Alors que Washington frappe l’Iran, Vladimir Poutine reste mesuré sur ses réactions. Selon l’expert militaire Guillaume Ancel, les deux conflits en Ukraine et au Moyen-Orient sont liés.
Allié historique de l’Iran, Vladimir Poutine ne s’est pas distingué ces derniers jours par une réaction acerbe contre les États-Unis suite aux attaques de Washington contre Téhéran. Le président russe semble même regarder de loin l’Iran submergé par les bombes.
Poutine a qualifié la mort du Khamenei de “meurtre commis en violation cynique de toutes les normes de la morale humaine et du droit international”. “Dans notre pays, l’ayatollah Khamenei restera dans les mémoires comme un homme d’État exceptionnel qui a apporté une contribution personnelle considérable au développement des relations amicales russo-iraniennes, les amenant au niveau d’un partenariat stratégique global”, a annoncé le président russe. Rien de plus. En somme, une réaction pour garder la face sur son alliance avec l’Iran, sans pour autant jouer un rôle de premier plan dans le conflit au Moyen-Orient.
“Là, il n’y a rien de la part de la Russie”
Mais alors, pourquoi ce retrait ? “C’est incroyable, dans cette opération, l’absence de la Russie de Poutine”, analyse Guillaume Ancel, ancien officier et expert des questions militaires. “Il y a trois ans, lors des attaques du 7 octobre, jamais il n’aurait permis d’attaquer l’Iran. Là, il n’y a rien de la part de la Russie”.
Pour l’expert, Moscou aurait pu aider l’Iran sur le plan du renseignement. “Les premières frappes ont décapité la tête du régime des mollahs. Le seul qui aurait pu prévenir l’arrivée du raid, c’est Poutine, car la Russie surveille constamment le ciel. Mais ils n’ont pas donné l’information pour prévenir les Iraniens, comme pour Nicolás Maduro au Venezuela.”
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Des contreparties en Ukraine ?
Est-ce une stratégie entre les deux puissances pour que chacun se concentre sur sa priorité ? “Ce sont les mêmes négociateurs qui sont à Genève, sur le dossier de l’Iran et de l’Ukraine. Nous pouvons nous poser la question si un accord a été passé”, poursuit Guillaume Ancel. “La Russie n’a pas les moyens d’être sur plusieurs fronts. On peut se demander si Moscou n’abandonne pas l’Iran en échange de contre-parties sur le front ukrainien. L’opération au Moyen-Orient devrait prendre fin assez rapidement. Dès que cela sera réglé, les diplomates repasseront directement au conflit ukrainien. Et nous savons que Donald Trump ne cache pas qu’il veut un accord d’ici l’été”.
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“On se laisse souvent aveugler par l’endroit où il y a du bruit. Mais si on prend de la hauteur, l’opération sur l’Iran est impossible sans neutralité de la Russie. Le dossier ukrainien pourrait être réglé dans cette dynamique”, conclut l’expert militaire.

