Sur les étals colorés du marché du jeudi à Auch, dans le Gers, la gourmandise se conjugue avec l’équilibre alimentaire. Dans la région la moins touchée par l’obésité en France, producteurs et consommateurs racontent comment le bien manger est un réflexe de tous les jours.
Le jeudi matin, le cœur d’Auch bat au rythme de son marché. À deux pas des berges du Gers, les voix se croisent, les sacs en toile et les chariots se remplissent, les habitués se saluent. “On vient tôt, sinon il n’y a plus les plus beaux légumes”, sourit Anne-Marie, retraitée auscitaine, panier au bras. Ce jeudi, le manège est fermé, la météo est maussade, la doudoune est de rigueur, mais personne n’est pressé. Ici, le marché est un rendez-vous, presque une institution.
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Sur son étal, Jean-Luc, maraîcher depuis vingt ans, aligne poireaux, carottes, betteraves et choux. “Les gens veulent savoir ce qu’ils mettent dans leurs assiettes. Ils demandent d’où ça vient, comment c’est cultivé, comment le cuisiner. Ça change tout.” Il insiste : “Quand on part de produits simples, on mange mieux, forcément.”
“Je cuisine tous les jours”
Un peu plus loin, devant un stand de fromages, les échanges s’éternisent et la file d’attente s’allonge. “Je ne sais pas ce que je ferais s’il n’y avait pas le marché”, confie Isabelle, mère de deux enfants et très peu adepte des produits transformés que l’on trouve dans les supermarchés. “Je cuisine tous les jours. Ce n’est pas compliqué, mais il faut des bons produits.” Elle montre son cabas : légumes, lentilles, un morceau de tomme et de la poitrine de porc fraîche. “Avec ça, on mange bien toute la semaine.”
Pour beaucoup, le marché structure l’alimentation. “On achète moins, mais mieux”, résume Paul, quinquagénaire, fidèle du jeudi. “Et puis ici, on marche, on discute. Ce n’est pas juste faire des courses. Il y a toute une vie.”
Une cuisine généreuse, sans excès
Contrairement aux clichés, la gastronomie locale ne rime pas forcément avec excès. “On mange du canard, oui, mais pas tous les jours”, sourit Marie, productrice de conserves artisanales. “La base, ce sont les légumes, les soupes, les plats mijotés.” Elle ajoute : “Les gens savent se faire plaisir sans manger n’importe quoi, n’importe quand et n’importe comment.”
Une modération qui est ancrée dans les habitudes de consommation. Avec des repas pris à heure fixe, des portions raisonnables, une cuisine maison. “On ne grignote pas toute la journée”, glisse un client d’une quarantaine d’années. “On mange ensemble, à table, sans la télé… Comme avant !”
Le mouvement au quotidien
À Auch, l’air de rien, le cadre de vie joue aussi son rôle. “Ici, on monte, on descend, on marche beaucoup”, remarque Jean-Luc en désignant les rues en pente. À quelques centaines de mètres de là, sur l’autre rive, il faut en effet grimper pour atteindre la cathédrale Sainte-Marie, toujours en réfection. “Rien que venir au marché, ça fait bouger”, renchérit le chaland de 65 ans.
Pour les gens du coin, cette activité physique est une habitude. “Je viens à pied avec mon chariot”, explique Anne-Marie. “C’est bon pour la tête et pour le corps.” Sans programme sportif particulier, mais avec régularité.
Une culture plus qu’un modèle
Si l’Occitanie est relativement préservée face à l’obésité, le sujet n’est pas du tout au cœur des discussions. “On ne pense pas à ça quand on fait le marché”, tranche Isabelle, en tirant son chariot de courses quasi plein. “On pense à manger bon, c’est tout.”
Sous la halle Verdier, ce sentiment est partagé. “Ce n’est pas une question de régime”, insiste Caroline avec son accent chantant. “C’est une tradition, c’est une culture.” Une culture qui se transmet, se partage, et se retrouve chaque jeudi matin, entre deux poignées de légumes et une conversation qui prend son temps.

