February 8, 2026

"Je n’ai jamais vu une année aussi compliquée" : à la foire de Barcelonne-du-Gers, la crise freine les ventes et l’inquiétude s’installe

l’essentiel

La crise agricole s’invite à la foire de Barcelonne-du-Gers. Les professionnels constatent un net recul des ventes et des investissements différés. La crise qui s’est installée en 2023 ne semble pas avoir de fin.

Sur les stands de la foire de Barcelonne-du-Gers, la 23e du nom, les poignées de main sont toujours là. Les discussions aussi. Mais derrière les sourires commerciaux, le constat est largement partagé : la crise agricole, installée depuis 2023, pèse désormais sur l’ensemble de l’écosystème rural. Les ventes de matériel ralentissent, les décisions d’investissement sont reportées, et une inquiétude durable s’installe dans toute la filière.

Pour Sophie Gourdon, directrice de l’entreprise de remorques Gourdon à Aire-sur-Adour, dont les ateliers produisent chaque année 2 000 remorques vendues dans toute la France, ce climat est palpable. “Il y a une baisse d’activité, un sentiment de colère et d’incompréhension du milieu agricole, et de plein d’autres secteurs aussi”, observe-t-elle. Sur la foire, “on sent que les gens ne sont pas dans une optique d’investissement ou de projection”. La fréquentation fluctue et “les gens sont sur la réserve”, note-t-elle.

L’entreprise Gourdon a Aire-sur-Adour est spécialisée dans les remorques.
L’entreprise Gourdon a Aire-sur-Adour est spécialisée dans les remorques.
DDM – SEBASTIEN LAPEYRERE

Ce sentiment est largement partagé par d’autres acteurs du territoire. À Riscle, Lionel Baget, de l’entreprise Célestin, très implantée en viticulture, dresse un constat similaire. “Ça fait deux ou trois ans que ça ne va pas très bien, mais cette année, on le ressent vraiment.” Après 25 ans dans la société, il n’avait “jamais vu une année aussi compliquée pour les agriculteurs”. Les trésoreries “ont fondu”, les ventes fermes se raréfient. “On a des contacts, mais on n’a plus de ventes comme il y a quelques années. Le métier est en crise.”

Le secteur viticole apparaît particulièrement touché dans le Gers et les Landes. “Notre cœur de marché, c’est le viticole. On est tributaires de ce qu’ils font, et aujourd’hui on le sent vraiment.”

Les investissements ralentissent partout

Dans les Landes, Rémy Larrieu, gérant de la société éponyme, concessionnaire et spécialiste de matériel agricole et de l’irrigation, estime que la crise dépasse le simple ralentissement conjoncturel. “Elle dure réellement depuis 2023, avec des hauts et des bas, mais sur une dynamique plutôt négative.” Les ventes sont “en fort recul”, les achats “très raisonnés, très réfléchis, souvent reportés”. Au-delà des chiffres, il évoque une crise de confiance profonde. “Il n’y a aucun facteur qui redonne confiance aux agriculteurs. Financièrement, moralement, c’est compliqué.”

L’exposition de matériel agricole est toujours très suivie.
L’exposition de matériel agricole est toujours très suivie.
DDM – SEBASTIEN LAPEYRERE

L’effet domino est inévitable. “Dans le milieu rural, ce qui fait vivre, c’est le monde agricole. Et tout ce qui gravite autour, c’est circulaire”, rappelle-t-il. Sa conclusion est sans détour : “Dès que le monde agricole est en danger, nous, on est juste derrière.”

Nicolas Carles, de la société Dupuy, active des Landes au Tarn, apporte un éclairage économique plus large. “La conséquence sur les marchés était ressentie avant même les manifestations”, explique-t-il. Après les “montagnes russes” post-Covid et la guerre en Ukraine, les cours agricoles ont chuté alors que les charges et le coût du matériel sont restés élevés. À l’échelle nationale, les investissements agricoles ont reculé de manière significative depuis deux ans, confirmant une tendance structurelle. À cela s’ajoutent les aléas climatiques dans le Sud-Ouest. Résultat : “On est sur une crise qui, pour le moment, ne voit pas le bout.”

Pas de foire agricole sans tracteurs.
Pas de foire agricole sans tracteurs.
DDM – SEBASTIEN LAPEYRERE

Tous ne dressent toutefois pas un tableau entièrement sombre. En Gironde, William Costet, de l’agence Lève Tout, concessionnaire Zoomlion, constate que “la crise est partout”, du BTP à l’agricole. “La difficulté de vendre des machines est présente.” Mais il se veut plus combatif : “On a eu pas mal de contacts sur la foire. On est très contents d’être là” L’an dernier, des ventes avaient même été conclues.

Reste que le baromètre de la foire confirme une tendance lourde : moins d’achats impulsifs, davantage de prudence. “Les gens reportent”, résume un exposant. Pour beaucoup, la clé reste simple : “Il faut que les revenus agricoles se relèvent.”

En attendant, sur les stands, chacun continue “à faire son boulot au maximum”, dans l’espoir que la confiance, elle aussi, finisse par revenir.

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