April 9, 2026

La vente directe entre producteurs et consommateurs n’est pas un long fleuve tranquille

l’essentiel
La vente directe et les circuits courts sont en plein développement. C’est l’occasion de faire découvrir les produits, de lancer la discussion entre producteurs et consommateurs et de supprimer les intermédiaires. Un portrait idéal qui se heurte à quelques barrières locales, comme à la ferme de Rayssaguel à Cambon (Tarn). Voici tout ce qu’il faut savoir.

Ils sont plusieurs dizaines de producteurs tarnais qui se sont lancés dans la vente directe, accueillant les consommateurs chez eux ou sur l’étal des marchés. On peut venir y acheter ou même cueillir de nombreux fruits et légumes sur pied. On a aussi la chance de garnir son réfrigérateur de viandes rouges, pâtés ou canards, exclusivement produits sur place, comme à la ferme de Rayssaguel à Cambon.

Un eldorado où tout est fait pour la vente directe… et pourtant. “Nous avons tout fait pour que nos animaux soient élevés et transformés ici, vendus au plus près des consommateurs. Mais les Albigeois et les autres communes alentour ne jouent pas vraiment le jeu.” Églantine est l’une des enfants qui ont repris la ferme, avec Alexandre, Catherine et Marc, après la retraite de leurs parents, qui continuent tout de même à donner un vrai coup de main à l’exploitation. La jeune femme met en avant la traçabilité impeccable de leurs bovins et de leurs canards.

Un eldorado où tout est produit sur place

Pourtant, la rentabilité de l’exploitation se fait ailleurs, aux quatre coins de la France, en Italie et en Espagne. “C’est difficile à comprendre. Peut-être que l’on est trop excentré d’Albi, ici à Cambon, malgré notre stand au marché couvert”, réfléchit son frère Alexandre. “Avec la crise du pouvoir d’achat, la clientèle se reconcentre sur les grandes surfaces, pensant que l’on est plus cher, alors que ce n’est souvent pas le cas.”

La ferme possède 3 000 canards, une centaine de bovins et des gîtes qui permettent d’attirer une population étrangère, friande des produits français. Ils comptent aussi sur les néoruraux qui, durant leur installation, viennent à la boutique de la ferme pour mieux s’insérer et comprendre le territoire. “Mais cela ne dure pas très longtemps”, admet Églantine.

Alexandre et Paul dans leur boutique de vente directe à Cambon.
Alexandre et Paul dans leur boutique de vente directe à Cambon.
DDM – EMILIE CAYRE

Alors, pour faire vivre l’exploitation, Alexandre sillonne la France pour trouver des débouchés. Et là, ça marche très bien. Comme quoi, souvent, on n’est pas vraiment reconnus sur ses terres. À la ferme de Vers, on reconnaît aussi que la crise du pouvoir d’achat a un vrai impact sur la vente directe et les marchés.

Les locaux ne jouent pas vraiment le jeu

Dans les vergers, la vente directe est devenue majoritaire. C’est le cas avec les Vergers de Montgradon, qui ont été précurseurs dans ce secteur. Outre son magasin installé sur la propriété, ils proposent de cueillir soi-même des fruits et de se lancer à la découverte pédagogique du verger.

Du côté de Miolles, la propriétaire de l’Oustalou, Gabrielle Celariès, ne vit que de ces rencontres avec les clients et des marchés. “Et ça marche très bien”, reconnaît-elle. Cette productrice savoure aussi les rencontres physiques avec les gens pour expliquer la traçabilité et le prix de ces fruits qui n’ont rien à envier aux grandes surfaces. Bien au contraire.

Du côté de la famille Rayssaguel, une autre inquiétude surgit. “Avec cette guerre au Moyen-Orient, on commence à percevoir la frilosité des touristes. Même les Européens ont peur de voyager. Et pour nous, l’été est un gros marché pour la vente directe”, conclut Alexandre. Comme quoi, malgré les appels du pied pour changer de mode de distribution et de consommation, la vente directe n’est pas un long fleuve tranquille.

source

TAGS: