Néerlandais d’origine, Gerrit Verhoeve est tombé amoureux de l’Hexagone, il y a plus de 50 ans. Installé à Fontcouverte, il a transformé sa maison en un musée étonnant consacré à l’histoire du tourisme en France.
Dans une ancienne boulangerie de Fontcouverte, guides anciens, cartes et souvenirs racontent quatre siècles de tourisme en France. Un musée insolite, né de la passion d’un homme pour le voyage et pour ce pays qui l’a profondément marqué.

Originaire d’Amsterdam, Gerrit Verhoeve, 74 ans, s’est installé dans le village en 2003. Ancien assistant parlementaire, d’abord aux Pays-Bas puis au Parlement européen, il a progressivement changé de voie. “Après plusieurs années de politique politicienne, je me suis rendu compte que ce n’était pas pour moi”, confie-t-il. Amateur de livres, il reprend alors des études dans l’édition, avant de travailler pour Times Magazine comme responsable marketing et responsable de la diffusion pour l’Europe du Nord et l’Afrique anglophone. Un poste qui lui permet de voyager encore davantage.
Un coup de foudre pour la France
Son histoire avec la France commence bien plus tôt. En 1969, son père l’envoie chez des amis à Paris pour trois semaines. “J’ai été tellement impressionné. Cette ville grandiose, ses boulevards, ses monuments, ses bouquinistes… Aux Pays-Bas, il n’existe pas de ville comme ça”, se souvient-il. Pendant ses études à Sciences Po, il revient plusieurs fois dans la capitale, puis parcourt le pays. “J’ai aimé les paysages, les grands espaces, l’horizon. Chez nous, on voit toujours des bâtiments”. Aujourd’hui encore, il sourit : “Les seuls endroits que je ne connais pas sont la Haute-Savoie et le Jura”. Séduit par la culture, les plages, les petits villages – comme ceux des Corbières – il évoque un véritable coup de cœur pour la France.

C’est aussi à cette période que naît sa passion pour les guides et les livres de voyage. Son premier objet de collection est un guide Michelin vert consacré à Paris. En chinant, il découvre ensuite un guide en néerlandais datant de 1920, puis un autre de 1904. « Je me souviens encore du magasin où je les ai achetés. C’était le début de mes recherches », raconte-t-il. Chaque dimanche, il écume les vide-greniers, les marchés et les ventes aux enchères. Au fil des années, sa collection s’enrichit et s’élargit à l’histoire du tourisme en France, à travers un double regard : celui des voyageurs étrangers fascinés par l’Hexagone et celui des publications françaises.
Un musée pas comme les autres
En 2016, il ouvre officiellement son musée, baptisé La Séduction française, dans une pièce au rez-de-chaussée de sa maison. Environ 250 objets sont exposés, mais la collection dépasse largement le millier de pièces, réparties du rez-de-chaussée jusqu’au grenier. Parmi ses trésors, un petit guide de 1657, destiné aux fils de riches patriciens hollandais envoyés faire leur “grand tour” en France et en Italie pour parfaire leur éducation. On y trouve aussi un plan de Paris de 1775, une carte générale des Postes de France de 1745, des centaines de carnets photos et de cadres panoramiques, plus de 220 assiettes touristiques et une impressionnante collection de Tour Eiffel miniatures… “L’histoire du tourisme est partout dans ma maison”, s’amuse-t-il.

À travers ces objets, Gerrit Verhoeve raconte une autre histoire de la France, celle des voyageurs. “Le tourisme, c’est presque l’au-delà, mais les pieds sur terre. On voyage pour découvrir et laisser les soucis derrière soi. Avant, il n’y avait pas internet ni téléphone portable, on était vraiment déconnecté”.
Aujourd’hui, le musée se visite, uniquement sur rendez-vous. Des visiteurs français comme étrangers y découvrent une facette méconnue de l’histoire. Son rêve est désormais d’installer, un jour sa collection dans un musée plus grand, à Narbonne, équipé de dispositifs multimédias. Un projet qui nécessiterait le soutien de partenaires privés ou publics pour voir le jour. “J’aimerais que tout reste ensemble et accessible au grand public. Ma collection est cohérente, je ne veux pas qu’elle soit dispersée”, insiste-t-il.
“La France m’a séduit”, conclut-il dans un rire. Une séduction devenue, au fil des années, un musée unique en son genre.

