Des soldats israéliens en Cisjordanie occupée, afin de protéger le colon Shimon Attia, qui attaque des Palestiniens, le 3 juillet 2025. KHADIJA TOUFIK/SIPA
Israël a approuvé, mercredi 20 août, un projet clé de construction de 3 400 logements en Cisjordanie occupée, dénoncé par l’Organisation des Nations unies (ONU) et plusieurs dirigeants car il devrait couper ce territoire palestinien en deux, compromettant toute continuité territoriale d’un éventuel Etat palestinien. « Je suis heureux d’annoncer qu’il y a une heure à peine, l’administration civile a approuvé la planification pour la construction du quartier E1 ! », a annoncé dans un communiqué Guy Yifrah, maire de la colonie israélienne de Maalé Adoumim.
La perspective de l’approbation de ce projet emblématique et controversé par un comité technique israélien avait déjà suscité, dès la semaine du 11 août, une levée de boucliers dans le monde. « Le Nouvel Obs » vous résume ce qu’il faut savoir sur ce plan majeur de colonisation.
• Pourquoi Israël a adopté ce nouveau plan de colonisation ?
C’est d’abord le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, une figure de l’extrême droite, qui avait appelé, jeudi 14 août, à accélérer la mise en œuvre de ce plan et à annexer la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967, en riposte aux annonces de plusieurs pays de leur intention de reconnaître un Etat de Palestine. Bezalel Smotrich avait ainsi lancé un appel à son Premier ministre, lui demandant d’« appliquer la souveraineté israélienne en Judée-Samarie [référence au nom biblique de la Cisjordanie utilisé par les Israéliens, NDLR], à abandonner définitivement l’idée d’une partition du pays et à faire en sorte que d’ici septembre, les dirigeants hypocrites européens n’aient plus rien à reconnaître », a-t-il dit.
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« Ceux qui veulent aujourd’hui reconnaître un Etat palestinien recevront une réponse de notre part sur le terrain […] par des faits concrets : des maisons, des quartiers, des routes et des familles juives qui construisent leur vie », avait déclaré Bezalel Smotrich. Ce nouveau plan de colonisation, qu’Israël a approuvé mercredi, est donc un projet clé de construction de 3 400 logements en Cisjordanie occupée. Selon ses détracteurs, cela couperait ce territoire palestinien en deux et empêcherait la création d’un éventuel Etat palestinien avec une continuité territoriale. La reconnaissance d’un Etat palestinien par plusieurs pays en septembre serait alors largement symbolique.
• Où en est la colonisation de la Cisjordanie jusqu’ici ?
La colonisation de la Cisjordanie, frontalière de la Jordanie, s’est poursuivie sous tous les gouvernements israéliens, de gauche comme de droite, depuis 1967. Prise en étau entre Israël, au nord, à l’ouest et au sud, et la Jordanie à l’est, la Cisjordanie est un petit territoire équivalent de 1 % de la superficie de la France. Quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés d’environ 500 000 Israéliens installés dans des colonies que l’ONU juge illégales au regard du droit international.
L’organisation non gouvernementale (ONG) israélienne anti-colonisation la Paix maintenant y dénombre 147 colonies reconnues par les autorités israéliennes à fin 2024. Il faut y ajouter 224 avant-postes de colonisation, des implantations établies au départ sans l’aval des autorités israéliennes, qui sont régulièrement évacuées et démantelées par les forces de sécurité israéliennes, mais sont également souvent légalisées. Quelque 60 avant-postes ont ainsi été établis en Cisjordanie en 2024, quasiment le double de 2023, établissant un nouveau record, selon la Paix maintenant, qui lie cette tendance à la présence de figures d’extrême droite dans le gouvernement israélien.
Les tensions entre colons juifs et Palestiniens en Cisjordanie sont exacerbées par la colonisation israélienne et sont plus intense depuis le début de la guerre à Gaza, déclenchée par l’attaque sanglante du Hamas le 7 octobre 2023 dans le sud d’Israël. Selon un décompte de l’AFP à début août, établi à partir de données de l’Autorité palestinienne, au moins 967 Palestiniens (combattants et civils) ont été tués par des soldats ou des colons israéliens depuis cette date. Au moins 36 Israéliens (civils et soldats) ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d’opérations militaires israéliennes, selon les données officielles israéliennes.
• Quelles ont été les réactions à ce plan de colonisation ?
Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne a « condamné dans les termes les plus forts » cette décision qui « compromet les perspectives de mise en œuvre de la solution à deux Etats […] en fragmentant l’unité géographique et démographique de l’Etat palestinien ». L’Autorité voit dans le projet E1 un nouveau « crime de colonisation » et une nouvelle étape de « l’annexion progressive de la Cisjordanie ».
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Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a aussi condamné fermement mercredi cette décision. « Les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem Est, violent le droit international et vont directement à l’encontre des résolutions des Nations unies. L’avancement de ce projet constitue une menace existentielle pour la solution à deux Etats », a souligné son porte-parole dans un communiqué.
L’ONG Ir Amim, qui travaille sur les droits des Palestiniens, a estimé sur X que le projet d’E1 vise « à enterrer la possibilité d’un Etat palestinien et à annexer effectivement la Cisjordanie ». Pour cette organisation, « il s’agit d’un choix délibéré d’Israël pour mettre en œuvre un régime d’apartheid ». Et l’ONG israélienne anti-colonisation la Paix maintenant a mis en garde contre un « plan fatal pour l’avenir d’Israël et pour toute chance d’une solution à deux Etats ».