Viktor Orbán, le Premier ministre hongrois, a bloqué au Conseil européen, jeudi 19 mars, une aide de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, essentielle pour la poursuite de la guerre face à la Russie. La Hongrie avait cependant obtenu une exemption de participation à cette aide. Accusé de chantage, Viktor Orbán demande que l’Ukraine répare d’abord un oléoduc frappé en réalité par la Russie, alors que les derniers sondages des élections législatives d’avril le donnent nettement battu.
La Hongrie et son Premier ministre prorusse Viktor Orbán sont devenus des adversaires de l’Ukraine au sein même de l’Union européenne, en ralentissant, voire en bloquant l’aide envers le pays de Volodymyr Zelensky.
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Ce dernier s’est exprimé jeudi 18 mars en visioconférence auprès du Conseil européen réunissant les chefs d’État des vingt-sept pays membres de l’UE. Il y a défendu le besoin de l’Ukraine d’un nouveau fonds d’aide européen : “C’est crucial pour nous. C’est une ressource destinée à protéger des vies”, a expliqué le président ukrainien devant les vingt-sept chefs d’État assis autour de la table ronde, sauf… Orbán, qui est resté debout, déjà en signe de protestation.
“Personne ne fera chanter le Conseil européen”
À l’issue des négociations, Orbán a donc mis son veto à cette aide, un affront jugé inacceptable par les chefs d’État présents. Pour le chancelier allemand Friedrich Merz et ses homologues, Orbán a commis “un acte de déloyauté grave”.
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Le Premier ministre hongrois a en effet refusé l’aide à l’Ukraine alors que son pays ne la finance même pas. Un accord avait été conclu en décembre 2025 avec l’Union européenne : en échange du consentement de l’UE à faire ce prêt à l’Ukraine, la Hongrie, aux côtés de la République tchèque et de la Slovaquie, n’a pas à participer au financement de cette nouvelle aide.
Le président du Conseil européen, António Costa, a tempêté : “Personne ne peut faire chanter le Conseil européen. Personne ne peut faire chanter les institutions de l’Union européenne”. Il a été rejoint par Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, qui a déclaré après la réunion des vingt-sept : “Soyons donc clairs : le prêt reste bloqué parce qu’un dirigeant ne respecte pas sa parole”.
Des antécédents hostiles avec l’Ukraine
En réalité, la Hongrie conditionnerait ce prêt européen à la réparation de l’oléoduc Droujba par l’Ukraine. Ce dernier est en fait endommagé par la Russie, qui l’a bombardé une vingtaine de fois depuis le début de la guerre. Le président ukrainien a été catégorique sur cette question : il s’est opposé au rétablissement du transit du pétrole russe par l’Ukraine. Orbán y voit ici une volonté de provoquer une crise énergétique et accuse l’Ukraine de saboter l’oléoduc. Elle a pourtant accepté, deux jours avant les négociations du Conseil européen, une inspection externe et le fait que l’UE fournirait des fonds pour réparer le gazoduc.
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Plus tôt dans le mois de mars, la Hongrie s’en était également prise à des Ukrainiens qui véhiculaient de l’argent liquide ainsi que de l’or dans un convoi légal entre une banque autrichienne et l’Ukraine. Les Ukrainiens avaient été menottés et les yeux bandés pendant près de vingt-huit heures, et l’argent (pratiquement 69 millions d’euros) a été retenu par la Hongrie, invoquant le motif de blanchiment d’argent, en lien avec le parti d’opposition historique à Viktor Orbán, le Tisza.
Des élections législatives en avril pourraient entraîner la chute d’Orbán
Ces attaques répétées envers l’Ukraine s’inscrivent dans la campagne électorale que mène Orbán en Hongrie. Des élections législatives auront lieu en Hongrie le 12 avril 2026, et l’actuel Premier ministre d’extrême droite pourrait les perdre. Faisant face au parti de centre droit Tisza de Péter Magyar, Viktor Orbán, au pouvoir depuis 2010, pourrait perdre sa majorité à l’Assemblée nationale hongroise.
Il accuse notamment Tisza de profiter de financements ukrainiens et européens. Une attaque qu’Orbán a répétée après le Conseil européen : “Les institutions européennes, y compris certaines parties de la Commission et du Parlement européen, souhaitent un changement de gouvernement en Hongrie. Et elles le financent”, a-t-il déclaré en quittant la salle.
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Le Premier ministre finlandais, Petteri Orpo, commente aussi la campagne prorusse d’Orbán : “Il utilise l’Ukraine comme une arme dans sa campagne électorale et ce n’est pas bien”. Des affiches électorales critiquant voire insultant l’Ukraine et son président ont par exemple été collées dans le pays. Lors des derniers sondages de l’institut hongrois 21 Kutatóközpont début mars, Tisza est crédité de 53 % contre 39 % pour Fidesz, le parti de Viktor Orbán.

