Le prix Nobel d’économie Philippe Aghion prend position dans la campagne municipale toulousaine en mettant en cause la capacité de François Piquemal à diriger la ville. Une prise de position plus politique que programmatique, à laquelle le candidat LFI et une économiste engagée à ses côtés répondent.
Le débat toulousain s’invite désormais jusqu’aux plus hauts sommets de l’économie. Philippe Aghion, prix Nobel 2025, a pris position contre la candidature de François Piquemal, qu’il juge “pas à la hauteur” pour diriger la Ville rose.
Sans se prononcer sur le détail du programme économique du candidat insoumis, l’économiste dit douter de sa capacité à diriger la quatrième ville de France. “La personne que j’avais en face de moi n’a pas l’envergure pour diriger une ville comme Toulouse”, affirme-t-il.
Une référence directe à leur rencontre en octobre 2025, lors de l’audition de Philippe Aghion par la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. Invité à s’exprimer sur les politiques d’innovation, l’économiste avait alors été interpellé par le député toulousain, et l’échange avait ensuite été diffusé sur les réseaux sociaux.
“Calomnie”
Un épisode que Philippe Aghion n’a visiblement pas digéré. “Il m’a fait dire des choses que je n’ai jamais dites”, assure-t-il aujourd’hui, évoquant une “calomnie” et regrettant de ne pas avoir pu “échanger réellement”. Il reproche notamment au député de l’avoir présenté comme un défenseur de la théorie du ruissellement, alors même qu’il affirme avoir publié des travaux visant à en démontrer les limites.
Au-delà de cet accrochage, l’économiste insiste sur le poids stratégique de Toulouse, “pôle majeur d’innovation, d’aéronautique et de recherche.” Et tranche : “Si j’étais électeur toulousain, je voterais pour Jean-Luc Moudenc. Pourtant, je vote sans hésitation pour Emmanuel Grégoire à Paris.”
Piquemal réplique
Ces déclarations n’ont pas tardé à faire réagir François Piquemal. “M. Aghion a conseillé la politique économique de M. Macron. Chaque Toulousain en connaît le coût”, écrit le député LFI, qui met en avant “une liste composée de chefs d’entreprise”, rappelant aussi que “le volet économique relève de la métropole”.
Autre voix en soutien à la gauche unie, l’économiste Geneviève Azam, maîtresse de conférences à l’université Toulouse-Jean-Jaurès, défend un projet “à la hauteur des transitions économiques, sociales et écologiques nécessaires”. “À moins d’être climatosceptique ou de remettre en cause les grandes questions économiques actuelles, je ne vois pas en quoi ce programme poserait problème”, estime-t-elle.
Elle balaie également les inquiétudes sur le tissu économique local, exprimées notamment ces derniers jours par le Medef et la CPME 31. Dans nos colonnes, le syndicat patronal avait évoqué le risque d’une délocalisation d’activités d’Airbus en cas de victoire de François Piquemal. “L’écosystème toulousain, notamment dans l’aéronautique, est profondément ancré dans le territoire. Il ne peut pas être délocalisé. En revanche, il peut être transformé”, répond Geneviève Azam.


