La fermeture soudaine du pont reliant Salvagnac-Cajarc (Aveyron) à Cajarc (Lot) a bouleversé le quotidien des habitants. Un camion de 47 tonnes a ignoré la limite de 20 tonnes, entraînant une fermeture temporaire. La réouverture soulève des questions sur la sécurité future.
“On a appris la fermeture du pont à la hâte, par le bouche-à-oreille ou sur les réseaux sociaux”, souffle Guillaume Langles, habitant de Salvagnac-Cajarc. Dans cette petite commune de l’Aveyron, la nouvelle s’est propagée aussi vite qu’un coup de vent, laissant les riverains stupéfaits. Depuis six jours, ils doivent parcourir une vingtaine de kilomètres supplémentaires pour rejoindre Cajarc, commune voisine du Lot. Un trajet qui, d’ordinaire, ne nécessite que quelques minutes, en traversant le pont suspendu.
Mais depuis le vendredi 13 février, ce passage familier est interdit, aussi bien aux voitures qu’aux piétons. En cause : un poids lourd de 47 tonnes qui a emprunté, la veille, le pont suspendu reliant les deux communes, malgré une limitation fixée et affichée à 20 tonnes. Pourtant, un système de pesage et d’alerte, installé par les départements du Lot et de l’Aveyron depuis l’été 2025, a parfaitement fonctionné. Des panneaux lumineux et des prises de vues ont été déclenchés, mais le chauffeur du semi-remorque a poursuivi sa route. La structure a donc été fermée le temps d’évaluer les potentiels dommages.
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Ce mercredi 18 février, le pont a été rouvert. La société CIDECO, missionnée par le Département du Lot, a rendu ses conclusions : “le pont ne souffre d’aucune dégradation majeure”, assure Serge Rigal, le président de la collectivité. Si les habitants ont dû s’adapter pendant six jours, ils craignent d’avoir à revivre cette situation.

“Elle fait cent kilomètres de plus chaque jour”
Guillaume Langles, expert en recherche de fuite sur réseau de 39 ans, accompagné par Julien Largentie, restaurateur de 45 ans, passe la porte de l’Auberge du Pont. Le restaurant, situé à quelques mètres de l’ouvrage, souffre de sa fermeture. “On a perdu 30 % de nos clients”, assure le propriétaire. Julien Largentie acquiesce. “J’avais dix tables de réservées samedi midi. Deux ont annulé au dernier moment parce qu’ils ne voulaient pas faire le détour”, souffle le restaurateur. Lui habite à Cajarc. Il n’est pas contraint d’effectuer la vingtaine de kilomètres supplémentaires pour atteindre son restaurant. Mais pour Guillaume Langles et son épouse, cela représente une réelle contrainte. “Mon épouse est infirmière libérale. Elle soigne des patients dans les deux communes. Elle fait cent kilomètres de plus chaque jour”, souffle celui qui est également sapeur-pompier volontaire. Et d’ajouter : “Aujourd’hui ce sont les secours de Villefranche-sur-Rouergue qui interviennent à Salvagnac-Cajarc, parce qu’au lieu de mettre dix minutes à intervenir, on en met trente !”.

Professionnels de santé, restaurateur mais également enfants sont impactés. Le maire de la commune de Cajarc, Jacques Viratelle échange quotidiennement avec son homologue de Salvagnac-Cajarc, Hervé Tastayre. Illustration ce mercredi 18 février, où les deux s’appellent pour confirmer le transport, en minibus, des enfants vers l’école. “Hervé a eu la bonne initiative de proposer un système de minibus pour faire plusieurs rotations dans la journée. On sait que cela a un coût mais on se partagera les frais si on ne peut pas répercuter cette dépense”, appuie-t-il. Tous reconnaissent que la solidarité entre les habitants permet de pallier les contraintes. Mais les craintes demeurent.
“Il faut investir dans un système de feu ou de barrière à l’entrée du pont”
“Le pont est rouvert, très bien, mais qui nous dit que dans quatre jours, on ne va pas se retrouver avec la même problématique”, soutiennent Guillaume Langles et Julien Largentie. Les quelques personnes présentes dans le restaurant acquiescent. À quelques mètres de là, dans une épicerie, les mêmes interrogations sont soulevées. “Il faut investir dans un système de feu ou de barrière à l’entrée du pont. Parce que là, ils peuvent quand même s’engager même si ça clignote. On peut être soumis au même problème tous les trois mois”, s’agace l’homme de 39 ans. Julien Largentie le complète : “Ils auraient dû agir bien plus tôt. Il y a du non-sens du début à la fin et un manque de communication.”
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Serge Rigal, président du Département du Lot, assure pourtant que l’investissement dans le système de pesage et d’alerte a déjà fait ses preuves. “Ce que nous avons fait est expérimental. C’est un investissement de 300 000 euros, qui est conséquent pour nous, à notre niveau. Il nous semble que cela est suffisant. C’est le seul camion qui est passé depuis quasiment un an sur le pont en surcharge”, note-t-il. La collectivité a déjà envisagé d’autres solutions, qu’ils jugent trop contraignantes. “On pourrait mettre un gabarit au bout du pont pour limiter. Mais le gabarit d’un camion de 20 tonnes ou d’un camion de 40 tonnes, il n’est pas très différent. Souvent, ils ne sont pas beaucoup plus hauts ni beaucoup plus larges. Donc, on va pénaliser les gens qui respectent tout pour un inconscient qui existe par-ci ou par-là”, appuie le président de la collectivité. Le pont est désormais rouvert, mais pour certains habitants, ces six jours ont laissé un goût amer.

