, avait alors accusé « Trump et son administration, tout en tentant de maquiller les crimes odieux du dossier Epstein, d’accorder des faveurs à Ghislaine Maxwell, condamnée pour exploitation sexuelle ».
Lettre salace attribuée à Donald Trump, par le « Wall Street Journal »
Dans cet entretien, Ghislaine Maxwell dit aussi ne pas croire que Jeffrey Epstein s’est suicidé, sans vouloir spéculer sur l’identité de la personne responsable de la mort de son complice et ancien compagnon. Sa mort a alimenté d’innombrables théories du complot, selon lesquelles il aurait été assassiné pour empêcher des révélations embarrassantes sur des personnalités de premier plan.
James Comer, un influent élu républicain au Congrès, a en outre annoncé au même moment que le ministère de la Justice avait fourni « des milliers de pages de documents liés à Epstein » à une commission de la Chambre des représentants qui les avait exigés. L’élu n’a cependant pas dévoilé le contenu de ces documents.
De son côté, le président américain multiplie depuis les initiatives pour tenter d’éteindre la polémique autour de l’affaire Epstein, qui enflamme les Etats-Unis jusque dans sa base électorale. Son gouvernement est accusé de manquer de transparence dans le dossier de ce financier retrouvé mort pendu en prison à New York en 2019 avant son procès pour crimes sexuels.
Interrogé le mois dernier sur la possibilité d’accorder une grâce présidentielle ou une commutation de peine à Ghislaine Maxwell, Donald Trump avait assuré « ne pas y avoir pensé » et que le moment n’était pas venu d’en parler. La complice de Jeffrey Epstein avait été condamnée en 2022 à 20 ans de prison pour avoir recruté entre 1994 et 2004 des jeunes filles mineures afin que Jeffrey Epstein les exploite sexuellement.
Figure comme Jeffrey Epstein de la jet-set new-yorkaise des années 1990-2000, Donald Trump a lui-même été proche du financier jusqu’au milieu des années 2000. Le « Wall Street Journal » avait notamment rapporté en juillet dernier l’existence d’une lettre salace qui aurait été écrite par Donald Trump en 2003, à l’occasion du 50e anniversaire de son ami Jeffrey Epstein.
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La commission d’enquête parlementaire qui a exigé du gouvernement les documents du dossier Epstein devait également interroger Ghislaine Maxwell le 11 août, mais son audition, elle, avait été reportée sine die.
L’ex-président démocrate Bill Clinton et son épouse Hillary Clinton, ont par ailleurs été convoqués par cette même commission pour répondre de leurs liens avec Jeffrey Epstein, lors d’auditions prévues en octobre, sans qu’il ne soit certain qu’ils se plient à cette convocation.
Lors de l’entretien avec Todd Blanche, Ghislaine Maxwell a dit ne pas avoir connaissance de massages reçus par Bill Clinton à bord de l’avion de Jeffrey Epstein, alors que James Comer, l’élu républicain, avait accusé l’ancien président d’avoir été massé dans ce jet privé par l’une des victimes du réseau présumé de trafic sexuel du financier.