Les plaintes se multiplient contre Killian Martin et sa société La Solaire de France. Clients aux chantiers inachevés, installations défectueuses, acomptes versés sans retour, salariés impayés : les témoignages s’accumulent, tandis que l’entrepreneur n’a pas répondu à nos sollicitations.
“Ce que nous proposons, c’est plus qu’un service, c’est d’abord un engagement sur la durée”, écrit Killian Martin sur son site Internet.
Les plaintes s’accumulent pourtant contre l’entrepreneur de 35 ans et sa société La Solaire de France, sans qu’il ne cesse pour autant ses activités. Depuis près de quatre ans, notre rédaction recueille les témoignages de victimes de cet entrepreneur du panneau solaire. Nombre d’entre elles attendent toujours leur installation ou la réparation de systèmes présentant de nombreux dysfonctionnements.
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Chaque mois apporte son lot de témoignages. Philippe, propriétaire savoyard d’un bien familial à Toulouse, est l’une des dernières victimes connues. “C’est un bureau d’études toulousain qui m’a parlé de M. Martin. Le devis a été signé début 2025 pour rénover une grange des années 30 de 300 m² et y installer des panneaux solaires.” Le projet prévoyait la dépose des tuiles, la pose de bacs acier puis de panneaux photovoltaïques.

Le chantier débute en juin par le dé-tuilage, mais depuis près de sept mois, plus rien n’a avancé. “J’ai envoyé une mise en demeure : quinze jours pour agir. Rien n’a été fait. En octobre, deux pans de murs se sont effondrés à cause des intempéries.” Philippe a versé une somme très importante, qu’il préfère ne pas préciser mais qui atteint six chiffres. “Nous avons envoyé une mise en demeure et convoqué l’entrepreneur pour résilier le marché de travaux. L’objectif est d’obtenir une décision de justice afin de pouvoir ensuite se retourner contre son assurance décennale. Mais nous savons déjà que ce type de profil finit souvent en liquidation judiciaire. L’enjeu, c’est de trouver un interlocuteur solvable, souvent l’assureur”, précise Emmanuelle Astié, son avocate toulousaine.
“Il sait que ça ne sert à rien d’appeler la police”
Le silence est, selon plusieurs clients, l’une des stratégies récurrentes de l’entrepreneur. M. O. en témoigne : “Il devait finir la toiture de ma grange. J’ai versé un acompte de 12 600 euros. Depuis décembre, plus aucune nouvelle. Mon avocat lui a adressé un courrier pour une conciliation. S’il ne vient pas, je porterai plainte.”
Même constat pour l’oncle et la tante de Nadège Goudaux. “Peu après la pose, ils ont constaté que les panneaux ne produisaient aucune énergie. Le matériel n’a jamais été déclaré en mairie, alors que cela faisait partie de ses obligations.” Faute d’intervention, ils ont dû faire appel à un électricien.
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D’autres victimes, comme ce client du Tarn-et-Garonne qui souhaite rester anonyme et à qui il doit encore 2 500 euros, se disent démunies. “Je suis allé le voir chez lui en novembre mais il sait très bien que ça ne sert à rien d’appeler la police et de porter plainte. Il m’a dit : ils vont dire que c’est un litige commercial et c’est ce qui s’est passé. C’est du vol mais je ne vais pas le lâcher.”
Quant aux salariés licenciés par Killian Martin il y a quelques mois, ils attendent toujours des nouvelles de leur ex-employeur afin de pouvoir bénéficier des indemnités auxquelles ils ont droit et s’inscrire au chômage.
“Depuis son mail de licenciement, je n’ai pas reçu mes salaires de septembre et octobre 2025, le solde de tout compte et mon indemnité de licenciement”, souligne l’un d’entre eux.
Sollicité à plusieurs reprises, Killian Martin n’a pas répondu à nos demandes.
Sur son site, La Solaire de France indique être membre du réseau des Meilleures Entreprises de France. Interrogé sur l’obtention de ce label, Plus que pro n’a pas encore répondu.
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Sur le plan judiciaire, quelles perspectives s’ouvrent désormais ?
Sur le plan pénal, Emmanuelle Astié précise que killian Martin ne risque “pas grand-chose”. “En France, la justice civile est lente et souvent négligée. Même si des plaintes ont été déposées, il faut que le parquet décide de poursuivre, ce qui n’est pas garanti. Il pourrait risquer une interdiction de gérer s’il est reconnu fautif, mais cela prend des années. Et encore faut-il qu’il ait un patrimoine à saisir, ce qui est rarement le cas. Ces individus savent comment se protéger : ils vident leurs comptes, créent d’autres sociétés au nom de proches, et deviennent intouchables.”

Quels recours pour les victimes ?
Pour l’Association des victimes du photovoltaïque, les personnes lésées ont tout intérêt à se faire accompagner juridiquement. “Après l’installation, le client dispose de 14 jours pour demander le démontage du matériel. En cas de crédit à la consommation, des recours existent, notamment par l’envoi de mises en demeure. Dans le photovoltaïque, les procédures peuvent toutefois s’étendre jusqu’à trois ans”, explique Joëlle Olivier, bénévole conseil.
“Dès les premiers signes de problème, il faut consulter un avocat, souligne Emmanuelle Astié, avocate de l’un des clients lésés. Une mise en demeure rapide peut parfois débloquer la situation. Et surtout, il faut arrêter de payer dès que les travaux semblent mal engagés.” Autres conseils : “vérifier la réputation de l’entreprise : un simple passage sur Google ou sur le site Infogreffe permet de voir si une procédure collective est en cours. Il faut aussi se méfier des labels trompeurs. Certains affichent des certifications sans contrôle réel. Enfin, il ne faut jamais verser la totalité du montant avant la fin des travaux.”

