En quelques mois, Gilles Tenania, grand gaillard originaire de Raiatea, est devenu incontournable du marché Victor-Hugo de Toulouse.
Des commerçants aux employés de la mairie en passant par les policiers municipaux, tous le connaissent et l’apprécient, l’interpellant d’un “salut Gilou !”. Il est arrivé de son île, berceau de la civilisation polynésienne, depuis près de deux ans. “Je suis venu ici, explique-t-il, pour accompagner ma fille Hereani qui, après son bac, fait des études de psychologie à l’université Jean-Jaurès.” D’abord prévu pour six mois, son séjour pour aider sa fille à s’acclimater et à devenir autonome s’éternise.
“C’est dur de se séparer. En Polynésie, les jeunes, pour étudier, doivent partir, en métropole ou à l’étranger. Ma femme et moi avons décidé que je suivrais notre fille et qu’elle resterait sur l’île avec nos deux garçons.” Gilou et sa fille appartiennent à ces populations appelées Ma’ohi, partageant une culture, une langue et des traditions communes, essentiellement liées à la spiritualité, à la navigation et à la gestion des terres. Un décalage qui a convaincu le papa poule de rester auprès de sa fille. “Il me fallait trouver un travail, se souvient-il. Comme j’allais régulièrement au marché Victor-Hugo, je regardais avec de grands yeux les étals des poissonniers. Les thons rouges et les espadons que je pêche chez moi.”
C’est aux Bons Amis, le bar en face de la Marée Toulousaine, qu’on l’a convaincu de faire un essai. “Ils n’avaient jamais vu travailler un Tahitien, s’amuse à dire Gilou. On est vaillants et courageux. Les autres disaient : c’est un vrai tank, celui-là !”
De la pêche au gros à Koh-Lanta, les mille vies de Gilou
Depuis décembre 2022, Gilou officie donc à la Marée Toulousaine, au sein de l’équipe de Christophe Leveau. Son service terminé, il donne aussi souvent la main aux autres commerçants. Tout comme sa fille aujourd’hui, Gilou est venu en métropole pour passer un BTS en agronomie à Carpentras. De retour à Raiatea, il a enseigné la discipline pendant quelques années. Parallèlement, il obtient la licence de pêcheur professionnel et suit le sillage de son père, qui est passé du conseil en agriculture à la pêche. “(Il) m’a dit un jour : – Mon petit, les dieux t’ont donné deux bras. L’un pour la mer, l’autre pour la terre.”
Toujours à la recherche de nouvelles activités, Gilou a créé une société d’élagage. Outre les hôtels où sa mission première était de monter aux cocotiers pour éviter que les touristes ne se prennent une noix de coco sur la tête, il a également fait des prestations pour la télévision. “J’ai travaillé pour l’émission Koh-Lanta, lance-t-il fièrement. Pour protéger les concurrents et les techniciens des chutes de cocos. Et du coup, j’ai fréquenté Denis Brogniart et Alexia Laroche-Joubert, la productrice de l’émission.” À la Marée Toulousaine, Gilou s’est rendu indispensable. À tel point que son patron, Christophe Leveau, l’appelle “maururu”, ce qui veut dire merci en tahitien.

