L’ancien Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, à Budapest, le 12 avril 2026. ATTILA KISBENEDEK / AFP
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Le conservateur pro-européen Péter Magyar a largement remporté les élections législatives en Hongrie dimanche 12 avril face au nationaliste Viktor Orbán, dont la défaite constitue aussi un camouflet pour le président américain Donald Trump qui lui avait apporté son soutien. Novice en politique, Péter Magyar, ancien membre du Fidesz avant de devenir son principal pourfendeur, a réussi en deux ans à construire un mouvement d’opposition capable de terrasser un Viktor Orbán qui avait pourtant forgé le système électoral à son avantage, et mis au pas les médias.
« Nous avons libéré la Hongrie », a proclamé en fin de soirée le nouvel élu, juché sur une estrade installée sur les bords du Danube, avec en arrière-plan l’emblématique bâtiment du parlement hongrois, sous les acclamations de dizaines de milliers de personnes, dont certains ont tiré des feux d’artifice. « Ensemble, nous avons fait tomber le régime Orbán », a-t-il encore dit, après avoir fendu la foule compacte, en portant le drapeau hongrois.
• Une participation record et une super-majorité au Parlement
Selon un décompte officiel portant sur 98,93 % des bureaux de vote, Tisza remporte 138 sièges sur 199 avec 53,56 % des voix, contre 55 sièges et 37,86 % des voix pour le Fidesz de Viktor Orbán. La participation a atteint un record de 79,50 %. Un peu plus tôt, Viktor Orbán avait concédé sa défaite après 16 ans de pouvoir, prenant acte de résultats « douloureux mais sans ambiguïté » et ajoutant avoir « félicité le parti vainqueur ».
Cette « super-majorité » permet au nouveau Premier ministre d’avoir les mains libres pour engager des réformes, y compris constitutionnelles pour mettre fin au « système Orbán » en place depuis presque 16 ans.
• Une « défaite retentissante pour l’autoritarisme »
Cette déroute de Viktor Orbán, qui a érigé son pays de 9,5 millions d’habitants en modèle de démocratie illibérale, porte également un coup aux mouvements nationalistes et d’extrême droite à travers le monde, pour qui il était devenu un modèle. C’est le cas en particulier du camp « MAGA » (Make America Great Again) de Donald Trump qui n’avait pas ménagé ses efforts pour le soutenir, multipliant les messages et envoyant son vice-président J.D. Vance en appui cette semaine à Budapest. « Make election interference great again [Rendons à l’ingérence électorale toute sa grandeur] », s’est d’ailleurs moqué l’ancien commissaire européen Thierry Breton sur X.
« Dans un contexte de tensions accrues, il est devenu plus difficile de présenter Trump comme un garant de stabilité, celui-ci étant perçu par certains comme un facteur d’incertitude sur la scène internationale », souligne Bulcsu Hunyadi, analyste chez Political Capital. « C’est une défaite retentissante pour l’autoritarisme, dont l’écho dépasse largement les frontières de la Hongrie », décrypte de son côté le centre de réflexion américain Center for American Progress. « C’est aussi un coup majeur porté à ceux qui voyaient dans le modèle corrompu de Viktor Orbán un modèle à suivre, y compris Donald Trump ».
• Les dirigeants européens satisfaits
Plusieurs dirigeants européens ont félicité Péter Magyar, dont Emmanuel Macron, le chancelier allemand Friedrich Merz, et le Premier ministre polonais Donald Tusk, qui a ajouté en hongrois : « les Russes, rentrez chez vous », en référence aux amitiés de Viktor Orbán avec Vladimir Poutine. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est réjouie que la « Hongrie a (it) choisi l’Europe ».
« Pour l’UE, le Royaume-Uni et l’Ukraine, la soirée sera bonne : moins de blocages en perspective et une coopération plus amicale », souligne Grégoire Roos, directeur pour l’Europe et la Russie au centre de réflexion Chatham House, même si cela ne marque pas « le début de la fin du populisme en Europe », selon lui.
• Une bonne nouvelle pour l’Ukraine ?
Viktor Orbán maniait régulièrement son droit de veto pour bloquer les politiques européennes, dont fin mars un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine. Un pays que le dirigeant nationaliste a désigné comme un ennemi pendant sa campagne électorale, accusant le président ukrainien Volodymyr Zelensky de vouloir entraîner les Hongrois dans la guerre contre l’envahisseur russe. Cependant, l’argument n’a pas pris face à la stagnation de l’économie, l’inflation et une corruption devenue trop flagrante, selon des analystes.
Péter Magyar a, lui, promis d’être un membre loyal de l’UE, bien que, comme Orbán, il refuse l’envoi d’armes à l’Ukraine. « Aujourd’hui, le peuple hongrois a dit oui à l’Europe », a-t-il déclaré à la foule venue l’acclamer dimanche soir, avant de promettre de rétablir les contre-pouvoirs et de garantir « le fonctionnement démocratique » du pays, une tâche « énorme ».

