March 20, 2026

RÉCIT. Meurtre de Justine Vayrac : "Même si c’est par accident, j’ai tué quelqu’un, c’est impardonnable", quand le masque de Lucas Larivée tombe

l’essentiel
Le procès pour le meurtre de Justine Vayrac bouleverse la cour d’assises de Tulle. Confronté à ses contradictions, Lucas Larivée craque puis se rétracte. Entre aveux partiels et déni du viol, la vérité reste insaisissable.

“Ce qu’il s’est passé est impardonnable. Je voudrais juste dire que, si depuis cinq jours je n’arrive pas à regarder la famille de Justine dans les yeux, c’est parce que, dès que j’ai vu sa mère pour la première fois, je lui ai menti droit dans les yeux. Ça me fait gerber.” Au bout de cinq jours d’audience sous tension à Tulle (Corrèze), Lucas Larivée, accusé d’avoir violé puis tué Justine Vayrac dans la nuit du 22 au 23 octobre 2022, a craqué. L’ouvrier agricole maintient avoir causé la mort de la jeune femme de manière accidentelle lors d’une relation sexuelle et réfute le viol. Mis face à ses contradictions au travers des nombreuses questions de la présidente, il a campé sur ses positions. Mais son masque de froideur a fini par flancher face à la douleur de la famille Vayrac.

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“Même si c’est par accident et que je n’ai pas fait exprès, j’ai quand même tué quelqu’un. Quoi qu’on fasse, c’est impardonnable. Ça n’a pas gâché qu’une vie. Celle de Justine, de son fils, de sa mère, de son père, de son beau-père, de ses frères, de ses sœurs, de toute sa famille. Je ne me le pardonnerai jamais. Il n’y a pas qu’eux. Ma famille aussi. Ce n’est pas moi la victime, je n’ai pas le droit de me plaindre. Ma famille a le droit : mes parents, mon petit frère, mes tantes et mes oncles. Justine était une très belle femme, je n’imagine pas un quart de votre douleur”, dit-il, droit dans les yeux de Marina Setan. Cette dernière lui a rendu son regard. Le cœur de cette maman attend toujours. Il attend la vérité. La famille de Lucas Larivée est attérée. Eux aussi attendent la vérité.

“Je n’aurais pas inventé une histoire de viol s’il y avait vraiment eu viol”

Face à cette vague d’émotions, la présidente décide de suspendre quelques minutes. À son retour, Lucas Larivée semble toujours très ému. Mais face à l’avocate générale, qui le pousse dans ses retranchements, son masque revient en place. Il se remet à se tenir droit. “Je ne sais pas”, “je ne me souviens pas”, “je ne me rappelle pas”. Voilà les phrases qu’il a sûrement le plus prononcées.

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L’avocate générale a enchaîné les questions. “Vous avez dit à la présidente : vous pensez bien que si j’avais violé quelqu’un, je ne vais pas le dire. Est-ce que ça vaut pour ce procès ?”, demande Émilie Abrantes. Elle fait allusion à l’histoire de Noé, qui aurait forcé Lucas à violer Justine et lui aurait porté quatre coups de poing. L’accusé répond : “Je n’aurais pas inventé une histoire de viol s’il y avait vraiment eu viol. C’est illogique.”

Maître Guillot, avocat des parties civiles, met le coup de grâce : “Pour moi, il n’y a que des mensonges ou un menteur. Votre absence de sincérité face aux preuves nous oblige à fantasmer sur ce qui est arrivé à Justine, et c’est encore pire”.

“Ce que vous décrivez là, à travers Noé, c’est ce que vous avez fait à Justine”

Reste que la science met à mal la version de l’accusé. L’asphyxie par lien, les traces de sang qui prouvent plusieurs coups, les hématomes traumatiques à l’intérieur du vagin. Et si ça ne concorde pas avec la version de Lucas Larivée face à la cour, elle correspond pourtant au personnage inventé de Noé. L’avocate générale s’attache à reprendre les déclarations de Lucas face aux enquêteurs. Selon l’accusé, Noé les force à monter en voiture et à prendre la direction de la ferme à Beynat. Justine dort contre la vitre. Elle ne répond pas aux questions de Noé. Une fois. Deux fois. Et le coup de poing tombe. Noé frappe la jeune femme à la hauteur du nez. Arrivés chez Lucas Larivée, Noé force Justine à se déshabiller, puis Lucas à violer la jeune femme, qui se débat fortement. Elle crie pendant dix minutes, et pour la faire taire, Noé lui assène quatre coups de poing. Ce dernier force Lucas à lui mettre une gifle avant de prendre la jeune femme et de l’éloigner de la ferme. “Ce que vous décrivez là, à travers Noé, c’est ce que vous avez fait à Justine”, assure l’avocate générale. Lucas Larivée répond : “C’est un mensonge horrible, mais un mensonge.” La magistrate affirme que tout cela l’accable.

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Maître Labrousse questionne son client sur le moment précis où le personnage de Noé arrive. “Je ne sais pas, je crois que c’est quand je réponds à Théo. J’étais dépassé. Le trou était fait. Je ne pouvais plus revenir en arrière.”

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