Le président américain Donald Trump et le Premier ministre britannique Keir Starmer à Lossiemouth au Royaume-Uni, le 28 juillet 2025. JACQUELYN MARTIN/AP/SIPA
La relation entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis « n’est plus ce qu’elle était », a estimé Donald Trump ce mardi 3 mars, dans une interview au quotidien britannique « The Sun ». Une déclaration qui fait suite aux échanges entre les deux pays à propos de l’utilisation de la base militaire hautement stratégique de Diego Garcia pour frapper l’Iran.
Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le président Donald Trump multiplie en effet les attaques contre le Premier ministre, Keir Starmer, qu’il accuse désormais de soutenir trop mollement son grand allié. La relation particulière entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni est-elle en péril ? Retour sur ce début de désamour qui court depuis quelques semaines.
• Une autorisation qui a mis « beaucoup trop de temps » à arriver
Au début de la guerre, le Premier ministre britannique Keir Starmer a d’abord interdit aux Etats-Unis de se servir de la base de Diego Garcia, située dans l’océan Indien, contre l’Iran. Puis Londres a finalement accepté que Washington utilise des bases britanniques, dont Diego Garcia, pour frapper des sites de missiles iraniens. Une autorisation justifiée par des « fins défensives spécifiques, notamment la légitime défense collective de nos alliés et la protection des vies britanniques », a déclaré Keir Starmer.
Ce changement de cap va certes dans le sens des Etats-Unis, mais pas assez vite à en croire les propos de Donald Trump. Il a reproché au ministre travailliste d’avoir pris « beaucoup trop de temps » à lui accorder cette autorisation.
De son côté, Keir Starmer a défendu sa position sur ce sujet sensible au vu du contexte de guerre au Moyen-Orient. « Il est de mon devoir de juger ce qui est dans l’intérêt national du Royaume-Uni », a-t-il rappelé. Ce lundi 2 mars, le dirigeant britannique a aussi précisé avoir agi dans ce même intérêt.
Par ailleurs, d’autres territoires sont concernés par ce débat sur l’autorisation ou non d’utiliser des bases britanniques. Lundi, Keir Starmer a ainsi assuré publiquement que les bases situées à Chypre ne sont « pas utilisées et ne seront pas utilisées par les Etats-Unis ». Cela fait suite à une frappe iranienne sur la base d’Akrotiri à Chypre, la première attaque recensée sur un territoire de l’Union européenne depuis le début du conflit qui oppose Israël et les Etats-Unis à l’Iran. A l’inverse, Keir Starmer a autorisé l’utilisation de la base de Fairford dans le Gloucestershire (sud-ouest de l’Angleterre) en plus de celle de Diego Garcia.
• Starmer se défend, Trump regarde ailleurs
Dans l’interview de ce mardi 3 mars auprès du « Sun », Donald Trump a critiqué directement l’élu britannique. Selon lui, Keir Starmer « n’a pas été coopératif » alors qu’il « aurait dû aider », a assené le républicain. « Je n’aurais jamais pensé voir ça de la part du Royaume-Uni », a-t-il ajouté. « C’est très triste de voir que la relation n’est manifestement plus ce qu’elle était », a poursuivi Donald Trump.
Il s’est aussi confié sur sa vision des relations américano-britanniques. « C’était de loin la relation la plus solide. Et maintenant, nous avons des relations très fortes avec d’autres pays en Europe », a déclaré le président américain, louant notamment la France, mais aussi l’Otan.
Londres « ne croit pas au changement de régime depuis les airs », a encore déclaré Keir Starmer dans une critique peu habituelle de Washington. « L’Histoire nous a appris qu’il était important (…) de nous assurer que les actions du Royaume-Uni reposaient sur une base légale. C’est l’une des leçons tirées » de la guerre en Irak, a-t-il poursuivi.
Le secrétaire d’Etat britannique aux relations intergouvernementales, Darren Jones, s’est efforcé de relativiser la récente situation. « Les relations entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni sont importantes », a-t-il affirmé sur Times Radio mardi matin : « Nous en sommes tous conscients et, sur le plan opérationnel, cela reste vrai ».
• Des semaines de tensions autour de l’archipel des Chagos
Les deux pays, liés par 250 ans d’Histoire, ont forgé une relation « spéciale » caractérisée par des liens diplomatiques, militaires et économiques très étroits.
Le gouvernement de Keir Starmer a pris soin, depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2024, de ménager ses relations avec l’administration Trump. Il s’enorgueillissait d’avoir obtenu un meilleur traitement que de nombreux pays, notamment dans les négociations sur les droits de douane. En septembre, Donald Trump et son épouse Melania avaient été reçus par la famille royale pour une visite d’Etat.
Mais les tensions sont apparues il y a déjà plusieurs semaines, avec comme point de crispation majeure, la cession par Londres à l’île Maurice de l’archipel des Chagos, où se trouve la base de Diego Garcia.
En janvier, Donald Trump a qualifié cette restitution de « grande stupidité ». Il a à nouveau attaqué l’accord en février. « NE CÉDEZ PAS DIEGO GARCIA ! », a écrit le président Trump sur sa plateforme Truth Social le 18 février dernier.
En mai 2025, le Royaume-Uni a signé un accord visant à restituer les Chagos à l’île Maurice tout en conservant un bail de 99 ans sur le territoire de Diego Garcia. Une manière de maintenir une présence militaire à cet endroit stratégique.

