February 20, 2026

ENTRETIEN. TFC : "Beto, il fallait un tracteur pour le faire tomber !" se souvient Omar da Fonseca, ancien coéquipier de la légende argentine à Toulouse

l’essentiel
Il a fini d’user ses crampons au Téfécé (1988-1990) et au Paris FC (1990-1993). Consultant beIN SPORTS depuis juin 2012, Omar da Fonseca, âgé de 66 ans, avant-centre international albiceleste (2 sél.), était le témoin idoine pour nous mettre l’eau à la bouche du TFC-PFC de ce samedi 21 février en soirée (19h, au Stadium) dans le cadre de la 23e journée de L1. Pour La Dépêche, il ouvre aussi la boîte à souvenirs – sans tabou, avec humour.

Omar, la promotion du PFC en élite prouve que deux clubs peuvent coexister dans la capitale, non ?
Clairement. Qu’il n’y ait pas deux équipes de haut niveau dans une ville comme Paris est anormal. Ça fait même désordre. Parce que quand tu vas en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Angleterre, dans toutes les métropoles, il y a même plus de deux formations qui s’affrontent. Vous n’avez pas la culture foot ni l’esprit sportif : j’ai souvent remarqué, qu’ici en France, on a des phrases tout faites, des constats qui m’ont toujours beaucoup énervé. Moi, je crois énormément au fait de pouvoir changer les choses – à travers le sport, surtout.

Alberto Marcico (g.), l’idole du Stadium ; Omar da Fonseca, un phrasé caractéristique.
Alberto Marcico (g.), l’idole du Stadium ; Omar da Fonseca, un phrasé caractéristique.
MONTAGE PA. D. – PHOTOS DDM, ARCHIVES ET DR, PANORAMIC

Et vu les résultats des deux premières rencontres [victoire 1-0 du PFC au Parc en Coupe de France, succès 2-1 du PSG toujours au Parc en Ligue 1], ça “matche” !
Qui dit derby, exige rivalité. Mais sans être ennemis. Perso, j’ai toujours envisagé l’enceinte du stade tel un endroit, un sanctuaire où tolérance et amusement se disputent au partage. Et on ne peut pas nier que le Paris FC ne débarque pas avec des atouts, des connaissances, des gens qui savent faire. Des infrastructures aussi. Je suis allé visiter l’année dernière le centre d’entraînement à Orly, il est top ; et il va être agrandi d’ailleurs. À mon époque, on jouait porte de Montreuil, dans le petit stade Déjérine, XXe. Rien à voir avec Jean-Bouin, naturellement. Bref, le PFC part sur des bases solides, le ciment est là !

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Puis ils ont des idées : ils viennent de recruter Immobile quand même.
Rien dans le foot ne garantit le succès. Peut-être. En tout cas, de l’extérieur, on a l’impression que les dirigeants ont une véritable politique, une vraie stratégie qu’ils mettent en place. Sans être bling-bling pour autant. Ils connaissent la musique en somme. Après, on verra le résultat. Mais force est de reconnaître qu’ils se donnent les moyens de leurs ambitions : je suis allé voir trois-quatre matchs et il y a des activités autour de la rencontre en elle-même. Ils développent un côté famille. J’aime assez.

On y vient : comment atterrissez-vous là-bas après votre passage au TFC ?
J’avais terminé ma carrière pro à Toulouse. Et j’avais déjà commencé à penser à l’après. Puis, un jour, Carlos Bianchi, qui venait d’être nommé directeur technique, m’appelle. Tout simplement. C’était en 1990, je crois. Les années, les chiffres, je ne vis pas dans le passé (sourire)… Nous étions en D3. Le président, c’était Bernard Caïazzo ; il voulait accéder à la D2. Il répétait qu’il fallait une seconde équipe à Paris. Moi, j’avais donc fini avec le TFC ; je n’étais pas trop chaud : je bordurais la trentaine, la famille n’avait pas trop envie de déménager. Bref, Carlos me convainc de faire un an, j’en ferai trois. J’y retrouverai la seconde saison quelques beaux joueurs tel le N°10 uruguayen Ruben Umpierrez, qui avait évolué à Nancy : on ratera la montée pour deux points, derrière Melun. Qui va déposer le bilan mais on ne sera pas repêchés pour autant. Le président lâchera l’affaire. Et…

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Oui…
Sinon je me souviens très bien : on s’entraînait dans le parc du Tremblay, sur la commune de Champigny-sur-Marne, entre Joinville et Nogent. Ah, ce n’étaient pas les mêmes installations qu’aujourd’hui, c’est sûr…

Et le Tef, maintenant : vous êtes champion de France avec Monaco en 1988 et vous débarquez dans la Ville rose. Dans quelles circonstances ?
Arsène Wenger était arrivé en 1987 ; et j’avais eu un temps de jeu en baisse. Il m’avait dit que j’en aurai encore moins si je restais. Il avait fait venir les deux attaquants anglais Hoddle et Hateley. Et s’apprêter à signer George Weah (NDLR : été 1988). Il fallait que je parte, il n’y avait pas d’autre alternative. Je voulais jouer en dépit de mon joli contrat dans la Principauté – il me restait deux ans à honorer. Je vais m’engager à Toulouse pour un salaire presque coupé en deux. L’entraîneur Jacques Santini m’avait contacté personnellement, j’avais apprécié. J’ai passé deux années chouette où j’en ai profité pour étudier l’économie à l’Université. Une belle parenthèse avec mon épouse et mon fils. Même si, au niveau du football, la dernière saison fut compliquée. Et la ville nous convenait. La Prinicipauté était trop people : pour acheter sa baguette, ma voisine enfilait un chapeau, vous imaginez… Moi, je suis pour la simplicité. Toulouse fut parfait, on a adoré. Et après ma fille est née, c’est une Toulousaine. Oui, on a vraiment aimé cette région.

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Question ballon rond, déception alors cette seconde saison 1989-1990…
Il y avait un nouvel entraîneur : Pierre Mosca à la place de Jacques Santini. Et le mec me dit : “Avec moi, tu ne joueras pas !” Il a tenu parole (13min de jeu entre début décembre 1989 et mi-mai 1990 !). J’étais écarté du groupe et je m’entraînais seul, enfin je devais courir.

Quels joueurs avez-vous côtoyés ?
Marcico bien entendu, les frères Passi avec l’architecte Gérald. Paillard, Despeyroux. Jean-Phi Durand avec qui je suis toujours en relation, Rocheteau qui raccrochera au terme de ma première année. Robin Huc le gardien, Jean-Luc Ruty le défenseur. Ils avaient fait venir un Russe, également : Khidiyatullin, voilà, c’est ça. Vagiz son prénom. J’allais manger avec lui. Je ne parlais pas un mot de russe, lui ne parlait pas un mot de français, mais c’était sympa. Il était fou, un gentil fou. En vrai on était à l’hôtel ensemble, à Compans-Caffarelli. Parce qu’il y avait des travaux à faire dans mon futur appartement au Busca. Ça a duré cinq mois. Il grillait les feux rouges ! Il venait forcément d’un pays très fermé, avec beaucoup de discipline, tout ça. Alors…

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Beto…
(il coupe)… il était l’icône du TFC, l’élu de Toulouse. Il avait éliminé le Naples de Maradona deux ans auparavant en Coupe UEFA… Une aura puis un vrai Sud-Américain : le côté exubérant, bon vivant. Attaché à la Ville rose, car il aurait pu faire une carrière tout autre en Europe. Quel joueur, en effet… Techniquement, très fort. Et une force physique. Oui, on n’a jamais trop insisté dessus, il était vraiment puissant : pour le faire tomber, allez, il fallait appeler un tracteur ! Il mettait son corps en opposition, il avait une sacrée couverture de balle.

Il y a une vraie tradition à Toulouse pour les Argentins, ça doit vous plaire ?
Oui-oui. En Argentine, Toulouse, on connaît d’abord parce qu’il y a l’histoire de Carlos Gardel et du tango. On l’apprend à l’école. Ensuite, c’est Alberto Tarantini, champion du monde 1978, qui a ouvert la voie (en 1984). Je ne sais pas, l’atmosphère, c’est une ville latine… Je me rappelle par exemple qu’on allait avec Beto dans un bar où le père de Bigflo & Oli chantait (Fabian Ordonez).

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Sinon, le match de samedi soir au Stadium, comment voyez-vous l’affaire ?
Le TFC peut basculer vers le haut, le PFC vers le bas. Même s’il y a évidemment des scénarios que l’on ne voit pas venir. Après, en février/mars, c’est là où il faut essayer de grappiller les points parce qu’il peut y avoir des surprises. Dans un sens comme dans l’autre, donc. Après deux contre-performances, le TFC, chez lui, est obligé de gagner. Le PFC, giflé à Jean-Bouin par Lens (5-0), doit réagir mais entre le vouloir et le pouvoir…

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