Il suffit de demander dans la rue, et les explications fusent pour expliquer pourquoi les Français font de moins en moins d’enfants. Entre contraintes économiques et manque de soutien, les jeunes parents se sentent souvent démunis. Reportage.
Manque de moyens financiers, convictions écologiques, anxiété face à l’avenir, les explications sont multiples face à la baisse des naissances en France. Caroline a 34 ans. Maman d’une petite fille de 4 ans et demi, après son accouchement, son budget familial a explosé : “Heureusement que mon conjoint gagne bien sa vie. Ça m’a coûté 10 000 euros de ne pas travailler la première année”.
“On est livré à nous-mêmes”
Pour elle, l’État pourrait faire bien plus pour aider les jeunes parents. “Le congé maternité est honteux. Mettre les bébés à la crèche ou enchaîner les nounous à trois mois, c’est une aberration”. Elle déplore un soutien psychologique absent : “La première année, c’est un enfer. Psychologiquement, on est livré à nous-mêmes. 9 mois de congé seraient le minimum.”
Selon cette professeure de yoga prénatale, les enfants sont également trop invisibilisés dans la société. “Il faut faire en sorte que les enfants ne soient plus vus comme des trucs qui hurlent et qui emmerdent le monde”. Elle avoue comprendre cette baisse de la natalité : “On n’est pas poussé, ce n’est pas facile”.
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Le logement comme contrainte
Sophia, est également maman d’une petite fille. Elle confie que la difficulté qu’elle et son compagnon ont rencontrée avec l’arrivée de leur bébé a été de trouver un logement dans leur budget. “On vient de La Rochelle, là-bas, c’est beaucoup trop cher. En arrivant à Toulouse, on s’est confronté à la même réalité.”
Au-delà d’un financement de l’État qu’elle juge nécessaire, cette maman de 27 ans estime qu’il n’y a pas assez de structures pour accompagner les jeunes parents. “On pourrait imaginer des ateliers entre parents ou futurs parents pour faire de la prévention et être mieux préparés”.
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“On se dit qu’on ne compte pour rien”
Jeune couple, Mathilde et Thibaut* sont parents de jumeaux. Comme les deux mamans précédentes, ils ont eux aussi fait face à des contraintes économiques conséquentes. “Avoir des enfants, c’est un sacrifice. Les moyens de garde, c’est le plus cher”, avoue cette maman.
Elle déplore également un congé parental bien en deçà de ce qu’il faudrait : “Mon compagnon a eu 28 jours. Moi, j’ai eu six mois de congé, mais en posant des jours. Avec des jumeaux, c’était très compliqué”. Elle confie s’être sentie complètement submergée : “On se dit qu’on ne compte pour rien. On est vraiment seul”.
Pour elle, faciliter le fait d’avoir une activité professionnelle en ayant des enfants pourrait “aider les gens à sauter le pas”. Concernant l’initiative du gouvernement d’envoyer des lettres aux Français de 29 ans pour les motiver à devenir parents, cette maman estime “qu’il vaudrait mieux proposer un environnement où les gens ont envie d’élever des enfants”.
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Ce n’était pas une évidence pour elle de devenir mère. Au contraire, “quand on voit le réchauffement climatique, la situation géopolitique, ça fait peur pour le futur. Cette crainte, je l’ai toujours”, confie-t-elle.
Chez les jeunes, faire des enfants “c’est compliqué”
Pour Salma et Ahlam, deux étudiantes, des aides sur la nourriture pourraient être une bonne idée : “Dire, par exemple, le lait pour bébé remboursé à 50 %, des choses comme ça.”
Sala et Enzo ont 18 et 20 ans. Quand on leur demande s’ils estiment que les parents sont suffisamment aidés financièrement, leur réponse est claire : “Pas du tout”. Pour eux, des aides sont nécessaires, en particulier pour les familles avec des enfants en bas âge ou des parents séparés. “Beaucoup n’ont pas assez de ressources pour élever deux ou trois enfants”, selon le jeune homme. Pour Sala, les lettres que le gouvernement prévoit d’envoyer, c’est “hypocrite” : “Ils veulent motiver les gens à faire des enfants, mais ils n’aident pas ceux qui en ont déjà.”
*Noms d’emprunt

