À Toulouse, Robin Hervé, ancien ingénieur en génie civil, s’est reconverti depuis un an et demi dans la fabrication artisanale de vélos en bois. Dans son atelier, il conçoit des cadres sur mesure à partir de chêne massif, alliant savoir-faire technique et passion du cyclisme. Une activité encore rare en France qui séduit par son approche locale, durable et personnalisée.
Robin Hervé n’était pas destiné à devenir artisan cadreur. Après un bac scientifique, un DUT et des études à l’INSA en génie civil, il travaille pendant sept ans dans le secteur des travaux ferroviaires, puis pendant trois ans dans une entreprise spécialisée dans la réparation et le renforcement de structures.
“C’est là que je me suis spécialisé dans la structure bois et la réparation et le collage spécifiques”, explique-t-il. Mais au fil des années, l’envie de changer s’impose. “Je voulais revenir à quelque chose de plus concret, travailler la matière du début à la fin.” Déjà passionné de vélo et amateur de travaux manuels avec du bois chez lui, il décide de réunir ces deux univers.
De la planche de chêne au vélo fini
Robin Hervé décide alors de concevoir ses propres vélos en bois et de créer son entreprise Bois Roulants. Un projet qu’il mûrit pendant deux ans. Installé dans son atelier depuis un an et demi, il mettra plus d’un an à finaliser un premier modèle commercialisable. “Il a fallu passer par beaucoup de prototypage et surtout obtenir une certification. Pour vendre un vélo, il doit répondre à des tests de résistance en laboratoire.”
Ses cadres sont entièrement fabriqués à partir de chêne massif issu de forêts de la Nièvre. “C’est un ami qui me fournit le bois, ça a du sens pour moi de travailler avec lui.” Le processus est long et minutieux. Les planches sont d’abord travaillées pour obtenir des surfaces parfaitement planes, puis découpées en une trentaine de pièces grâce à une machine à commande numérique, après une phase de conception en 3D.
Ces éléments sont ensuite assemblés par collage époxy, avec des inserts en aluminium pour les parties mécaniques. S’ensuivent des heures de ponçage, de sculpture et de finitions, jusqu’au vernissage. Au total, environ quarante heures sont nécessaires pour fabriquer un vélo. “C’est un peu plus d’une semaine de travail”, révèle-t-il.
Une autre idée de la performance
Si le bois séduit d’abord par son esthétique, ses propriétés techniques sont également mises en avant. “On a une rigidité comparable à l’aluminium ou au carbone, mais avec un meilleur confort”, assure l’artisan. Grâce à sa structure naturelle, le bois absorbe davantage les vibrations de la route. “On ressent moins les défauts, c’est plus agréable sur la durée.”
Ses deux modèles existants, route ou gravel, s’adressent aussi bien aux cyclistes du quotidien qu’aux amateurs de longues distances. Comptez environ dix kilos pour un vélo de route, onze pour un gravel, soit un léger surpoids par rapport aux cadres carbone. “Mais ce n’est pas la même philosophie”, nuance-t-il.
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En parallèle, Robin Hervé fabrique aussi des draisiennes pour les plus jeunes. Entièrement conçues en bois à l’exception des roues, elles permettent aux enfants d’apprendre l’équilibre dès le plus jeune âge. Là encore, la personnalisation est possible, avec des couleurs et des prénoms gravés.
Une production locale qui séduit
Au-delà des performances, Robin Hervé défend une autre approche du vélo : locale, artisanale et personnalisée. Chaque cadre est conçu sur mesure, en fonction de la morphologie et des attentes du client. Et certains vont encore plus loin, en participant eux-mêmes à la fabrication. L’artisan propose des stages de cinq jours pour réaliser son propre vélo.
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Une démarche qui séduit, dans un marché encore peu connu. “On est seulement trois ou quatre fabricants en France”, estime-t-il. Mais l’intérêt grandit, notamment pour des produits uniques, loin des standards industriels souvent produits à l’étranger.
Pour tester ses créations, l’artisan ne manque pas d’occasions. Il participe régulièrement à des cyclosportives, exclusivement avec ses vélos en bois. “Je roule uniquement avec ça”, sourit-il. Une manière de prouver que, même loin des matériaux traditionnels, le bois peut lui aussi tracer sa route.

