April 12, 2026

"Je me suis retrouvé à la rue en fauteuil" : le combat d’un ancien agriculteur de 56 ans devenu SDF à la suite d’un cancer

l’essentiel
Francis B. vit depuis une dizaine d’années sans domicile fixe suite à de graves problèmes de santé qui l’ont empêché de poursuivre sa vocation d’agriculteur. Rencontre à Auch, dans le Gers, où il réside en ce moment.

Le monde paysan, Francis B. a baigné dedans depuis sa plus tendre enfance. “À l’âge où j’ai commencé à marcher, j’étais dans les champs”, sourit le natif d’Agen à la carrure imposante. Pendant longtemps, il a bien cru que ce monde-là suffirait à le faire vivre. À 56 ans, le voilà pourtant contraint de faire la manche pour continuer à vivre décemment.

Accompagné de sa chienne Jet, adoptée à Montauban, Francis se rend chaque semaine sur les marchés d’Auch et de Fleurance, dans le Gers. Deux pancartes lui permettent d’expliquer en quelques mots sa situation actuelle, qui résulte d’une longue descente aux enfers dont il tente aujourd’hui de se relever, tant bien que mal.

Francis a dû tirer un trait sur sa carrière d’agriculteur après de graves problèmes de santé.
Francis a dû tirer un trait sur sa carrière d’agriculteur après de graves problèmes de santé.
DDM – VCL

Issu d’une lignée d’agriculteurs, Francis a repris dans les années 2000 l’exploitation de ses parents, maraîchers, laitiers et céréaliers dans le Lot-et-Garonne. “Une fois à la retraite, ils continuaient de m’accompagner. On produisait du melon à grande échelle”, rappelle-t-il.

À peine installé, l’Agenais a commencé à subir de sérieux problèmes de santé. “Je me suis fait opérer une première fois de l’intestin en 2004, à Toulouse”, détaille-t-il. Les soucis se sont accumulés jusqu’en 2008, année où il a appris qu’il était victime d’un cancer du côlon. Une maladie qu’il impute à son activité d’agriculteur : “Dans ma famille, on a utilisé énormément de pesticides, de produits phytosanitaires. Mon grand-père a eu le cancer du côlon, mon père aussi a eu un cancer”.

“Entre 2008 et 2013, j’ai fait 35 malaises”

Plutôt que de s’améliorer, la santé de Francis a continué de se dégrader après son opération. “Entre 2008 et 2013, j’ai fait 35 malaises”, liste l’intéressé, qui se déclare aujourd’hui victime d’une erreur médicale.

Parallèlement, Francis a perdu son emploi et toute chance de poursuivre un jour sa carrière de paysan. “Je me suis retrouvé à la rue en fauteuil, témoigne-t-il. Ça a duré presque dix ans, entre dormir dans la voiture, dans une tente au bord de la Garonne, et survivre.”

L’Agenais de 56 ans aux côtés de sa chienne Jet.
L’Agenais de 56 ans aux côtés de sa chienne Jet.
DDM – VCL

Par la suite, Francis est parvenu à trouver un logement à Condom, où il a résidé pendant un an et demi. “Mais avec les allocations, on ne va pas très loin”, souffle-t-il. Aujourd’hui, il est hébergé chez une personne malade, elle aussi. Il bénéficie également du prêt d’un véhicule qui lui permet de se déplacer pendant la semaine sur les marchés, où il sollicite la générosité et la bienveillance des passants. “Parfois, je peux arriver à gagner jusqu’à 300 euros en un mois. Ça met du beurre dans les épinards, ça maintient, mais je préférerais aller travailler”, confie Francis, qui réfléchit par ailleurs à lancer une cagnotte en ligne.

“Si on ne les sauve pas, on ne mangera plus rien”

Aujourd’hui, la santé de Francis reste fragile : “J’ai une fibromyalgie, la maladie de Forestier et du diabète”, souligne-t-il. Une situation qui l’encourage à réclamer une meilleure prise en charge par l’État de l’inaptitude au travail. “J’aimerais que pour les gens qui ne peuvent pas du tout travailler, les allocations puissent atteindre 1 500 euros.”

Au-delà de son cas personnel, Francis alerte aujourd’hui sur les conditions de travail des agriculteurs. “Si on ne les sauve pas, on ne mangera plus rien”, conclut-il.

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