Les infirmières du dispositif Asalée ne sont plus payées depuis plus de cinquante jours. Elles manifesteront jeudi à Port-Sainte-Marie. Annie Thorel, l’une d’entre elles, témoigne. L’association est en conflit ouvert avec la Caisse nationale de l’assurance maladie.
“Pendant le Covid, nous étions applaudis et aujourd’hui nous vivons la pire des situations”, constate amèrement Annie Thorel. Elle est infirmière déléguée de santé publique pour l’association Asalée. Le samedi 21 mars, alors que le printemps s’installe, elle n’a pas été payée depuis précisément cinquante-trois jours.
Jeudi, à partir de 14 heures, avec ses collègues – elles sont treize en Lot-et-Garonne –, elle manifestera sur le parking de la maison de santé de Port-Sainte-Marie “pour sauver notre association que la CNAM tente d’asphyxier en refusant de verser les fonds nécessaires à payer nos salaires”. La veille, le 26 mars, Asalée devrait connaître la décision du tribunal des affaires économiques de Paris. Celui-ci a été saisi d’une procédure de redressement judiciaire à l’encontre d’Asalée.
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Éducation thérapeutique
Asalée, pour Action de santé libérale en équipe, est un dispositif fondé en 2004. Sur le plan national, l’organisation revendique 9 155 docteurs et 2 080 infirmières. Ces dernières, en lien avec les médecins, accompagnent les patients atteints par diverses pathologies : diabète et prédiabète, risques cardiovasculaires, troubles du sommeil, bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) ou asthme. Cette éducation thérapeutique repose sur des valeurs humaines et de la bienveillance.
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Elles agissent également pour le dépistage précoce de l’enfant et de l’adolescent en surpoids. Elles participent aux campagnes collectives de dépistage de certains cancers (sein, utérus et colorectal). Dans une zone de désertification médicale comme le 47, leurs missions s’avèrent essentielles. Depuis dix ans, Annie Thorel a pris en charge 666 patients.
“Un mensonge d’État”
La Caisse nationale de l’Assurance maladie (CNAM) reconnaît d’ailleurs le rôle majeur d’Asalée qu’elle finance quasi intégralement à hauteur d’environ 100 M€ par an. L’Assurance maladie explique avoir suspendu ses financements car, selon elle, Asalée n’a pas suivi les recommandations de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS). En juillet 2023, l’IGAS avait publié un rapport pointant des dysfonctionnements dans la gouvernance ainsi que dans la gestion de la structure.
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De son côté, Margot Bayart dénonce ce qu’elle qualifie de “mensonge d’État” et de “maltraitance institutionnelle”. La présidente d’Asalée évoque également une ingérence de la CNAM par le biais d’un comité de surveillance. Elle remue ciel et terre pour faire éclater “un scandale”. Elle porte à son tour de nombreuses accusations. Le conflit est ouvert.
Annie Thorel n’a pas l’intention de se laisser abattre. Elle soutient le combat mené par Asalée. À 55 ans, elle se retrouve néanmoins dans une situation précaire. Elle raconte l’angoisse, les nuits sans sommeil, un époux fragilisé par des soucis de santé. Ils ont un fils étudiant à charge. “C’est très compliqué à vivre. J’ai le sentiment d’être prise en otage”.

