La forte hausse du carburant perturbe les habitudes de consommation dans le Gers. Des stations subissent des ruptures de stock partielles et les prix atteignent des records. Rencontre avec des automobilistes qui s’adaptent coûte que coûte.
Les prix moyens à la pompe n’en finissent plus de grimper, conséquence directe du conflit au Moyen-Orient démarré par les États-Unis et Israël face à l’Iran. Ce lundi 6 avril, la moyenne des prix en France est de 2,30 € le litre de gazole, 2,09 € pour le SP98, 2,01 € le SP95-E10, 0,83 € l’E85 et 1,02 € le GPL, selon les relevés de carbu.com.
Des prix inédits, mais c’est sur le terrain que la situation prend toute sa mesure. Dans le Gers, 9 stations-service sont actuellement en rupture partielle, soit 17 % des 53 points de distribution analysés, toujours selon le site carbu.com. En première ligne : le gazole, carburant le plus touché.
Des perturbations encore limitées dans le temps, mais suffisamment fréquentes pour modifier les comportements.
À Auch, sur la station E.Leclerc de la zone du Clarac, les automobilistes racontent leur quotidien. Jean, retraité, observe la situation avec recul. Pistolet en main, il relativise : “le litre est à 2,30 €, mais on a vu pire”, glisse-t-il. “On revient de Monestiés dans Tarn, il était à 2,39 €”. Son épouse acquiesce. Leur avantage ? Ils roulent peu.
“On ne travaille plus, donc on ne fait pas des pleins toutes les semaines. Ça limite l’impact”.
Pour d’autres, la hausse n’est plus une simple inquiétude, mais une réalité budgétaire. Christophe, lui, bénéficie d’un véhicule de fonction qu’il remplit de SP98. Pourtant, il ne se sent pas épargné.
“Moi, ça va. Mais indirectement, ça touche tout le monde”, explique-t-il. Dans son entourage, la situation est déjà tendue. “Mon fils est étudiant à Toulouse. Avant, il mettait 80 euros. Maintenant, c’est 120 pour un plein. Là, oui, ça devient compliqué. On l’aide avec sa mère, mais cela a un impact important”.
Face à cette pression, les réflexes évoluent. “On commence à se poser des questions qu’on ne se posait pas avant”, reconnaît-il. Parmi elles, une revient souvent : passer à l’électrique. “On y pense sérieusement. Mais c’est un investissement… avec les enfants étudiants, on ne peut pas se lancer tout de suite. Mais des amis ont fait la bascule, donc on s’y intéresse. Il y a des offres intéressantes en leasing”.
En effet, la voiture électrique séduit face à la flambée du carburant. Les recherches ont bondi de près de 50 % sur Leboncoin depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Reste à savoir si cette curiosité se traduira en ventes durables.
15000 kilomètres par an
Sur la station, tous les profils se croisent. Certains s’adaptent, d’autres improvisent. Marc, lui, enchaîne les tentatives. “Je suis allé à Intermarché, c’était fermé”, raconte-t-il, bidon à la main. “C’est pour ma tondeuse”, ajoute-t-il. Mais là aussi, le SP 95 est en rupture de stock. “Il reste du 98, mais bon…”. Sous-entendu : plus cher. L’automobiliste passe son tour. “Je vais aller voir au Carrefour près du stade”.
Mais pour les gros rouleurs, la situation devient plus pesante. Alain parcourt environ 15 000 kilomètres par an. Pour lui, pas d’alternative. “Il faut faire avec”, répète-t-il. Même lorsque les stations ferment ou se vident. “J’en ai trouvé une fermée, ici il manque du carburant… mais je ne vais pas faire 50 kilomètres non plus”. Il ajuste, au jour le jour.
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Pour l’heure, la situation reste sous contrôle. Les stations ne sont pas toutes à sec, les automobilistes trouvent encore des solutions. Mais l’équilibre est fragile. Les stations Total, qui avaient plafonné la hausse des prix, semblent être les plus impactées. À Auch, la station de l’avenue Pierre de Montesquiou est fermée, des plots de signalisation et une chaîne empêchent l’accès aux pompes. A Pavie aussi, la station Total est inaccessible.
Si on ne parle pas encore de pénurie dans le Gers, rares sont les stations qui proposent encore toute la gamme de carburant. Quant au prix, ils sont très loin de leur niveau habituel. “Avant, on ne se posait pas la question de faire un plein. Maintenant, oui”, reconnaît Christophe.

