En plein essor dans les centres-villes, de nouvelles enseignes de restauration rapide cristallisent les débats. Entre redynamisation commerciale, nuisances de voisinage et lutte contre la malbouffe, ces établissements deviennent un point de tension de plus en plus récurrent.
De Master Poulet à O’Tacos, en passant par Tasty Crousty, ces nouvelles enseignes de restauration rapide se multiplient dans les centres-villes de nombreuses communes. Façades colorées, ouvert une grande partie de la journée, menus à petits prix : ces établissements séduisent une clientèle majoritairement jeune et contribuent à redynamiser certaines rues de villes où les commerces ferment un à un. Mais leur implantation ne fait pas toujours l’unanimité.
C’est par exemple le cas du conflit très médiatisé qui oppose le maire de Saint-Ouen au fast-food Master Poulet qui a récemment ouvert en plein centre de cette commune de Seine-Saint-Denis. L’édile socialiste Karim Bouamrane a décidé de partir en guerre contre cette enseigne, jurant d’utiliser tous les moyens à sa disposition pour faire fermer ce restaurant au nom de la lutte contre la malbouffe.
Des marges de manœuvre limitées pour les maires
Dans les faits, cependant, le maire dispose de peu d’outils pour empêcher ces nouveaux commerces dans sa commune. Les élus peuvent seulement agir via les règles d’urbanisme, en modifiant par exemple le plan local d’urbanisme (PLU), ou grâce à ses pouvoirs de “police administrative” en matière de sécurité, de tranquillité et de salubrité publiques. Ils ne peuvent donc pas refuser une nouvelle implantation au seul motif qu’il s’agit d’un fast-food ou qu’elle ne correspond pas à une vision souhaitée du commerce local.
Dans d’autres communes, l’arrivée de ces établissements suscite également des crispations. Bruit nocturne, attroupements, déchets sur la voie publique : certains riverains dénoncent des nuisances au quotidien. Des élus locaux pointent aussi une forme d’uniformisation des commerces face à la prolifération des restaurants de kebabs, de tacos, ou de burgers dans les centres-villes, avec la crainte de voir remplacer les commerces traditionnels par ces offres jugées moins qualitatives.
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Cette dynamique s’inscrit dans une progression massive du secteur de la restauration rapide. En France, le nombre de fast-foods dépasse aujourd’hui les 52 000 établissements, contre seulement 13 000 en 2000. Entre 2010 et 2024, le nombre d’enseignes de ce genre a quasiment triplé. Aujourd’hui, près d’un repas sur deux consommés à l’extérieur se fait désormais dans la restauration rapide et le secteur génère plus de 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires chaque année.
Une équation complexe pour les municipalités
Derrière ces critiques, une autre réalité, peut aussi pointer le bout de son nez. Ces restaurants attirent souvent une clientèle plus jeune, parfois issue des milieux populaires. Une fréquentation qui peut inquiéter certains habitants ou responsables locaux, soucieux de préserver une certaine image de leur centre-ville.
Pour les municipalités, l’équilibre est donc difficile à trouver. D’un côté, ces établissements remplissent des locaux vacants et évitent l’image des centres-villes abandonnés que l’on retrouve dans de plus en plus de communes. De l’autre, leur concentration peut rapidement poser problème : dans certaines villes moyennes, on compte plusieurs dizaines de fast-foods pour quelques dizaines de milliers d’habitants.
Certaines villes tentent donc d’agir en amont. Elles limitent, par exemple, la transformation de boutiques en fast-foods dans leur plan local d’urbanisme, ou conditionnent les autorisations à des critères précis (surface, extraction des fumées, respect du voisinage). À Rennes, la ville a choisi d’écarter les chaînes de restauration rapide de son hypercentre. Où encore à Montpellier, avec une municipalité qui a eu recours à la préemption de certains locaux pour y installer des commerces indépendants moyens et haut de gamme.

