Tous les vendredis, elle installe son petit stand de fleurs rue Portal, devant les premières arcades.
L’espace est réduit, mais le lieu est stratégique. Sur des ardoises, des précisions qui ressemblent à une profession de foi : « paysanne fleuriste ». Sandrine est d’ailleurs adhérente de la Confédération Paysanne et a baptisé sa ferme florale Asterre.
« Je suis une vivace. Petit-être que je cultive plus le sol que les fleurs. Notre boulot de paysanne, c’est de prendre le plus grand soin du sol, que ce soit pour des fleurs ou des poireaux ». Sa toute petite exploitation se trouve à Crespinet, une commune étagée entre plateau et bord de rivière. Sandrine est en bas, toute proche du Tarn, sur des sables limoneux qu’elle partage avec des maraîchers. Mais elle s’apprête à déménager à Lescure, sur un site appartenant à Terres Citoyennes Albigeoises, une structure qui a racheté une vingtaine d’hectares et les met à disposition de porteurs de projets en agriculture biologique. Sans s’étendre, elle concède qu’à Crespinet « le foncier, c’est compliqué ».
Sandrine milite et agit à sa mesure pour une délocalisation de la culture florale. « Actuellement, 85 % des fleurs viennent de l’étranger, surtout des pays du Sud où l’on cultive avec des produits phytosanitaires interdits dans l’Union Européenne et sans respect des règles sociales ». Asterre s’en tient aux fleurs de saison : zinia, celosie, carotte rouge, tournesol, eucalyptus, cosmos, gomphrenia, lysiantus en assemblage composent de jolis bouquets (20 €) où elle combine également des arbustes et des graminées. Sandrine les présente aussi place de la cathédrale, à Albi, le samedi matin. Elle a sa clientèle qui apprécie des fleurs « qui ne sont pas standardisées ».
La saison des ventes va de mars à décembre, un temps qu’elle prolonge en proposant des fleurs séchées. Elle tient pourtant à casser un cliché qu’elle estime injuste. « Beaucoup pensent que ces fleurs non traitées ne tiennent pas en vase. C’est le contraire. Elles sont rustiques, cueillies de la veille ou du matin, à des stades de maturité qui conviennent à leur conservation ». Elle prend pour exemple ses zinias, qui résistent à une canicule pendant une bonne semaine. Sandrine reviendra devant les arcades jusqu’à l’entrée de l’hiver : en « paysanne fleuriste », elle y tient.