Un soldat français sur une base militaire en Irak, pour apporter un soutien militaire sur place contre le groupe Etat islamique, le 13 juillet 2017. FADEL SENNA/AFP
La guerre au Moyen-Orient a franchi une nouvelle étape cette nuit. Le chef de l’Etat Emmanuel Macron a annoncé vendredi 13 mars la mort d’un premier militaire français, « lors d’une attaque dans la région d’Erbil » au Kurdistan irakien. Plusieurs militaires ont également été blessés par l’attaque.
• Un soldat du 7e bataillon de chasseurs alpins
« L’adjudant-chef Arnaud Frion du 7e bataillon de chasseurs alpins de Varces est mort pour la France lors d’une attaque dans la région d’Erbil en Irak », a écrit le président, confirmant que plusieurs militaires français avaient été blessés.
Le sous-officier, âgé de 42 ans, « est mort frappé par un drone Shahed sur la position sur laquelle il était », a précisé à la presse le colonel François-Xavier de la Chesnay. Le drone Shahed est une arme de conception iranienne. « Il faisait de la formation de Kurdes » dans le cadre d’une « mission de contre-terrorisme […], de lutte contre Daech », le groupe djihadiste Etat islamique (EI), a précisé le colonel.
L’adjudant-chef Frion, « c’est vraiment ce que l’armée de terre, les chasseurs alpins produisent de mieux en termes de soldats. C’est vraiment un excellent soldat. C’est quelqu’un qui était ultracompétent », avec « beaucoup d’expérience » et « une dizaine d’opérations à son actif », a-t-il ajouté.
Il est le premier soldat français tué depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, déclenchée par des frappes israélo-américaines sur l’Iran le 28 février et qui s’est propagée dans plusieurs pays de la région. Sept soldats américains ont trouvé la mort au Koweït et en Arabie saoudite, selon le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom).
L’attaque visait des forces antiterroristes, selon le président français. Dans le cadre d’une coalition internationale antidjihadiste dirigée par Washington, des militaires de plusieurs pays, dont l’Italie et la France, entraînent au Kurdistan irakien des membres des forces de sécurité kurdes. « La guerre en Iran ne saurait justifier de telles attaques », a souligné le chef de l’Etat, sans indiquer qui en était l’auteur.
• Un groupe armé irakien pro-iranien suspecté
Sans revendiquer directement d’attaque, un groupe armé irakien et pro-iranien, Ashab al-Kahf, a annoncé qu’il s’en prendrait désormais à « tous les intérêts français en Irak et dans la région ». Une décision prise, explique-t-il, en réaction au déploiement du porte-avions « Charles-de-Gaulle » dans le Golfe, « dans la zone d’opérations du Commandement central américain ».
Le groupe a exhorté les forces de sécurité à rester à au moins 500 mètres d’une base à Kirkouk (nord) où se trouvent, indique-t-il, des militaires français.
Emmanuel Macron s’est rendu sur le « Charles-de-Gaulle », le porte-avions français déployé en Méditerranée. GONZALO FUENTES-POOL/SIPA
• Plusieurs soldats blessés
L’état-major français des armées avait auparavant informé l’AFP jeudi que plusieurs soldats français avaient été blessés dans « une attaque de drones dans la région d’Erbil ».
Selon le ministère des Armées, sept soldats ont été blessés dans une « attaque de drone » jeudi soir et l’adjudant-chef Arnaud Frion « malgré une prise en charge rapide par les équipes médicales présentes, a succombé à ses blessures ». Il était déployé en Irak depuis fin janvier. Les six blessés sont « toujours à l’hôpital. Leur rapatriement en France se met en place », a-t-il ajouté.
Selon l’état-major des armées, ces militaires blessés étaient « engagés dans des actions de formation à la lutte contre le terrorisme auprès de partenaires irakiens ».
Le gouvernement d’Erbil avait indiqué que la frappe ayant blessé ces soldats impliquait deux drones et avait eu lieu sur une base située à Mala Qara située à une quarantaine de kilomètres au sud-ouest d’Erbil.
• « Nous ne sommes pas engagés en guerre », répète Macron
Un peu plus tard dans la journée, Emmanuel Macron a réaffirmé que « la position de la France est purement défensive » face à la guerre au Moyen-Orient et « ne saurait justifier, jamais, qu’on s’en prenne à elle ». Le chef d’Etat a jugé « inacceptable » que des soldats français aient été frappés alors qu’ils « luttaient dans le cadre d’une coalition internationale contre les résurgences du terrorisme dans la région et au service de la souveraineté irakienne ».
Interrogé lors d’une conférence de presse, le chef de l’Etat a refusé d’élaborer toute « forme de scénario » ou d’entrer dans une « politique-fiction sur ce sujet ». « Nous ne sommes pas engagés en guerre contre qui que ce soit », a dit le président français. « La France continuera à faire preuve de sang-froid, de calme, de détermination, d’être fiable vis-à-vis de nos partenaires, de protéger nos ressortissants et de défendre nos intérêts et notre sécurité », a-t-il encore assuré.
• La France, un « rôle décisif » dans la guerre
Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, la région autonome du Kurdistan irakien et Erbil ont essuyé de multiples attaques imputées à des factions pro-iraniennes et pour la plupart neutralisée par la défense antiaérienne.
Emmanuel Macron a mis en avant dernièrement le « rôle décisif » de la France dans la guerre. Paris a dépêché pour cela un important dispositif aéronaval autour du porte-avions « Charles-de-Gaulle » en Méditerranée orientale. Ce dispositif est, selon le chef d’Etat, appelé à mobiliser huit frégates et deux porte-hélicoptères amphibies dans une vaste zone incluant également la mer Rouge et le détroit d’Ormuz dans le Golfe. Emmanuel Macron s’efforce aussi de peser sur la situation au Liban où la guerre s’est étendue à la suite de frappes contre Israël du Hezbollah pro-iranien.

