La prédation du loup bouleverse les élevages du Lauragais à l’est de Toulouse. Malgré la reconnaissance officielle de sa présence, les indemnisations tardent, laissant les éleveurs dans l’incertitude. Comment concilier protection du loup et sécurité des troupeaux ?
Alors que l’OFB (Office français de la biodiversité) et la préfecture restent sourds à nos sollicitations, cette dernière a publié un arrêté fixant les zones d’éligibilité aux aides pour 2026 en cas de prédation du loup. La commune d’Avignonet-Lauragais rejoint Saint-Félix-Lauragais en “cercle 1” (prédation avérée), tandis que 88 communes, en majorité dans le Lauragais mais quelques-unes du Comminges, sont recensées en “cercle 2” (zones où des actions de prévention sont nécessaires). Derrière ces chiffres froids, une réalité brutale frappe les élevages des plaines du Lauragais depuis 2023.
“On peut l’affirmer, le loup est présent. Il a même été filmé”, confirme une équipe de la Chambre d’agriculture en charge des dossiers de prédation.
Des attaques avérées
Damien Montagné est éleveur de bovins et d’ovins au Falga, à la lisière de Saint-Félix-Lauragais. À la mi-octobre 2025, son quotidien a basculé. “J’ai trouvé une brebis égorgée, mangée à la cage thoracique. Son agneau de deux mois a été tué aussi, percé à la gorge”, raconte-t-il avec émotion. Le constat de l’Office français de la biodiversité (OFB), sur place dès le lendemain matin, est alors sans appel : c’est bien le loup.
La Chambre d’agriculture et la MSA (sécu agricole) proposent un accompagnement psychologique après chaque attaque recensée.
Au-delà de la perte directe, l’éleveur décrit un choc profond. “Pour moi, c’est comme un viol. Il rentre dans ton exploitation, il tue, il fait des ravages. On a toujours cette appréhension qu’il revienne.” Aux bêtes tuées s’ajoutent les conséquences invisibles : le stress du troupeau a provoqué trois avortements chez ses brebis.
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“Le loup, dans son territoire, ne me gêne pas”, glisse Damien Montagné. “Mais il n’a rien à faire dans les plaines.”
“On attend l’argent”
Si la présence du prédateur est reconnue, le soutien financier de l’État, lui, se fait attendre. Quatre mois après l’attaque, Damien Montagné n’a toujours pas perçu l’indemnisation pour ses pertes. Même constat pour la protection des troupeaux. Si son dossier pour des mesures de protection, dont l’installation de clôtures électriques, a été accepté, les remboursements promis à 80 % se font attendre. “On a reçu le matériel, mais on attend l’argent. La trésorerie agricole est compliquée, on ne peut pas avancer de telles sommes”, témoigne-t-il. Même s’il n’a pas eu à avancer les fonds, il devra payer un jour ou l’autre.
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Face à ce que certains éleveurs ressentent comme un abandon des pouvoirs publics, les agriculteurs s’organisent. Le collectif “Prédation Loup Lauraguais” s’est monté après des premiers signaux d’alerte. Les éleveurs derrière ce canal Whatsapp informent, conseillent, et tentent de structurer une réponse.
L’équipe qui suit les dossiers de prédation à la Chambre d’agriculture de Haute-Garonne affirme les accompagner. “Les éleveurs ne font pas que subir, ils agissent”, précisent-ils.
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“Un dossier a été déposé pour obtenir des financements afin de travailler sur l’adaptation au changement, dont l’accompagnement face à la prédation. L’objectif est d’adapter les moyens de protection existants aux systèmes d’exploitation, d’expérimenter de nouvelles solutions et de former les éleveurs”, poursuit le personnel.
“C’est de la charge de travail en plus”
Mais sur le terrain, les solutions miracles n’existent pas. Pour Damien Montagné, les patous ne sont pas une option par exemple : “J’ai de jeunes enfants et nous sommes en bordure de route. Je redoute un accident.” L’agriculteur préfère autant augmenter sa charge de travail. “Au lieu de les laisser dehors, on les rentre systématiquement. On est là pour le bien-être animal, c’est dommage de les rentrer”, estime l’éleveur.
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Pour Damien Montagné, le message est clair : le loup n’a pas sa place en plaine. “L’État préfère le loup aux éleveurs”, lâche Damien Montagné, exaspéré par “des promesses sans actes”. “On passe notre temps à monter des dossiers, des dossiers…”
Alors que le printemps approche et que les brebis s’apprêtent à ressortir dans les prés, l’angoisse reste entière. “Je recommencerai à les sortir le matin et les rentrer le soir. C’est de la charge de travail en plus, mais je préfère, confie l’éleveur. Le loup, il attend. Je pourrais veiller de minuit à cinq heures, il attaquerait une fois parti.”
Le loup, une espèce protégée
En France, comme en Europe, le loup est une espèce strictement protégée. L’Office français de la biodiversité (OFB) est chargé de suivre son évolution sur le territoire national, selon des protocoles stricts. La population lupine, d’après les derniers rapports de l’organisme, resterait stable. En 2025, elle est estimée à 1082, soit 69 ans de plus en un an. En janvier 2026, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard annonçait que le nombre de loup pouvant être éliminés chaque année augmenterait de 10 %, simplifiant également les conditions d’accès au tir. Actuellement, le quota d’abattage annuel autorisé est fixé à 19 % de la population estimée.

