La flambée du gasoil professionnel fragilise les transporteurs routiers. Les professionnels du Lot-et-Garonne réclament des mesures urgentes pour éviter une crise durable.
Avant d’aborder les conséquences récentes du conflit au Moyen-Orient, Frédéric Durand, secrétaire général du STR 47 (Syndicat des transporteurs routiers rassemblant 155 entreprises pour 3 500 salariés), tient à rappeler la situation de son secteur avant cette crise : “La situation n’était déjà guère florissante. L’économie nationale montre un ralentissement de la consommation et donc une diminution du volume des marchandises à transporter. Sur un marché en récession marqué par une forte concurrence, les prix avaient tendance à diminuer. Pour rappel, la marge moyenne annuelle au niveau national est autour de 1,5 %. Certains transporteurs travaillaient déjà à perte.”
Une demande de mesures urgentes de soutien
Le Comité national routier (CNR) rapporte que, durant la première semaine du mois de mars, on a pu assister à des augmentations du carburant professionnel de l’ordre de 20 % suivant les catégories de véhicules. Le carburant représente 20,9 % des charges pour les véhicules longue distance ensemble articulé (semi-remorque).
Face à cette situation, l’OTRE (Organisation des transporteurs routiers européens, à laquelle adhère le STR 47) appelle les pouvoirs publics à mesurer l’urgence. Parmi les mesures concrètes que l’OTRE préconise : un soutien immédiat aux trésoreries des entreprises, le déplafonnement des encours (report des échéances de crédit), l’instauration d’une clause temporaire de répercussion mensuelle des variations du niveau tarifaire du carburant dans les contrats.
Sur ce dernier point, Frédéric Durand explique : “Les mécanismes d’indexation sont à échéance longue, parfois annuelle. Il existe des mécanismes légaux d’indexation du prix du gasoil sur nos tarifs, mais beaucoup de nos clients arrivent à les remanier à leur avantage. De gros donneurs d’ordres n’hésitent pas, en ce début d’année, à réclamer des baisses de tarifs…”
Retards de paiement et manque de lisibilité
Outre les répercussions des hausses sur les tarifs qui, lorsqu’elles interviennent, présentent un décalage moyen de deux mois et demi, 75 % des chefs d’entreprise constatent des retards de paiement pouvant atteindre 90 jours, ce qui aggrave encore la situation.
Les transporteurs dénoncent aussi l’opacité des prix des carburants livrés en cuve (stock chez les transporteurs). Des écarts de tarifs avec ceux pratiqués en station apparaissent comme incompréhensibles. Entre le 27 février et le 6 mars, le gasoil a augmenté de + 14,8 % en station et de + 18 % à la cuve entre le 2 et le 5 mars.
“Nous avons conscience que la situation économique de la France est fragile et que d’autres secteurs souffrent également de la hausse de l’énergie, mais nous ne pouvons pas faire autrement que de solliciter une aide. La survie de nombreuses entreprises est en jeu à très court terme”, insiste Frédéric Durand.
S’il n’y avait d’autres solutions que de répercuter, au plus vite, la hausse du carburant sur les tarifs facturés du transport, cela alimenterait l’inflation. Et l’OTRE de conclure dans son communiqué du 10 mars : “Le transport routier est un maillon stratégique de l’économie. Il ne peut pas devenir la variable d’ajustement d’une volatilité des prix qui échappe aux acteurs du terrain.”
Correspondant Richard Bohan

