Sous pression après la publication de documents judiciaires américains mettant en lumière ses liens passés avec Jeffrey Epstein, Jack Lang devra s’expliquer dimanche au Quai d’Orsay, principal financeur de l’Institut du monde arabe. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot se dit prêt à envisager toutes les hypothèses concernant l’avenir de l’ancien ministre socialiste à la tête de l’institution.
Une personnalité dans la tourmente. Cerné par les appels à la démission de la présidence de l’Institut du monde arabe (IMA), Jack Lang est convoqué dimanche par le ministère français des Affaires étrangères pour s’expliquer sur ses liens avec le financier américain et criminel sexuel Jeffrey Epstein. L’annonce a été faite ce vendredi 6 février par le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot.
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“Toutes les options” sur la table
Interrogé depuis Beyrouth, le ministre a affirmé que sa “priorité, c’est évidemment de garantir le bon fonctionnement et la continuité et l’intégrité de l’Institut du monde arabe”. Il a estimé que “les premiers éléments qui ressortent de ces dossiers sont inédits et d’une extrême gravité” et qu’ils “exigent un travail d’enquête rigoureux et approfondi”.
“Je me réserve, s’agissant de la poursuite de son mandat, toutes les options”, a-t-il ajouté, rappelant que la subvention annuelle du ministère des Affaires étrangères, d’un montant de 12,3 millions d’euros, représente à elle seule la moitié du budget de l’IMA.
Jack Lang “sonné et épuisé”
Sollicité par l’AFP, Jack Lang, âgé de 86 ans, n’avait pas répondu dans l’immédiat. L’ancien ministre socialiste de la Culture, qui a jusqu’à présent exclu toute démission, se trouvait à Marrakech et est décrit comme “sonné et épuisé” par ses proches.
Les appels à son départ se sont multipliés depuis la publication, le 30 janvier, de millions de documents judiciaires américains mettant en lumière des relations entre de nombreuses personnalités et Jeffrey Epstein.
L’avocat de Jack Lang, Me Laurent Merlet, a jugé “normal que la tutelle demande des explications à une personne mise en cause et ne se contente pas de ce qu’elle peut lire sur les réseaux sociaux et dans les médias”. “Il s’agit de connaître sa position”, a-t-il souligné, réfutant l’idée que ces documents démontrent “d’intenses liens d’amitié” entre son client et le financier américain.
Mercredi, Jack Lang avait formellement exclu de démissionner, invoquant sa “naïveté”. Après avoir déclaré lundi “assumer pleinement (ses) liens” passés avec Jeffrey Epstein, il a assuré qu’il ignorait tout du passé criminel de ce dernier lorsqu’il l’a rencontré, il y a “une quinzaine d’années”, par l’entremise du réalisateur Woody Allen.
Des échanges embarrassants révélés
Aucune charge ne pèse contre Jack Lang, mais son nom apparaît à 673 reprises dans les documents publiés par la justice américaine. Ces révélations ont également éclaboussé sa fille Caroline, qui a démissionné lundi de la tête d’un syndicat de producteurs de cinéma après des informations concernant une société “offshore” fondée en 2016 avec Jeffrey Epstein.
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Parmi les documents consultés par l’AFP figurent plusieurs échanges révélateurs. En 2017, l’homme d’affaires Étienne Binant, mécène de l’IMA, écrivait à Jeffrey Epstein que Jack Lang “a personnellement insisté pour que tu viennes à son anniversaire”, précisant qu’il s’agissait d’”un cercle intime uniquement”.
La même année, Jack Lang aurait lui-même écrit à Jeffrey Epstein : “Cher Jeffrey […] votre générosité est infinie”. Avant d’ajouter : “Puis-je encore abuser ?”, en sollicitant un transport en voiture pour se rendre à une fête organisée par l’Aga Khan hors de Paris.

