Avec la forte hausse des prix du carburant et des intrants, les vignerons gersois subissent les conséquences économiques néfastes de la guerre au Moyen-Orient. Une épine de plus dans le pied d’une filière déjà fragilisée.
Le retour des beaux jours après un hiver pluvieux pouvait laisser espérer un peu de répit pour le vignoble gersois, frappé depuis plusieurs années par une crise sans précédent. L’éclaircie n’aura été que de courte durée. Le déclenchement de la guerre en Iran, fin février, est venu subitement assombrir le ciel d’une profession déjà étouffée ces derniers mois par de nombreux aléas, climatiques, économiques ou géopolitiques.
En cause : la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, stratégique pour le transit commercial du pétrole et du gaz, mais aussi de nombreux autres produits, comme les intrants. Un tiers du transport maritime mondial des engrais y transiterait ainsi selon les données de l’assurance-crédit Coface, citées par le journal Le Monde.
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Directeur technique du Domaine de Pellehaut, producteur emblématique de vins Côtes de Gascogne et d’armagnac à Montréal-du-Gers, Laurent Agostini a pu mesurer l’impact immédiat du conflit sur son activité. Au niveau du carburant, d’abord : “La semaine dernière, j’avais prévu de faire le plein d’une cuve de GNR (NDLR : gazole non routier). Notre prestataire m’a carrément dit qu’il ne pouvait pas nous faire de cotation et que si on pouvait se permettre d’attendre un mois ou deux, il valait mieux qu’on attende, tout simplement parce que ce n’était pas la meilleure période pour acheter.”
Même chose pour les intrants : “On avait réservé des engrais cet hiver à un fournisseur qui devait nous livrer cette semaine. Vendredi, il m’a appelé pour me dire que la livraison ne pourra être faite que s’il y avait une hausse de 40 euros par tonne, ce qui représente une hausse de 10 à 15 % sur un contrat signé cet hiver. Voilà les conséquences directes”, témoigne Laurent Agostini.
“Nos clients se sentent un peu pris en otage”
Technicien commercial du magasin Ensemble de la Vigne au Vin (EVV) à Eauze, qui fournit le Domaine de Pellehaut en engrais, Fabrice Duclavé confirme : “Nos fournisseurs en engrais nous ont appliqué une augmentation immédiate de 35 à 45 euros par tonne d’engrais. Nos clients se sentent un peu pris en otage, ils n’ont rien demandé”.
L’impact sur la filière est d’autant plus fort que la période est propice au retour des travaux dans les parcelles, à l’approche du printemps. “La vigne se réveille, on rentre dans la période de désherbage. Entre les mouvements en tracteur et les traitements, si les prix continuent à augmenter, c’est sûr que ce n’est pas le bon moment”, souligne Alain Desprats, directeur du syndicat des vins Côtes de Gascogne.

Dans ces conditions, les professionnels n’espèrent qu’une chose : “Que la spéculation sur la hausse va vite retomber”, comme l’indique Laurent Agostini. Le directeur technique de Pellehaut poursuit : “Aujourd’hui, on est dans une stratégie de faire le dos rond face à tous les éléments contraires. Ça rajoute de l’incertitude à l’incertitude, ce qui est compliqué dans un métier où on est constamment soumis aux aléas.”
“On ne peut pas renoncer à produire”
Avec “un mois de stock” de GNR, selon son directeur technique, le Domaine de Pellehaut possède encore un peu de marge de manœuvre, pour le moment. Mais si les prix continuent d’augmenter dans les prochaines semaines, il faudra se résoudre à faire avec, quitte à mettre à mal la trésorerie. “On n’aura pas le choix, acquiesce Laurent Agostini. On ne peut pas renoncer à produire, à cultiver nos terres et nos vignes. La seule certitude aujourd’hui, c’est qu’on subit.” Et ce n’est sans doute pas fini.
Les exportations menacées dans le Golfe
Au-delà des menaces qu’elle fait peser sur le coût de production, la guerre au Moyen-Orient fragilise également les exportations de vin dans les pays du Golfe. “C’est un marché, et aujourd’hui tous les marchés comptent”, alerte Alain Desprats. Le directeur du syndicat des vins Côtes de Gascogne cite à titre d’exemple le cas des Émirats Arabes Unis, qui représente pour l’IGP un marché de “1000 hectolitres par an en moyenne”.

